Sissi pousserait Abbas à accepter une « réconciliation progressive » avec le Hamas
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Sissi pousserait Abbas à accepter une « réconciliation progressive » avec le Hamas

Le chef égyptien veut que le chef de l'AP soutienne l'accord de cessez-le-feu pour permettre à l'Autorité palestinienne de reprendre le contrôle de Gaza

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre- gauche, et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, au centre-droit, se rencontrent à Sharm al-Sheikh le 3 novembre 2018 (Crédit :  Wafa)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre- gauche, et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, au centre-droit, se rencontrent à Sharm al-Sheikh le 3 novembre 2018 (Crédit : Wafa)

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi aurait vivement recommandé au président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas d’accepter une « réconciliation progressive » avec le Hamas dans le cadre d’un accord qui permettrait au chef palestinien, âgé de 82 ans, de reprendre à terme le contrôle de la bande de Gaza.

Lors d’une rencontre qui a eu lieu samedi dans la ville touristique égyptienne de Sharm al-Sheikh, Sissi a encouragé Abbas à soutenir un accord de cessez-le-feu en gestation qui vise à mettre fin à des mois de violences sur la frontière entre Israël et Gaza, a indiqué la chaîne Hadashot samedi soir.

L’accord, qui a été évoqué en premier par le journal libanais Al-Akbar dans la journée de vendredi, porterait sur les trois prochaines années et permettrait un allègement significatif des restrictions égyptiennes et israéliennes sur ce territoire contrôlé par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Afin de garantir la réussite de l’accord, Sissi voudrait qu’Abbas prenne la responsabilité de payer les salaires des fonctionnaires au sein de l’enclave, qu’il donne son appui à un plan d’infrastructure en faveur du territoire assiégé et qu’il accepte un plan « progressif » de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, selon Hadashot.

En premier lieu, « Sissi exercice des pressions [sur Abbas] pour obtenir son soutien au plan qui permettrait le retour au calme en payant les salaires et en assumant la responsabilité des fonds transmis par le Qatar aux chefs du Hamas dans la bande », a déclaré l’analyste de Hadashot, Ehud Yaari.

Dans le cadre de cet accord, l’Autorité palestinienne paierait 80% des salaires des responsables du Hamas à Gaza et ne s’opposerait pas au financement par le Qatar de ces salaires pendant au moins six mois, comme cela a déjà été le cas dans le passé, a noté Al-Akbar.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi se rencontrent à Sharm al-Sheikh le 3 novembre 2018 (Crédit : Wafa)

« La prochaine étape », a commenté Yaari, « est qu’il donne son appui au plan [du coordinateur spécial pour le processus de paix des Nations unies au Moyen-Orient Nikolay] Mladenov en ce qui concerne le développement des infrastructures dans la bande, parce que les pays donateurs ne souhaiteront pas donner l’argent directement au Hamas et ils auront besoin de l’Autorité palestinienne comme intermédiaire ».

Enfin, Sissi veut qu’Abbas souscrive à une « réconciliation progressive entre le Fatah et le Hamas qui permettra à terme le retour d’Abbas à Gaza », a expliqué Yaari, soulignant qu’un tel accord ne donnera pas à l’AP le contrôle militaire immédiat à Gaza mais amorcera un processus visant à restaurer sa gouvernance sur le territoire.

L’Egypte a récemment pris des initiatives pour relancer le processus de réconciliation entre le Hamas et le Fatah, rencontrant les responsables des deux factions rivales pour des entretiens séparés au cours des dernières semaines.

Au mois d’octobre 2017, le Hamas et le Fatah avaient signé un accord négocié par l’Egypte pour avancer la réconciliation et placer la Cisjordanie et Gaza sous l’autorité d’un seul gouvernement, mais ils ont échoué à le mettre en oeuvre.

Le Hamas contrôle Gaza depuis un coup d’état au sein de l’enclave côtière qui a renversé l’AP dominée par le Fatah en 2007.

Des informations parues dans les médias arabes ont déclaré que s’il se concrétisait, ce cessez-le-feu comprendrait une levée au moins partielle des restrictions israéliennes sur les mouvements des biens et des personnes à l’entrée et à la sortie de Gaza.

Israël maintient que ces restrictions imposées ont des objectifs sécuritaires, empêchant notamment l’entrée des armes dans la bande.

Les responsables palestiniens, à Ramallah, ont expliqué qu’une réconciliation entre le Fatah et le Hamas devait précéder tout cessez-le-feu. Ils ont aussi affirmé que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est la seule entité ayant la légitimité de mener des pourparlers autour d’un cessez-le-feu avec l’Etat juif.

Des responsables des renseignements égyptiens se sont joints aux Palestiniens manifestant dans la zone frontalière entre Israël et Gaza, vendredi, a expliqué le vice-président du Hamas à Gaza, Khalil al-Hayya, à la chaîne de télévision Al-Ghad, basée à Londres.

Photo d’illustration : Des manifestants brandissent des drapeaux palestiniens sur un camion rempli de pneus à proximité de la frontière avec la bande de Gaza, le 26 octobre 2018 (Crédit : AP/Adel Hana)

Le rassemblement de vendredi a été largement pacifique. Hayya a expliqué que le mouvement de protestation avait été revu à la baisse pour donner une chance aux initiatives de cessez-le-feu.

Les manifestations, qui ont compris de nombreux actes de violence, ont lieu chaque semaine depuis le 30 mars. Ses organisateurs ont indiqué que le mouvement avait pour objectif de permettre aux réfugiés palestiniens et à leurs descendants de retourner sur les territoires qui forment aujourd’hui Israël, et de mettre la pression sur l’Etat juif pour qu’il lève ses restrictions sur le mouvement des personnes et des biens au sein de l’enclave côtière.

Hayya a suggéré que les initiatives en vue de la conclusion d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas avaient progressé.

« Cette réussite se profile à l’horizon », a-t-il dit à Al-Ghad, se référant au cessez-le-feu.

Samedi, les responsables des renseignements égyptiens ont quitté Gaza par le poste-frontière d’Erez, selon le Centre d’information palestinien lié au Hamas.

Dans un discours prononcé dimanche lors du deuxième forum international de la jeunesse à Charm el-Cheikh, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a déclaré que « l’accord de paix avec Israël est stable et permanent » et que la plupart des Égyptiens le soutiennent.

Sissi a ajouté que lorsque l’ancien président Anwar Sadat « a évoqué son idée de la paix, personne ne pensait que cette idée serait un jour acceptée par l’opinion publique ».

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