SodaStream restera en Israël, assure PepsiCo
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SodaStream restera en Israël, assure PepsiCo

Le fabricant de soda restera une filiale séparée de PepsiCo ; Daniel Birnbaum restera aux commandes et les activités demeureront en Israël pour 15 ans ou "pour toujours"

Le PDG de Sodastream Daniel Birnbaum (à gauche) et le PDG de PepsiCo Ramon Laguarta dans l'usine SodaStream, dans le Néguev, le 20 août 2018. (Crédit : Eliran Avital)
Le PDG de Sodastream Daniel Birnbaum (à gauche) et le PDG de PepsiCo Ramon Laguarta dans l'usine SodaStream, dans le Néguev, le 20 août 2018. (Crédit : Eliran Avital)

Lundi, au début d’une conférence de presse organisée par SodaStream et PepsiCo à Tel Aviv, et après l’annonce de l’acquisition pour 3,2 milliards de dollars par le géant américain de l’entreprise israélienne qui produit des machines ajoutant du gaz dans l’eau, le PDG de SodaStream a dit qu’il voulait commencer par une déclaration en hébreu.

Daniel Birnbaum a raconté l’histoire de l’Exodus, un navire qui a transporté des immigrants juifs, dont la plupart était des survivants de la Shoah, depuis la France vers la Palestine sous Mandat britannique en 1947. Ils ont été renvoyés en Europe et certains ont été tués après que des soldats britanniques sont montés sur le navire, les empêchant d’entrer en Israël.

Vingt-deux ans plus tard, le père de Birnbaum, Ervin, survivant de la Shoah originaire Tchécoslovaquie et passagers du navire, a immigré en Israël et s’est installé avec sa femme dans le Néguev, à Sde Boker.

« Qui aurait cru, père », a déclaré Birnbaum, visiblement ému, alors qu’il regardait ses deux parents assis fièrement dans le public derrière des journalistes qui prenaient des notes, « qu’après la Shoah et tout ce que vous avez vécu, après avoir perdu 30 membres de votre famille, vous puissiez apprécier ce moment » dans lequel « les cendres de la Shoah ont été transformées en un instant de gloire et de fierté » pour son fils et pour Israël.

Ervin (à droite) et Hadassah Birnbaum à la conférence de presse de SodaStream, à TEl Aviv, le 20 aôut 2018. (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Birbaum a partagé la tribune avec Ramon Laguarta, le nouveau PDG de PepsiCo, qui est venu en Israël pour signer l’accord. Celui-ci fera de SodaStream une filiale entièrement possédée par PepsiCo qui sera retirée du Nasdaq et de la bourse de Tel Aviv.

« Nous ne parlons pas d’un départ », a déclaré Birnbaum. « Nous parlons d’une arrivée, d’un investissement, d’un géant international, de la plus grande entreprise de nourriture et de boissons aux Etats-Unis et de la deuxième plus grande dans le monde, qui plante son drapeau ici, pour montrer qu’elle a confiance en l’économie d’Israël ».

Tout comme Intel Corp. l’avait déclaré au sujet de Mobileye, dont il a fait l’acquisition l’année dernière, SodaStream restera une filiale indépendante au sein de PepsiCo, avec son quartier général en Israël et conservera sa propre marque, avec Birnbaum à sa tête, a déclaré Laguarta. Selon le géant américain, il n’y aura pas licenciements de travailleurs en Israël dans le cadre de l’accord, mais il sera plutôt question de construire sur l’infrastructure actuelle en Israël et de développer conjointement PepsiCo et SodaStream.

« C’est une histoire de croissance » pour les deux entrepeises, a-t-il dit. « Nous voulions garder SodaStream telle qu’elle est. Nous croyons que SodaStream est une entreprise très forte » avec une infrastructure solide, du talent et une vision pour l’avenir.

Les actions de SodaStream s’échangeaient à presque 10 % de plus sur le Nasdaq à 17h01 à Tel Aviv.

PepsiCo s’est engagé à garder l’entreprise en Israël pendant au moins 15 ans, a déclaré Laguarta, mais « je pense qu’elle restera pour toujours, parce que l’infrastructure est si puissante ».

« Cette entreprise a démontré qu’elle était une affaire qui marche, a-t-il ajouté. Pourquoi changeriez-vous une affaire qui marche ? »

Fondé en 1991, SodaStream produit et vend des machines qui gazéifient l’eau à domicile. Ces petites machines transforment l’eau plate en eau pétillante en 30 secondes. L’entreprise propose sur le marché des dizaines de mélanges d’arômes. Ses 3500 employés produisent 500 000 appareils par mois qui sont vendus dans 46 pays à travers le monde.

