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Sondage sur l’antisémitisme : émoi d’un syndicat d’enseignants-chercheurs

L'étude porte "sur les perceptions, les expériences et les dynamiques liées à l'antisémitisme" dans l'enseignement supérieur et la recherche

Un manifestant brandit un drapeau palestinien lors d'un rassemblement contre la visite du président de l'Assemblée nationale française à l'Université Lyon 3, à Lyon, le 8 novembre 2024. Le 6 octobre, sur le média français BFMTV, le président de l'Assemblée nationale française a déclaré qu'« Israël ne doit pas être désarmé », en réaction aux déclarations du président français appelant à l'arrêt des livraisons d'armes pour les combats à Gaza. (Photo OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
Un manifestant brandit un drapeau palestinien lors d'un rassemblement contre la visite du président de l'Assemblée nationale française à l'Université Lyon 3, à Lyon, le 8 novembre 2024. Le 6 octobre, sur le média français BFMTV, le président de l'Assemblée nationale française a déclaré qu'« Israël ne doit pas être désarmé », en réaction aux déclarations du président français appelant à l'arrêt des livraisons d'armes pour les combats à Gaza. (Photo OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)

Le premier syndicat des enseignants-chercheurs du supérieur (Snesup-FSU) s’est ému dimanche d’un sondage sur l’antisémitisme destiné aux enseignants, à l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur, et en a demandé le retrait en dénonçant des questions « biaisées ».

Révélé par Le Monde et consulté par l’AFP, un courrier adressé aux chefs d’établissements explique qu’une « étude scientifique » a été confiée au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po, dans le cadre d’un programme annoncé par le ministre Philippe Baptiste, le 29 avril.

Cette étude consacrée à « l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur et la recherche », repose sur deux enquêtes, l’une menée auprès des étudiants, l’autre auprès des personnels. Elle porte « sur les perceptions, les expériences et les dynamiques liées à l’antisémitisme » dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Le courrier, daté du 18 novembre, diffusé sur les réseaux sociaux par plusieurs universitaires, incite les présidents d’universités et d’organismes de recherche à relayer un lien vers un questionnaire à tous les enseignants ou personnels administratifs sous leur autorité.

Pour Emmanuel de Lescure, secrétaire général du Snesup-FSU, l’étude vise à dresser « une espèce de cartographie des opinions politiques dans l’enseignement supérieur et la recherche », ce qui interroge sur sa « légalité ». Il s’inquiète de questions « biaisées » et s’interroge sur la garantie stricte de l’anonymat, promise par le courrier.

Y voyant une « mascarade scientifique », il réclame son retrait.

Des manifestants brandissent une pancarte sur laquelle on peut lire « Vous êtes habitués à l’antisémitisme ? Nous, non », lors d’un rassemblement pour condamner le viol collectif antisémite présumé d’une fillette de 12 ans, devant la mairie de Paris, le 19 juin 2024. (Crédit : Alain Jocard/AFP)

Le questionnaire, réalisé par l’Ifop, interroge les personnels sur l’antisémitisme dont ils pourraient avoir été témoins, mais aussi sur leurs propres opinions. « Quand vous pensez à l’antisémitisme qui existe en France, diriez-vous que les juifs ont une part de responsabilité ? », demande-t-il notamment.

Si certaines questions évoquent l’islamophobie, l’homophobie ou la misogynie, beaucoup portent sur l’antisémitisme, demandant aussi de classer de « tout à fait vraie » à « tout à fait fausse » certaines « opinions que l’on entend parfois à propos des juifs », comme « globalement les juifs sont plus riches que la moyenne des Français ».

Les répondants doivent aussi préciser leur âge, genre, région ou type d’établissement, leurs fonctions (enseignant, administratif…) et se classer sur le spectre politique.

« Produire des statistiques sur les orientations politiques des agents de la fonction publique ne peut que mener à les jeter à la vindicte de médias ultra orientés », a fustigé le chercheur en sciences politiques Emilien Houard-Vial sur Bluesky.

Joint par l’AFP, le ministère a indiqué « vérifier les conditions d’élaboration de l’enquête et de collecte des données ».

Le centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) a défendu lundi après-midi la méthodologie de son sondage sur l’antisémitisme dans les universités, après que le premier syndicat des enseignants-chercheurs du supérieur a dénoncé des questions « biaisées ».

« La méthodologie utilisée pour cette enquête est une méthodologie classique et éprouvée par les chercheurs du Cevipof. Toutes les garanties ont été mises en place pour préserver l’anonymat des répondants », a assuré dans un message transmis à l’AFP le Cevipof, mandaté par le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Les personnels ont été « invités à répondre à un questionnaire auto-administré en ligne, à l’aide d’un lien entièrement géré par l’Ifop, institut de sondage partenaire en charge du terrain de l’enquête et du recueil des questionnaires », poursuit le Cevipof, soulignant qu’aucun « agent » n’est « obligé d’y répondre.

Selon le Cevipof, « ni le ministère, ni le centre de recherches ne disposeront des données individuelles ainsi recueillies par l’Ifop ».

« Cette étude est encadrée par deux chercheurs, experts en statistiques et analyses de données et des attitudes et comportements politiques (…) Leur indépendance et leur liberté académique doivent être pleinement protégées », plaide le Cevipof.

Début juillet, le Parlement a adopté une loi pour lutter contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur prévoyant des mesures de sensibilisation et des sanctions disciplinaires et rendant obligatoire la désignation d’un « référent » d’établissement dédié à la lutte contre l’antisémitisme et le racisme.

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