Shoah : l’Allemagne et Israël s’inquiètent du retour des démons du passé
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Shoah : l’Allemagne et Israël s’inquiètent du retour des démons du passé

"Un antisémitisme laid et extrême plane sur toute l'Europe, de l'extrême droite à l'extrême gauche", a dit Reuven Rivlin dans un discours devant les députés allemands du Bundestag

Le président israélien Reuven Rivlin s'adresse au Bundestag le 29 janvier 2020 à Berlin. (Crédit : John MACDOUGALL / AFP)
Le président israélien Reuven Rivlin s'adresse au Bundestag le 29 janvier 2020 à Berlin. (Crédit : John MACDOUGALL / AFP)

Les présidents israélien et allemand se sont inquiétés mercredi du retour des « démons du passé » et des « esprits maléfiques » avec la résurgence de l’antisémitisme en Europe et en Allemagne, 75 ans après la libération du camp d’Auschwitz.

Après les cérémonies de Yad Vashem puis sur le site de l’ancien camp d’Auschwitz-Birkenau, réunissant de nombreux dirigeants, le discours du 10e président de l’État d’Israël commémore mercredi à Berlin, devant les députés allemands au Bundestag, la libération il y a 75 ans du camp nazi dans une Allemagne où resurgit l’antisémitisme et où les Juifs sont tentés par le départ.

Son homologue israélien, deuxième chef de l’État hébreu, après Shimon Peres en 2010, à s’exprimer devant le Bundestag en cette journée en Allemagne de la commémoration des victimes du nazisme, a livré un constat alarmant.

S’il a jugé ne pas voir à l’heure actuelle de risque de voir se reproduire l’extermination des Juifs commise par les nazis, Rivlin a exhorté à combattre « l’amorce de ce nouvel antisémitisme », qui se nourrit de discours sur la « pureté de la race » et de « nationalisme ».

Le président israélien s’est exprimé devant des élus, qui comptent dans leurs rangs 89 membres députés du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Un mouvement qui a fait irruption ces dernières années dans le paysage politique et dont plusieurs dirigeants militent pour la fin de la culture de la repentance allemande des crimes du IIIe Reich.

Le président israélien Reuven Rivlin et le président allemand Frank-Walter Steinmeier, Elke Buedenbender et la chancelière allemande Angela Merkel arrivent au Bundestag, le 29 janvier 2020 à Berlin. (Crédit : John MACDOUGALL / AFP)

« Un antisémitisme laid et extrême plane sur toute l’Europe, de l’extrême droite à l’extrême gauche », a dit Reuven Rivlin dans un discours devant les députés allemands du Bundestag.

« L’Europe est aujourd’hui visitée par les démons du passé », a ajouté le président israélien.

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier lui a fait écho en s’inquiétant devant le Bundestag du retour des « esprits maléfiques », de l’antisémitisme et du racisme dans son pays.

« Nous pensions que le vieux démon disparaîtrait avec le temps. Mais non : les esprits maléfiques du passé apparaissent désormais sous de nouveaux aspects », s’est ému le président allemand Frank-Walter Steinmeier.

« J’aimerais pouvoir dire avec conviction, en particulier devant notre invité d’Israël (le président Reuven Rivlin) : ‘nous, les Allemands, avons compris’. Mais comment dire cela alors que la haine et l’agitation se répandent, que le poison du nationalisme s’infiltre à nouveau dans les débats, même ici », a lancé le président allemand, en présence notamment des députés d’extrême droite allemands.

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier à Auschwitz, le 27 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)

Steinmeier a nourri son propos d’exemples récents en Allemagne, de l’attaque d’une synagogue à Halle le jour de Yom Kippour aux menaces de mort reçues par le seul député allemand de couleur, Karamba Diaby, en passant par les insultes et crachats reçus dans la rue par les Juifs qui portent une kippa.

« Ce qui m’inquiète, c’est que nous comprenons mieux le passé que nous ne comprenons le présent », a asséné Steinmeier.

Le président israélien a également fait référence au plan de paix mis au point par l’administration Trump et présenté mardi à Washington par le président américain, en présence de Benjamin Netanyahu.

« Les conflits au Moyen-Orient paraissent parfois particulièrement complexes. Le conflit israélo-palestinien a pris une tournure tragique, depuis le temps qu’il dure. Mais tout comme d’autres conflits ont été résolus, je suis convaincu que celui-ci peut également prendre fin. »

« Hier à Washington, nous avons vu des moments porteurs d’espoir. Après des années d’impasse politique, le président Trump – un ami d’Israël courageux, a présenté un plan qui permettrait aux deux peuples de renouveler les canaux de communications et de progresser vers un avenir commun », a-t-il poursuivi.

« Ce n’est pas une mince affaire, et les deux parties doivent étudier le plan en profondeur. C’est un plan qui demande des concessions profondes, difficiles et complexes de la part des deux parties, mais nous ne devons pas renoncer. Ceux qui y renoncent renoncent à la chance. Et je refuse d’y renoncer. »

« La base de toute solution doit être une appréciation infinie de la vie humaine et la croyance que ‘de l’autre côté’, vivent des gens qui veulent vivre, tout comme nous. Chaque partie à sa vérité, ses angoisses et ses vérités. En dépit de cela, en dépit des difficultés, nous devons penser à des solutions créatives qui renforcent la sécurité et la stabilité pour permettre prospérité et croissance de part et d’autre. Et j’espère que ce plan sera mis en œuvre avec ces principes à l’esprit, et qu’il nous conduira vers une réalité meilleure, pour tous. »

Le président américain Donald Trump (à droite), rejoint par le premier ministre Benjamin Netanyahu, s’exprime lors d’un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, pour annoncer le plan très attendu de l’administration Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. (AP Photo/Alex Brandon)

« La force de l’État d’Israël fait de nous, aux yeux de nombreuses personnes, Goliath, et [fait] des Palestiniens, David. Nous ne sommes pas David, et ils ne sont pas Goliath. Nous ne sommes pas Goliath, et ils ne sont pas David. La force d’Israël et sa puissance au fil des ans a été, et est toujours, la clé pour la paix, et non pas un obstacle à la paix. C’est ainsi que ça s’est passé pour l’Égypte, c’est ainsi que ça s’est passé pour la Jordanie. »

« Il est vrai que les relations entre Israël et les Palestiniens ne sont pas symétriques, mais notre capacité à trouver des solutions politiques et diplomatiques dépendent de la capacité de chacun à faire confiance à l’autre. Nous devons construire la confiance mutuelle. Le futur du Moyen-Orient et l’intégration d’Israël dans la région en dépend. »

L’AFP a contribué à cet article.

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