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Soudan : plus de 460 morts dans une maternité à El-Facher – OMS

Selon un rapport du Humanitarian Research Lab, les images satellite "corroborent des preuves que les massacres ont continué dans les 48 heures ayant suivi la prise par les FSR" d'El-Facher

Sur cette photo du 17 juillet 2019, le général Mohammed Hamdan Daglo signe un document de partage du pouvoir entre le mouvement pro-démocratie du Soudan et le conseil militaire au pouvoir à Khartoum, au Soudan. (Photo AP / Mahmoud Hjaj, File)
Sur cette photo du 17 juillet 2019, le général Mohammed Hamdan Daglo signe un document de partage du pouvoir entre le mouvement pro-démocratie du Soudan et le conseil militaire au pouvoir à Khartoum, au Soudan. (Photo AP / Mahmoud Hjaj, File)

Le chef des paramilitaires soudanais Mohamed Daglo a reconnu mercredi soir une « catastrophe » à El-Facher, ville clé du Darfour prise dimanche par ses forces, où les informations sur des exactions massives se multiplient.

Après 18 mois de siège, les Forces de soutien rapide (FSR, paramilitaires) de M. Daglo ont pris dimanche cette dernière grande ville qui échappait à leur contrôle dans la région du Darfour, où « les massacres continuent » selon des images satellite analysées par le Humanitarian Research Lab (HRL) de l’université Yale.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est « consternée et profondément choquée par les informations faisant état du meurtre tragique de plus de 460 patients et accompagnateurs à la maternité saoudienne d’El-Facher, à la suite des récentes attaques (…) », a-t-elle indiqué mercredi.

La Croix-Rouge s’est dite « profondément choquée par les informations croissantes des médias, des sources publiques et des témoignages directs sur les atrocités horrifiantes et les souffrances immenses » des habitants d’El-Facher.

« Plus de 2.000 civils ont été tués au cours de l’invasion de la milice (des FSR) à El-Facher, ciblant les mosquées et les volontaires du Croissant-Rouge », a pour sa part affirmé Mona Nour Al-Daem, chargée de l’aide humanitaire au gouvernement pro-armée.

A El-Facher, le comité de résistance local, qui documente les exactions depuis le début du conflit, a rapporté mercredi soir avoir entendu des tirs dans l’ouest de la ville, « où quelques soldats restants combattent avec une rare ténacité ».

« Habitants d’El-Facher, nous regrettons la catastrophe qui vous est arrivée (…) mais la guerre nous a été imposée », a déclaré, dans un discours diffusé sur sa chaîne Telegram, le chef des FSR. « Nous exigeons que tous ceux qui ont commis des erreurs rendent des comptes », a-t-il ajouté en affirmant, sans détailler, que des « commissions d’enquête » étaient arrivées sur place.

Des combattants des Forces de soutien rapide (RSF) brandissant des armes et célébrant dans les rues d’el-Fasher, dans la région soudanaise du Darfour, dans une capture d’écran d’une vidéo publiée sur Telegram, le 26 octobre 2025. (Crédit : Forces de soutien rapide/AFP)

Après la prise d’El-Facher dimanche à leurs rivaux, l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane, les FSR contrôlent désormais l’ensemble du Darfour, vaste région de l’ouest du Soudan couvrant le tiers du pays.

Selon un rapport du Humanitarian Research Lab, les images satellite « corroborent des preuves que les massacres ont continué dans les 48 heures ayant suivi la prise par les FSR » d’El-Facher.

Les communications satellite restent coupées – sauf pour les FSR qui contrôlent le réseau Starlink -, les accès d’El-Facher restent bloqués malgré les appels à ouvrir des corridors humanitaires. Dans ce contexte, il est extrêmement compliqué de joindre des sources locales indépendantes.

Depuis dimanche, plus de 36.000 personnes ont fui les violences, majoritairement vers la périphérie d’El-Facher et vers Tawila, cité située à 70 km plus à l’ouest et qui était déjà la plus importante zone d’accueil du Soudan, selon l’ONU, avec plus de 650.000 déplacés.

De rares images de l’AFP en provenance de Tawila montrent des déplacés portant leurs affaires sur leur dos ou sur leur tête. Certains montent des tentes, d’autres, parfois blessés, sont assis dans des conditions précaires.

Après la chute d’El-Facher, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a alerté sur le « risque croissant d’atrocités motivées par des considérations ethniques » en rappelant le passé du Darfour, ensanglanté au début des années 2000 par les massacres et les viols des milices arabes Janjawid, dont sont issues les FSR, contre les tribus locales Massalit, Four ou Zaghawa.

Commandées par le général Mohamed Daglo, les FSR, qui ont installé au Darfour une administration parallèle, contrôlent désormais l’ouest du Soudan et certaines parties du sud, avec leurs alliés. L’armée contrôle le nord, l’est et le centre du troisième plus vaste pays d’Afrique, ravagé par plus de deux ans de guerre.

Les experts craignent une nouvelle partition du Soudan, après l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Mais le chef des FSR a plutôt estimé mercredi que la prise complète du Darfour par ses forces favorisera « l’unité » du pays.

« La libération d’El-Facher est une opportunité pour l’unité du Soudan et nous disons : l’unité du Soudan par la paix ou par la guerre », a déclaré M. Daglo mercredi, suggérant ainsi sa volonté de poursuivre les combats en cas d’échec des pourparlers.

Les pourparlers menés depuis plusieurs mois par le groupe dit du « Quad », qui réunit les Etats-Unis, l’Egypte, les Emirats arabes Unis et l’Arabie saoudite, sont restés dans l’impasse, selon un responsable proche des négociations.

Leurs propositions de trêve se heurtent, selon lui, « à l’obstructionnisme continu » du pouvoir d’al-Burhane, qui a refusé en septembre une proposition prévoyant à la fois son exclusion et celle des FSR de la transition politique post-conflit.

La guerre au Soudan se joue sur fond de rivalités régionales. Les FSR ont reçu armes et drones des Emirats arabes unis d’après des rapports de l’ONU, tandis que l’armée bénéficie de l’appui de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la Turquie, selon des observateurs. Tous nient toute implication.

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