Rechercher

À l’ombre de l’essor de l’extrême-droite, Doron Almog prône l’unité juive

Dans son premier discours majeur, le nouveau chef de l'Agence juive a souligné que l'organisation veut renforcer les liens avec la Diaspora et avec les Israéliens de l'étranger

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le président de l'Agence juive Doron Almog s'adresse au conseil d'administration de l'organisation à l'hôtel Hilton de Tel Aviv, le 6 novembre 2022. (Crédit : Maxim Dinshtein/ Jewish Agency)
Le président de l'Agence juive Doron Almog s'adresse au conseil d'administration de l'organisation à l'hôtel Hilton de Tel Aviv, le 6 novembre 2022. (Crédit : Maxim Dinshtein/ Jewish Agency)

Le dirigeant de l’Agence juive Doron Almog a fait part de sa vision de l’organisation sous son mandat, dimanche, livrant un message d’unité juive quelques jours après une élection israélienne profondément clivante qui a marqué l’ascension d’un parti d’extrême-droite – des résultats qui devraient tendre encore davantage les liens déjà mis à mal avec les Juifs américains plus libéraux.

« Nous ne devons pas permettre à la haine de se développer dans notre société. Nous devons propage l’amour et maintenir l’unité au sein du peuple juif », a dit Almog.

Il a indiqué que ce message était d’autant plus pertinent que dimanche était aussi la journée officielle de commémoration de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, qui avait été assassiné par Yigal Amir, un extrémiste de droite, au mois de novembre 1995 et qui avait également été ouvertement menacé, quelques jours auparavant, par Itamar Ben Gvir, qui est sur le point de devenir un ministre influent au sein du prochain gouvernement.

Almog a tenu ces propos lors d’une rencontre du conseil d’administration de l’Agence juive qui était organisée à l’hôtel Hilton de Tel Aviv – sa première apparition publique depuis qu’il a été élu président de l’organisation lors de la dernière réunion du conseil, qui avait eu lieu au mois de juillet.

Le chef de l’Agence juive, qui a passé les trois derniers mois à voyager dans le monde pour s’y entretenir avec les différentes communautés juives, a indiqué que son premier objectif était « de rassembler les cœurs ».

« Des défis majeurs nous attendent : approfondir la connexion avec les communautés juives du monde entier, soutenir l’alyah (l’immigration juive en Israël) et l’intégration et renforcer la société israélienne », a dit Almog aux dizaines de membres du conseil d’administration venus en Israël tout spécialement pour l’événement – en particulier depuis les États-Unis.

Dans un anglais teinté d’accent israélien, Almog a fait savoir qu’il prévoyait d’atteindre son objectif en élargissant les programmes des émissaires de l’Agence juive, en renforçant les liens avec les expatriés israéliens aux États-Unis et dans d’autres pays, en travaillant plus étroitement avec d’autres organisations juives et sionistes et en aidant les nouveaux immigrants à s’installer plus facilement au sein de l’État juif.

« Tout ce qui concerne l’immigration est difficile et parfois aliénant », a-t-il déclaré.

Almog a précisé que l’Agence prévoyait de travailler étroitement avec le ministère de l’Économie et plus directement avec les entreprises pour faciliter les recherches d’emploi des nouveaux immigrants, essentielles à une intégration plus réussie dans le pays.

Dans son discours, Almog a souligné le lien entre Israël et la diaspora juive – un lien tissé avant la fondation de l’État.

« La génération de mes parents a triomphé pendant la guerre d’indépendance à cause de Juifs comme vous, des Juifs du monde entier. Environ 70 % de l’argent nécessaire pour acheter les systèmes de défense et les armements, les navires et les avions provenait des États-Unis. Alors au nom de mes parents, je vous remercie. Vous êtes une inspiration pour moi, votre dévotion continue à l’égard du seul État juif et au peuple juif est une inspiration pour moi », a-t-il dit.

Toutefois, l’espoir exprimé par Almog de « rassembler les cœurs » devrait être amené à rencontrer des difficultés, au moins dans le futur immédiat, au vu des élections récentes qui ont été marquées par le retour du leader de l’opposition Benjamin Netanyahu (qui a entretenu des relations mouvementées avec les Juifs de la diaspora, en particulier avec les Juifs américains), ainsi que par l’ascension du parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit dont les dirigeants ont exprimé leur idéologie anti-arabe, homophobe et nationaliste, aux antipodes de la politique majoritairement libérale prônée par les Juifs américains.

Dan Elbaum, chef de la branche de l’Agence juive en Amérique du nord, a indiqué qu’en plus de mettre à mal encore davantage les liens entre les Juifs américains en Israël, ces questions étaient susceptibles « d’entraîner de nouvelles tensions et clivages au sein de notre communauté ».

Toutefois, Elbaum a estimé que ces divisions étaient surmontables et que si elles étaient importantes, elles n’étaient pas nécessairement sans précédent.

« Mais je ne tente pas de diminuer l’ampleur du défi que nous devons relever », a-t-il indiqué au Times of Israel en marge de la conférence, après l’allocution de Almog.

Elbaum a précisé que le moment choisi pour cette réunion du conseil d’administration, au lendemain des élections – une coïncidence, a-t-il noté – l’a empêché de parler en profondeur aux leaders de la communauté juive américaine des résultats du scrutin et de ses conséquences potentielles pour les liens entre Israël et la diaspora.

Il a dit qu’il prévoyait d’organiser des rencontres à ce sujet avec les fédérations juives et d’autres organisations dans les prochaines semaines.

Toutefois, certaines organisations juives américaines ont d’ores et déjà fait part de leurs graves inquiétudes face à l’intégration potentielle d’un parti d’extrême-droite au sein de la coalition, tandis que d’autres ont préféré recourir à des paroles confuses pour éviter de parler du sujet. D’autres ont également fait le choix de garder totalement le silence.

Elbaum, responsable de la communauté juive depuis de longues années, a supposé que si certains des groupes juifs les plus explicitement politiques continueront à critiquer la coalition qui pourrait se former en Israël, d’autres, plus importantes, s’abstiendront de le faire pour conserver leurs relations avec le gouvernement.

« Les organisations juives les plus établies soutiendront Israël sur les questions de sécurité », a-t-il continué.

Il a toutefois souligné qu’il était encore trop tôt pour se laisser aller à des déclarations définitives sur le prochain gouvernement, qui doit encore être formé.

Citant la légende du Baseball Yogi Berra, Elbaum a indiqué que « c’est dur de faire des prédictions, et en particulier en ce qui concerne l’avenir. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...