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Shoah : « les pavés de la mémoire » passent le cap des 100 000

Chacun de ces Stolpersteine porte une plaque de laiton avec le nom d'une victime, sa date de naissance, celle de sa déportation, et si elle est connue, la date de son décès

Illustration : Gunter Demnig, fondateur du projet Stolpersteine, nettoiyant des Stolpersteine ("pierres d'achoppement") fraîchement posées en commémoration de la famille Gutmann, à Feuchtwangen, en Bavière, le 30 mai 2023. (Crédit : Thomas Kienzle/AFP)
Illustration : Gunter Demnig, fondateur du projet Stolpersteine, nettoiyant des Stolpersteine ("pierres d'achoppement") fraîchement posées en commémoration de la famille Gutmann, à Feuchtwangen, en Bavière, le 30 mai 2023. (Crédit : Thomas Kienzle/AFP)

Un peu moins de trente ans après son lancement, un gigantesque projet pour rendre hommage aux victimes de la Shoah a franchi un nouveau cap : il existe désormais plus de 100 000 « pavés de la mémoire » insérés dans le sol en Europe, rappelant le destin tragique des victimes du nazisme.

Quand le sculpteur allemand Gunter Demnig a démarré « les Stolpersteine » (littéralement, pierres sur lesquelles on trébuche ») en 1996 en Allemagne, il ne s’attendait pas à ce que trois décennies plus tard, ces pavés soient présents dans plus de 20 pays européens.

Chacun de ces petits cubes de 10 cm de côté porte une plaque de laiton avec le nom d’une victime du IIIe Reich, sa date de naissance, celle de sa déportation ou de son exil, et si elle est connue, la date de son décès.

Insérés dans le sol, devant l’ancienne demeure de la victime, ces petits pavés dorés attirent le regard des passants et les incitent à lire l’inscription gravée.

Vendredi dernier, Gunter Demnig a installé le 100 000e « Stolperstein » à Nuremberg, ville du sud de l’Allemagne, où furent adoptées les lois sur la protection du sang et de l’honneur allemand qui privaient de leurs droits les Juifs du pays.

Mardi, le sculpteur a rejoint l’ambassadrice américaine Amy Gutmann dans la pittoresque cité de Feuchtwangen (non loin de Nuremberg) pour y insérer huit pavés rendant hommage à ses parents, des Juifs allemands.

Gunter Demnig (à droite), fondateur du projet Stolpersteine, place des Stolpersteine en commémoration des membres de la famille Gutmann, tandis que l’ambassadrice américaine en Allemagne, Amy Gutmann, parle en arrière-plan à Feuchtwangen, en Bavière, le 30 mai 2023. (Crédit : THOMAS KIENZLE / AFP)

« En tant qu’ambassadrice américaine, fille de Kurt Gutmann, réfugié juif de Feuchtwangen, j’ai la sensation de boucler la boucle du traumatisme à l’hommage », a-t-elle dit.

‘Folie’

Encore étudiant en 1934, Kurt Gutmann a compris que lui et sa famille ne pouvaient rester dans son pays dirigé par Adolf Hitler. Il s’enfuit pour l’Inde où ses parents et cinq autres proches le rejoignirent pour échapper à la campagne d’extermination des nazis.

Il s’est ensuite installé à New York, où Amy Gutmann a vu le jour. « Avec une grande lucidité pour un jeune homme de 23 ans, Kurt Gutmann, mon père, a tout de suite compris la folie dans laquelle sombrait sa patrie », a observé Amy Gutmann, 73 ans. « C’était un héros », affirme-t-elle en retenant ses larmes.

« Ces dernières années, a-t-elle raconté, j’ai bien plus appris sur ce que ma famille a vécu sous l’Allemagne nazie que tout ce qu’ils ont pu me confier avant ». Parmi les survivants de la Shoah, il règne « un mur du silence ».

Lors de la cérémonie à Feuchtwangen, où vivait depuis 800 ans une communauté juive, Amy Gutmann a confié que les « Stolpersteine » lui ont fait « l’honneur d’apporter une touche finale à (sa) famille ».

En démarrant le projet des « Stolpersteine », Gunter Demnig voulait faire prendre conscience à l’échelle humaine de l’horreur de la Shoah. Son projet contrastait avec le mémorial, plus abstrait, inauguré en 2005 dans le centre de Berlin pour perpétuer le souvenir des six millions de victimes juives exterminées par les nazis.

Gunter Demnig (à droite), fondateur du projet Stolpersteine, à Feuchtwangen, en Bavière, le 30 mai 2023. (Crédit : THOMAS KIENZLE / AFP)

« Image différente »

Les « Stolpersteine » sont enracinés dans le Talmud, texte fondamental du judaïsme qui dit qu’une personne est seulement tombée dans l’oubli quand son nom est oublié.

« A l’origine du projet, il n’y a aucune raison de se réjouir », remarque Gunter Demnig. « Mais quand je vois combien les gens se réjouissent de voir les noms de leurs parents inscrits là où ils ont vécu, je pense que beaucoup rentrent chez eux avec une image différente de l’Allemagne ».

De nombreux descendants de victimes du nazisme viennent de l’étranger pour insérer les « pavés de la mémoire », ce qui coûte 130 euros (139 dollars) pour couvrir les dépenses de Demnig et qui sont le plus souvent financées par des organisations locales.

Les habitants des demeures où vivaient les victimes des nazis assistent fréquemment aux cérémonies d’inauguration et des collégiens font souvent des recherches en cours d’histoire sur le passé des personnes persécutées.

Les « Stolpersteine » se sont multipliés alors que la communauté juive en Allemagne s’est progressivement développée, comptant désormais plus de 200 000 personnes.

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