Bond des actes antisémites : réactions politiques et condamnations
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Bond des actes antisémites : réactions politiques et condamnations

Le monde politique a jugé "insupportables" et "inqualifiables" les récents actes antisémites ; le Crif déplore la "libération et la banalisation de la haine antijuive"

Le visage de Simone Veil taggué d'une croix gammée dans le 13e arrondissement, le 11 février 2019. (Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP)
Le visage de Simone Veil taggué d'une croix gammée dans le 13e arrondissement, le 11 février 2019. (Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP)

Le bond des actes antisémites en 2018 a suscité mardi une condamnation unanime de la part du gouvernement, de responsables politiques et des organisations juives, certains y voyant une marque d’une « libération de la parole ».

Image de Simone Veil barrée d’une croix gammée, tag « Juden » sur la vitrine d’un restaurant parisien, arbre en mémoire d’Ilan Halimi vandalisé: après un week-end marqué par ces dégradations, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a dénoncé lundi un « poison » en annonçant une hausse de 74 % des actes antisémites en 2018.

Le Premier ministre Edouard Philippe a dit mardi sa « colère » contre l' »explosion » des actes antisémites en France en 2018, en condamnant des actes « répugnants ».

« Ces actes sont répugnants », a-t-il lancé lors de la séance des questions au gouvernement, au lendemain de l’annonce d’une hausse de 74 % des actes antisémites l’an dernier.

Le Premier ministre français Edouard Philippe, accompagné de membres de son gouvernement, lors d’un discours prononcé pendant la présentation du plan national de prévention de la radicalisation à Lille, dans le nord de la France, le 23 février 2018 (Crédit : AFP/Philippe Huguen)

« Je partage cette colère qui je crois est très largement partagée au sein du peuple français face à des actes de plus en plus nombreux », a dit le Premier ministre, en appelant à « dire le refus absolu que nous partageons de ces actes ».

« Ça ne suffit pas bien entendu, mais le jour où nous ne le ferons plus, le jour où la lassitude l’aura emporté, alors tout sera perdu », a plaidé le chef du gouvernement, avant de détailler les initiatives prises par l’exécutif ces derniers mois contre les actes racistes et antisémites, notamment sur Internet.

Le Premier ministre doit remettre mardi soir le prix Halimi, décerné en mémoire du jeune juif de 23 ans torturé et tué en 2006 par un groupe de banlieue parisienne surnommé « le gang des barbares ».

Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a appelé à « un sursaut national », déplorant auprès de l’AFP la « libération et la banalisation de la haine antijuive », tandis que Joël Mergui, président du Consistoire israélite de France, évoquait sur BFMTV « un climat où la désinhibition des haines est de plus en plus patente ».

« La situation est ancienne », a noté Jean Veil, avocat et fils de Simone Veil. « Personne n’osait manifester son antisémitisme après la Guerre. Mais au fond, on sentait que la lèpre était toujours là », a-t-il commenté sur RTL.

Dans la classe politique, la condamnation a été large, du PCF à Debout la France en passant par le MoDem et les écologistes. Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, a dénoncé dans un tweet ces « tags antisémites (qui) expriment la stupidité meurtrière sans fin des préjugés racistes ».

Boris Vallaud, député socialiste des Landes : « Des actes insupportables qui succèdent à d’autres. Il ne faut rien laisser passer, rien relativiser, rien banaliser. On ne doit s’habituer à aucun acte ou mot de haine. L’antisémitisme doit être combattu avec force, il ne peut pas avoir de place dans notre pays. »

Guillaume Larrivé, député LR de l’Yonne : « Face aux agressions antisémites et aux profanations d’églises catholiques, s’indigner ne suffit pas ! Nous avons un devoir d’action politique et juridique, pour défendre notre civilisation. »

Gérard Larcher, président du Sénat : « Je croyais ne JAMAIS vivre ça ! #antisémitisme #paris #simoneveil #shoah. »

Olivier Faure, député de Seine-et-Marne et Premier secrétaire du Parti socialiste : « J’hésite toujours à donner la moindre publicité à ces actes inqualifiables, mais quand les actes antisémites se multiplient, tous les Républicains, tous les démocrates doivent se retrouver pour condamner et refuser la banalisation. »

Nicole Belloubet, ministre la Justice : « Tristesse, colère et consternation: croix gammées sur le visage de Simone Veil, profanation des arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi, tags antisémites. Lâcheté intolérable. »

Fabien Gay, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis: « Les insultes antisémites, les tags nazis et toutes les profanations ont un relent des années 30. De toutes nos forces, ils doivent être condamnés et combattus. Nous devons rester unis pour ne pas que la bête immonde resurgisse ! »

Avec « une pensée pour la courageuse mère de Ilan Halimi, que des salopards refusent de laisser en paix », la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a dénoncé la « flambée des actes antisémites » mais aussi « des dégradations de lieux de cultes chrétiens ».

Chez Les Républicains, le premier vice-président du parti Guillaume Peltier a fustigé « des extrémistes de gauche et de droite qui se croient tout permis » alors qu’on a « érigé en valeur absolue la liberté d’expression »

« Instrumentalisation « 

Le gouvernement par la voix de son porte-parole Benjamin Griveaux a promis une réponse « pénale, judiciaire » forte, avec des poursuites « y compris sur les réseaux sociaux », et un travail d' »éducation » dès le plus jeune âge.

Il a lancé en mars 2018 un plan triennal de lutte contre l’antisémitisme et le racisme, qui prévoit notamment l’expérimentation d' »un réseau d’enquêteurs et de magistrats spécifiquement formés à la lutte contre les actes haineux ». Il prépare aussi une modification de la loi pour renforcer la lutte contre la cyberhaine.

Francis Kalifat en juillet 2014 (Crédit : Capture d’écran YouTube/Crif/BFMTV)

Mais Francis Kalifat note que « les plans généraux de lutte contre les haines (…) ont montré leurs limites »: il faut « s’attaquer de manière spécifique à l’antisémitisme ».

M. Griveaux a aussi placé une partie de la réponse sur le terrain politique. Après trois mois de manifestations des « gilets jaunes », il avait lié samedi plusieurs faits survenus en fin de semaine: « incendie contre le domicile de Richard Ferrand, attaque contre l’Assemblée nationale et actes antisémites ».

Niant mardi tout « amalgame » entre antisémitisme et « gilets jaunes », il a néanmoins remarqué que ces actes interviennent « souvent en marge de ces cortèges » où extrême gauche et extrême droite « se mêlent », et a évoqué dans ce cadre « une libération de la parole ».

« Le complotisme est très présent dans (les) rangs » des « gilets jaunes », dit le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne, arguant d’un sondage Ifop montrant que 44% des personnes se définissant comme « gilets jaunes » se disent d’accord avec l’idée de l’existence d’un complot sioniste à l’échelle mondiale.

Dénonçant une « instrumentalisation », le député LFI Alexis Corbière a appelé M. Griveaux à ne pas « raconter n’importe quoi: le mouvement des gilets jaunes n’est pas un mouvement antisémite ». Dire le contraire est « une parole folle qui (…) disqualifie la lutte contre l’antisémitisme ».

Mais pour Jean Veil « en réalité, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche on voit des mouvements et on entend des propos absolument intolérables ».

 

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