Des arômes SodaStream en magasin, à Miami, le 20 août 2018. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

Lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exprimé sa satisfaction sur l’accord. Il a déclaré que « Les récentes acquisitions d’entreprises israéliennes prouvent non seulement les capacités technologiques qui ont été développées en Israël mais aussi les capacités à faire des affaires. Je me réjouis de cet accord énorme qui va apporter des revenus à l’état, et aussi de la décision importante de garder l’entreprise en Israël »

Répondant à une question sur les boycotts d’Israël et leur impact sur PepsiCo, Laguarta a déclaré que l’entreprise travaille dans 200 pays avec une grande « diversité de valeurs ». L’entreprise se sent « à l’aise avec ce que nous sommes » et elle fait des affaires en Israël depuis des années, a-t-il précisé. « Nous sommes très confiants sur ce partenariat et sur ce que nous pouvons faire dans le monde ».

Pendant de nombreuses années Pepsi Cola, le nom de l’entreprise à l’époque, a lui-même boycotté Israël et ses produits ne pouvaient pas être trouvés localement, à cause de la pression exercée par le monde arabe. L’entreprise américaine est finalement entrée dans le marché israélien en 1991 quand le boycott arabe a diminué.

Selon Laguarta, l’accord permettra à PepsiCo d’ajouter le marché des boissons personnalisées et à domicile à sa gamme, ce qui donnera à l’entreprise la possibilité d’atteindre les consommateurs chez eux, « au delà de la bouteille ».

En parallèle, SodaStream tirera profit de son accès aux capacités de recherche et de développement, au designe, au e-commerce et aux systèmes de distribution de PepsiCo, a-t-il précisé.

PepsiCo a l’intention de retirer les actions de Soda Stream du Nasqad et de la bourse de Tel Aviv, où elles sont proposées. PepsiCo ne prévoit pas de proposer des actions à Tel Aviv, a expliqué Laguarta.

De son côté, Birnbaum a dit que SodaStream avait déjà reçu l’approbation du gouvernement pour installer une nouvelle usine à Rahat qui emploiera quelques centaines de personnes supplémentaires du Neguev. « PepsiCo soutient totalement le projet », a-t-il souligné. « Donc, on ne réduit pas du personnel, mais nous sommes en croissance, l’accord va intensifier notre activité. Nous continuerons à investir en Israël et nous allons nous développer autant que nécessaire pour proposer un service adapté aux consommateurs. »

En octobre 2014, SodaStream a annoncé qu’elle fermerait son usine de Cisjordanie à Maale Adumim et s’installerait dans le sud d’Israël, apparemment sous la pression internationale du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions, ou BDS, qui cherche à nuire à l’économie d’Israël par rapport à sa politique envers les Palestiniens. Le mouvement a affirmé que SodaStream exerçait une discrimination à l’encontre des travailleurs palestiniens et leur versait un salaire inférieur à celui des travailleurs israéliens.

Quelque 500 employés palestiniens avaient perdu leur emploi à cette époque. Israël avait donné aux 74 employés restants la permission d’entrer dans le pays et de continuer à travailler pour SodaStream jusqu’à la fin du mois de février. L’entreprise compte aujourd’hui plus de 1 400 employés dans le parc industriel d’Idan Hanegev près de Rahat, dont un tiers d’Arabes bédouins de la région environnante.

Birnbaum, PDG de SodaStream, avait sévèrement critiqué le premier ministre Benjamin Netanyahu, accusant le bureau du premier ministre de bloquer délibérément les permis pour les travailleurs palestiniens et de nier que la délocalisation de l’entreprise a été réalisée sous la pression des boycotts.

Lundi, lors de la conférence de presse à Tel Aviv, Birnbaum a déclaré qu’en employant des Arabes et des Juifs, SodaStream constitue un « îlot de paix. Nos travailleurs disent qu’ils font la paix et qu’en même temps, ils font aussi de bons sodas ».

L’accord de SodaStream suit une série de fusions et acquisitions, particulièrement dans le monde de la technologie, auxquels la communauté israélienne a assisté au cours des dernières années. L’année dernière, Intel Corp a fait l’acquisition de Mobileye pour la somme astronomique de 15,3 milliards de dollars, le plus grand transfert d’une entreprise israélienne, selon les données rassemblées par le Centre de Recherche IVC, qui s’intéresse à l’industrie des technologies israéliennes. Le deuxième accord le plus important a été la vente de Playtika au Giant Interactive Group Inc. pour 4,4 milliards de dollars, suivi par la vente de NDS à Permira Advisers LLP, dans un accord évalué à 3,65 milliards de dollars.

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