Israël en guerre - Jour 138

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Analyse

Si les frappes récentes de l’Iran traduisent sa faiblesse, la menace de l’escalade fonctionne

Attaquée sur son propre sol, l'Iran a dû riposter directement, sans faire appel à un mandataire ; même si cela n'effraie pas Israël, le Pakistan ou l'EI, c'est autre chose pour les États-Unis

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) Hossein Salami lors des funérailles de Razi Mousavi, commandant des forces al-Quds  qui a été tué dans une frappe israélienne présumée en Syrie, à Téhéran, le 28 décembre 2023. (Crédit : Atta Kenare / AFP)
Le chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) Hossein Salami lors des funérailles de Razi Mousavi, commandant des forces al-Quds qui a été tué dans une frappe israélienne présumée en Syrie, à Téhéran, le 28 décembre 2023. (Crédit : Atta Kenare / AFP)

Après des mois à avoir observé ses groupes mandataires mener des guerres dans toute la région, l’Iran a drastiquement renforcé ses propres attaques, la semaine dernière, se livrant à des frappes meurtrières dans trois pays avoisinants.

La première a eu lieu lundi dernier quand les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique ont tiré un missile balistique en direction d’Erbil, la région autonome du Kurdistan en Irak, et qu’elles ont frappé des cibles en Syrie.

Cette dernière attaque, a fait savoir le Corps des gardiens de la révolution islamique, a visé des postes de l’État islamique et elle a permis de « détruire les auteurs des opérations terroristes » menées en Iran – une allusion, semble-t-il, aux deux explosions survenues, le 3 juillet, aux abords de la tombe du général Qassem Soleimani, chef des forces d’élite al-Quds qui avait été tué lors d’une frappe américaine au drone, quatre ans auparavant. Les explosions avaient entraîné la mort de 84 personnes.

L’État islamique avait revendiqué l’attaque.

Selon l’Iran, la frappe à Erbil « a démoli l’un des principaux sièges du service d’espionnage du Mossad » dans le Kurdistan irakien, une affirmation qui a été promptement rejetée par l’Irak. Un homme d’affaires de la communauté kurde et sa fille sont morts dans cette attaque, qui a eu lieu aux abords du consulat américain d’Erbil. Le République islamique a fait savoir que l’homme était impliqué dans des transactions pétrolières avec Israël.

L’Irak n’est pas en mesure de riposter à l’Iran militairement et le pays s’est contenté de déposer une plainte auprès du Conseil de sécurité des Nations unies et de rappeler son ambassadeur.

Cette image tirée d’une vidéo fournie par Rudaw TV montre les autorités à proximité du site où des missiles ont frappé dans une zone proche du consulat américain à Erbil, en Irak, le 15 janvier 2024. (Crédit : Rudaw TV via AP)

Mais l’Iran s’en est également pris à un voisin beaucoup plus dangereux.

Mardi, Téhéran a lancé une attaque au missile et une attaque au drone en prenant pour cible Jaish al Adl, un groupe terroriste sunnite qui était responsable de la mort de onze agents de police iraniens, tués au mois de décembre dernier.

En riposte, le Pakistan a visé des groupes séparatistes sur le territoire iranien et Téhéran a annoncé que quatre enfants avaient perdu la vie à cette occasion.

Pas besoin de mandataires

Les récentes frappes iraniennes traduisent un changement remarquable dans les opérations de la république islamique, note Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran au sein de l’Institut d’études sécuritaires nationales à Tel Aviv.

« Dans tous ces cas, nous voyons l’Iran aller au-delà de la politique qui nous est familière et qui est celle de l’utilisation de groupes mandataires », explique-t-il.

Les mandataires iraniens n’ont pourtant pas relâché leurs activités.

Des membres des groupes armés irakiens Hashed al-Shaabi (Forces de mobilisation populaire – PMF) brandissant leurs drapeaux lors des funérailles de Hassan Hammadi al-Amiri, un membre déchu du groupe Kataëb Hezbollah, l’une des factions des PMF, après avoir été tué plus tôt dans une frappe aérienne américaine, à Bagdad le 26 décembre 2023. (Crédit : Ahmad al-Rubaye/AFP)

A Gaza, le Hamas est en guerre contre Israël depuis que plus de 3 000 de ses hommes armés ont franchi la frontière et qu’ils ont semé la désolation dans les communautés du sud d’Israël, le 7 octobre, tuant environ 1200 personnes et prenant 253 personnes en otage.

Le Hezbollah, au Liban, a lancé des hostilités contre l’État juif – de manière plus limitée – depuis l’attaque du Hamas, prenant pour cible les installations civiles et militaires. Les frappes israéliennes qui ont eu lieu en guise de réponse ont tué plus de 160 membres du Hezbollah.

De son côté, la milice houthie, au Yémen, qui est elle aussi alignée sur Téhéran, attaque des navires qui transitent en mer Rouge ou dans ses environs depuis plusieurs semaines, ralentissant le commerce commercial. Une tentative, ont dit les Houthis, de créer un blocus naval d’Israël en signe de solidarité avec les Palestiniens.

