S&P met en garde Israël contre l’endettement induit par l’instabilité politique
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S&P met en garde Israël contre l’endettement induit par l’instabilité politique

"Prendre des mesures de consolidation budgétaire spécifiques et efficaces sera bien plus difficile politiquement" par rapport à cette année, estime l'agence de notation

Benny Gantz (à gauche) et Benjamin Netanyahu à la Knesset lors d'un vote pour la dissolution du Parlement, le 2 décembre 2020. (Danny Shem Tov / Porte-parole de la Knesset)
Benny Gantz (à gauche) et Benjamin Netanyahu à la Knesset lors d'un vote pour la dissolution du Parlement, le 2 décembre 2020. (Danny Shem Tov / Porte-parole de la Knesset)

S&P, l’agence internationale de notation financière, a fait savoir jeudi que les fragmentations politiques continues en Israël et une potentielle incapacité à former une coalition au pouvoir au lendemain des élections prévues au mois de mars 2021 pourraient réduire la probabilité de l’établissement de mesures efficaces susceptibles de freiner l’endettement gonflé par la pandémie de coronavirus – ce qui pourrait exercer des pressions sur sa notation financière souveraine.

« Des pressions sur les notations pourraient survenir si la dette nette devait continuer à s’élever à moyen terme », a indiqué S&P dans un « bulletin », jeudi, après la dissolution du parlement israélien et l’appel à l’organisation de nouvelles élections.

« Prendre des mesures de consolidation budgétaire spécifiques et efficaces sera bien plus difficile politiquement en comparaison avec la relance de cette année », a fait savoir S&P. « Selon notre point de vue, une fragmentation politique continue et le résultat possible d’un Parlement sans majorité au mois de mars pourraient réduire la probabilité de l’adoption de telles mesures. »

S&P a souligné ne pas s’attendre à un changement immédiat dans la notation AA- stable d’Israël mais, a noté l’agence, « les bravades politiques continues et la possibilité d’un autre scrutin non-concluant peuvent augmenter les risques fiscaux à moyen-terme ».

La dissolution du Parlement a eu lieu le 23 décembre, après la fin de l’échéance de l’adoption d’un budget pour 2020, ouvrant la voie à l’organisation du quatrième scrutin général organisé dans l’espace de deux ans.

« Israël a déjà traversé trois élections non-concluantes au cours des 18 derniers mois », a expliqué S&P. « Un résultat électoral qui serait non-concluant une fois encore serait susceptible de mettre en péril » la formation d’un gouvernement stable, doté d’un agenda politique clair aux niveaux économique et fiscal.

« Des tensions politiques élevées n’ont rien d’une nouveauté en Israël au vu du paysage idéologique et religieux hautement polarisé du pays », a continué S&P. « Néanmoins, cette fois, le niveau de volatilité politique dans le pays s’ajoute à la pandémie de coronavirus ainsi qu’au procès ouvert contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Nous nous attendons donc à ce que l’incertitude soit élevée au cours des prochains mois. »

Des mesures économiques pour contrer l’impact de la pandémie, ainsi que l’impact de cette dernière sur la croissance, devraient augmenter la dette publique nette en 2020, a indiqué S&P.

« Nos estimations prévoient une augmentation à 73 % de la dette-PIB à la fin de l’année 2020 contre 59 % à la fin de l’année 2019, ce qui défait, dans les faits, la consolidation fiscale de la dernière décennie en une seule année », a noté le bulletin.

S&P envisage que la dette publique se stabilisera à à peu-près 77 % du PIB en 2022-23 et que le déficit gouvernemental baissera à 4 % pour la période, sur la base de l’hypothèse d’une reprise des efforts gouvernementaux visant à consolider les comptes fiscaux à partir de la seconde moitié de l’année 2021.

Et si cela n’arrive pas, au vu de l’instabilité politique, alors la pression sur les notations pourrait se renforcer, a dit S&P.

Ce bulletin fait écho à une interview accordée, au début du mois, au Times of Israel par Christian Esters, directeur principal, responsable analytique des notations des finances publiques nationales et internationales, chez S&P Global Ratings, qui avait averti que l’impasse politique en Israël, qui pourrait entraver sa capacité à contrôler ses dépenses en 2021, était susceptible de déclencher un « risque réel » de dégradation de sa notation financière.

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