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Shireen Abu Akleh: La famille rejette les nouvelles conclusions de l’enquête de Tsahal

L'enquête israélienne indique qu'il y a une "forte possibilité" qu'un soldat ait accidentellement tiré sur la journaliste d'Al-Jazeera

Fresque à la mémoire de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, à Gaza, le 15 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)
Fresque à la mémoire de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, à Gaza, le 15 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Les membres de la famille de Shireen Abu Akleh ont rejeté les conclusions d’une enquête militaire sur le meurtre de la journaliste américano-palestinienne d’Al-Jazeera.

Selon l’enquête, il est probable – mais pas définitif – qu’un soldat israélien ait ouvert accidentellement le feu sur la journaliste d’Al-Jazeera lors d’un raid survenu à Jénine.

L’armée israélienne a publié les « conclusions finales » de son enquête et reconnu qu’un de ses soldats avait bien tiré en direction de la journaliste en se méprenant sur son identité : « Il y a une forte possibilité que Madame Abu Akleh ait été touchée accidentellement par un tir de l’armée israélienne qui visait des suspects identifiés comme des hommes armés palestiniens ».

L’armée a indiqué avoir étudié « chronologiquement » la séquence des événements, analysé les lieux, les vidéos et les sons enregistrés sur place, mené une « simulation de la scène » et que des « experts israéliens » avaient mené une analyse balistique de la balle, le 2 juillet, en présence de représentants du « Comité de coordination sécuritaire des Etats-Unis pour Israël et l’Autorité palestinienne ».

En raison du « piètre état de la balle », identifier son origine était « difficile », souligne l’armée dans son rapport, disant ne pas avoir la certitude « sans équivoque » de l’origine du tir fatal à la journaliste.

A l’instar de l’armée israélienne, les Etats-Unis avaient conclu que Shireen Abu Akleh avait « vraisemblablement » été tuée par un tir provenant d’une position israélienne, sans avoir de raison de croire que sa mort ait été intentionnelle.

« Le soldat ne cherchait pas à cibler un journaliste d’Al Jazeera ou un journaliste en général. (…) Le soldat a mal identifié sa cible et il en est désolé », a déclaré lundi un haut responsable militaire israélien lors d’un briefing avec la presse. « Cela n’aurait pas dû se produire, il n’a pas fait ça de manière délibérée », a-t-il ajouté.

Ce responsable a indiqué que le soldat, posté à environ 200 mètres derrière la journaliste, n’avait pas vu son inscription « presse » au devant de son gilet pare-balle. Il a indiqué la journaliste avait été atteinte par balle derrière la tête.

Toutefois, les investigations établissent que si le coup de feu a été tiré dans la direction où elle se trouvait, elle n’a pas été prise intentionnellement pour cible. Les militaires ont ajouté que les soldats visaient à ce moment-là des Palestiniens armés.

Le bureau du procureur militaire israélien a annoncé de son côté lundi qu’il « n’y avait pas de soupçon d’un acte criminel justifiant l’ouverture d’une enquête criminelle par la police militaire » et ce, bien qu’il y ait une « forte probabilité » que Shireen Abu Akleh ait été tuée par des soldats israéliens.

Dans un communiqué, la famille a déclaré que les investigations de Tsahal étaient « une tentative d’obscurcir la vérité et de rejeter la responsabilité » de sa mort.

Elle a réclamé une enquête indépendante chapeautée par les États-Unis et par la Cour pénale internationale (CPI).

« Le meurtre par Israël de notre chère Shireen ne peut pas être laissé ainsi de côté », a continué la famille, qui a ajouté qu’elle « ne s’arrêtera pas avant d’avoir obtenu justice ».

Washington avait annoncé, au début du mois de juillet, qu’après réexamen des éléments du dossier, il n’était pas possible de déterminer de manière définitive qui avait été à l’origine de la mort d’Abu Akleh, ajoutant qu’il n’y avait aucune raison de penser que les tirs meurtriers avaient été délibérés – tout en indiquant que les militaires israéliens avaient été probablement responsables de ces coups de feu.

La famille d’Abu Akleh soutient de son côté que « les preuves existantes » appuient l’idée d’un tir délibéré de la part d’un soldat israélien.

La journaliste d’Al Jazeera était un visage familier pour des millions de téléspectateurs dans le monde arabe. Citoyenne américaine et détentrice d’une carte d’identité de Jérusalem-Est délivrée par Israël, Abu Akleh était considérée comme une correspondante pionnière, tant pour les femmes que pour les Palestiniens.

Elle avait été tuée alors qu’elle couvrait pour Al-Jazeera un raid militaire israélien à Jénine avec d’autres journalistes, à la mi-mai. Pendant cette opération, des échanges de coups de feu avaient eu lieu entre les troupes israéliennes et des hommes armés palestiniens et Abu Akleh avait reçu une balle dans la tête.

« L’aveu de culpabilité des forces armées israéliennes arrive trop tard et est incomplet. Elles n’ont pas fourni le nom du meurtrier de Shireen Abu Akleh et aucune autre information sur son témoignage sinon que de dire qu’il est désolé », a fustigé Sherif Mansour, responsable du Moyen-Orient au Comité pour la protection des journalistes(CPJ), à New York.

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