Des combattants Houthis soutenus par l’Iran organisant un rassemblement contre les frappes américaines et britanniques sur les sites armés gérés par les Houthis près de Sanaa, au Yémen, le 14 janvier 2024. (Crédit : AP Photo)

Et depuis le massacre du Hamas, l’armée américaine a été attaquée à au moins 58 reprises en Irak et à 83 occasions en Syrie par les milices chiites soutenues par l’Iran – habituellement par le biais de tirs de roquette et de drones.

Mais alors que l’Iran a subi des frappes meurtrières, ces dernières semaines, de la part de l’État islamique, des séparatistes Baloutches et d’Israël, le pays a été placé dans l’obligation de riposter seul et sans intermédiaire.

« Au cours des deux derniers mois, l’Iran a fait face à des défis sécuritaires qui ne cessent de s’aggraver, que ce soit sur son sol et depuis l’étranger – certains de ces défis ont à voir avec la guerre, d’autres avec des problèmes intérieurs », commente Zimmt. « L’Iran s’efforce de mettre en place une réponse combinée pour affronter ces difficultés, qui sont devenues nombreuses ».

Alors que le Moyen-Orient est de plus en plus en proie à des guerres qui opposent les forces de l’axe iranien à leurs adversaires divers, la dernière chose que souhaite l’Iran est de paraître faible aux yeux d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés arabes, ainsi qu’aux yeux des ennemis du régime sur son propre territoire.

Les forces de sécurité et des badauds rassemblés devant un bâtiment détruit dans une frappe israélienne présumée à Damas, le 20 janvier 2024. (Crédit : AFP)

« Les Iraniens doivent montrer à la région qu’ils restent forts après ces agressions – et ils ont ainsi trouvé des cibles faciles et ils ont créé un narratif en ce qui concerne la réponse qu’ils ont apportée », dit Yossi Mansharof, expert du chiisme à l’Institut Misgav de sécurité nationale et de stratégie sioniste.

Les limites de la puissance

Même si l’Iran s’enorgueillit d’avoir frappé Israël et les terroristes sunnites, sa réponse traduit une faiblesse indéniable.

Alors qu’Israël continue d’éliminer des responsables du Corps des gardiens de la révolution islamique, tout ce que réussit à faire la République islamique est d’attaquer des cibles israéliennes fictives, bien loin de l’État juif.

Et le groupe État islamique ne se laissera pas dissuader par quelques bombardements aériens après être parvenue à toucher l’Iran lors d’une cérémonie organisée en hommage à l’un de ses héros les plus célèbres.

« Cela souligne les limites de la puissance de l’Iran », explique Mansharof. Et alors que le Pakistan, une force nucléaire, a riposté à l’intérieur même du territoire iranien, Téhéran semble moins imposant encore.

« Le Pakistan a apporté la preuve qu’il est possible d’attaquer l’Iran », dit-il.

Mais même avec les ripostes plutôt fades de la part de Téhéran, la semaine dernière, les violences en provenance de l’Iran et de ses mandataires ont pourtant réussi à un niveau important au moins.

Les jeunes activistes de l’organisation musulmane Talba Mahaz brandissent une bannière dénonçant l’Iran et Israël en scandant des slogans pendant une manifestation contre les frappes aériennes iraniennes à Islamabad, le 18 janvier 2024. (Crédit : Farooq NAEEM / AFP)

Téhéran veut que les États-Unis exercent des pressions sur Israël en faveur d’une fin prématurée de la guerre contre le Hamas et le régime iranien utilise cette menace pour atteindre cet objectif.

« Parce que les États-Unis disent, de manière répétée, qu’ils ne veulent pas d’escalade dans la situation avec l’Iran et qu’ils s’efforcent de désamorcer un conflit régional, l’Iran leur livre très exactement une escalade et un conflit régional », affirme Blaise Misztal, vice-président en charge de la politique au sein de l’Institut juif de sécurité nationale d’Amérique.

Selon Misztal, Téhéran parie sur le fait que si l’administration américaine doit être convaincue que le soutien à Israël fera peser le risque d’une explosion régionale, « cela pourra obliger les États-Unis à quitter la région et à demander qu’Israël cesse ses combats contre le Hamas et le Hezbollah ou qu’ils seront forcés, tout du moins, de cesser d’apporter leur soutien » à l’État juif.

Même s’il y a aussi des raisons intérieures expliquant les pressions croissantes exercées par Washington en faveur d’un ralentissement de la guerre contre le Hamas, la crainte portant sur une éventuelle implication des États-Unis, contre leur gré, dans une guerre régionale est très présente chez les décisionnaires de l’administration américaine.

« L’escalade n’est dans l’intérêt de personne », a ainsi estimé le secrétaire d’État américain Antony Blinken au cours de son récent déplacement en Israël.

Le président américain Joe Biden arrive à la Maison Blanche, à Washington, à son retour de Wilmington, dans le Delaware, le 19 décembre 2023. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Mais si la Maison Blanche devait prendre la décision de s’attaquer à l’Iran, elle aurait autour d’elle de nombreux partenaires intéressés.

Les réponses apportées par les acteurs régionaux aux attaques de l’Iran montrent qu’une coalition régionale peut être créée pour contrer la république islamique.

« Mais tout dépend d’une chose », dit Mansharof. « Tout dépend d’un gouvernement américain déterminé. Les Saoudiens le veulent, les Émiratis le veulent, les Bahreïnis le veulent ».

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