« Stay Tunes » : la page Instagram sur l’identité juive tunisienne
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« Stay Tunes » : la page Instagram sur l’identité juive tunisienne

Lancée le mois dernier, la page s’est donnée pour but de mettre en avant les visages, les histoires et la vie des Juifs d’origine tunisienne, à la manière de “Humans of New York”

Journaliste

Capture d’écran de la page Instagram "Stay Tunes".
Capture d’écran de la page Instagram "Stay Tunes".

« On a tous en nous quelque chose de La Goulette. Et vous, c’est quoi ? », interroge la page Instagram Stay Tunes, en référence au fameux quartier juif de Tunis.

Lancée le mois dernier par la journaliste Myriam Levain, la page s’est donnée pour but de mettre en avant les visages, les histoires et la vie des Juifs d’origine tunisienne, à la manière de “Humans of New York”.

Un mois après son lancement, elle rassemble ainsi 21 portraits d’hommes et de femmes issus de cette communauté. Dans le texte qui accompagne chaque photo, le sujet explique son rapport avec la Tunisie et sa culture juive. Chaque personne revient sur ses souvenirs avec cette terre – que beaucoup ont quittée pour migrer en France.

Dans une interview pour le site HuffPostMaghreb, sa créatrice explique voir son projet comme « une quête personnelle sur [son] identité, [ses] origines ».

« Ma grand-mère était juive tunisienne, et elle m’a beaucoup parlé de la Tunisie. J’ai réalisé que je connaissais très mal son histoire », explique-t-elle.

« Quand j’ai commencé à réfléchir à Stay Tunes je me suis aperçue qu’il y avait un réel décalage dans ma génération, en France, là où une grosse partie de la communauté juive tunisienne réside désormais, entre le fait d’être fier de ses racines, de revendiquer son identité juive et de n’être jamais allé en Tunisie et de ne pas ou peu connaître l’histoire de cette communauté. »

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Moché «Il existe un cliché du juif tunisien dans lequel je ne me reconnais pas, alors que j’ai grandi en Tunisie et que j’y vis toujours. Sûrement parce que chez moi, on a toujours parlé arabe et que j’ai été élevé dans une culture beaucoup plus tunisienne que française: il ne faut pas me demander de soutenir une autre équipe que la Tunisie pendant la Coupe du monde ou n’importe quel événement sportif. Être juif en Tunisie, ça veut dire appartenir à une toute petite minorité, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été le premier juif que quelqu’un voyait. Avant de vivre à l’étranger pendant mes études, je ne me rendais pas compte à quel point nous étions peu nombreux ici. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre ce qu’avait été la vie juive tunisienne, que j’ai voulu en chercher les traces et travailler à les sauvegarder. Pour moi, être tune, ça veut surtout dire être nostalgique d’une époque révolue, dont on peut voir les vestiges quand on marche dans Tunis et ailleurs dans le pays. Ça signifie aussi qu’on a le devoir d’être exemplaire et de raconter cette histoire à la jeune génération pour qu’elle ne soit pas effacée des mémoires.» #Tunis #Tunisia #History #Memory #StayTunes

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Dans l’un des portraits de la page, Moché explique ainsi ne pas se reconnaître dans le « cliché du Juif tunisien, alors que j’ai grandi en Tunisie et que j’y vis toujours. Sûrement parce que chez moi, on a toujours parlé arabe et que j’ai été élevé dans une culture beaucoup plus tunisienne que française : il ne faut pas me demander de soutenir une autre équipe que la Tunisie pendant la Coupe du monde ou n’importe quel événement sportif. »

Selon l’homme, « être Juif en Tunisie, ça veut dire appartenir à une toute petite minorité. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été le premier Juif que quelqu’un voyait. Avant de vivre à l’étranger pendant mes études, je ne me rendais pas compte à quel point nous étions peu nombreux ici. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre ce qu’avait été la vie juive tunisienne, que j’ai voulu en chercher les traces et travailler à les sauvegarder ».

« Pour moi, être Tune, ça veut surtout dire être nostalgique d’une époque révolue, dont on peut voir les vestiges quand on marche dans Tunis et ailleurs dans le pays, avance-t-il. Ça signifie aussi qu’on a le devoir d’être exemplaire et de raconter cette histoire à la jeune génération pour qu’elle ne soit pas effacée des mémoires.»

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Michèle «J’ai un rapport charnel à la Tunisie, le pays où je suis née… mais que j’ai quitté à l’âge de 5 ans. Depuis, j’ai une forme de frustration à chaque fois que j’y retourne, j’ai l’impression de le contempler derrière une vitre: le paysage m’est familier, et pourtant je le regarde de loin. Je ressens une forte impression d’appartenance, mais je ne parle pas l’arabe et je n’ai presque pas vécu là-bas. Je suis très à l’aise avec mon héritage juif tunisien, de toute façon je pense que tu ne peux rien cacher et qu’il ne faut pas chercher à enterrer la première couche de ton identité, il faut au contraire la sédimenter avec les autres. Être tune pour moi n’a rien de religieux, c’est un folklore, une cuisine, un humour, une douceur, et bien sûr un accent, que je prends très vite quand je suis en famille. Je me demande souvent ce que j’ai transmis à mes enfants de cette culture-là, j’ai l’impression que ce n’est pas beaucoup et pourtant, je sens que c’est bien présent chez eux.» #Paris #Tunis #Tunisie #StayTunes

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Telle une migrante ayant quitté sa terre natale, Michèle explique elle avoir un « rapport charnel à la Tunisie, le pays où je suis née… mais que j’ai quitté à l’âge de 5 ans. Depuis, j’ai une forme de frustration à chaque fois que j’y retourne, j’ai l’impression de le contempler derrière une vitre : le paysage m’est familier, et pourtant je le regarde de loin. »

« Je ressens une forte impression d’appartenance, mais je ne parle pas l’arabe et je n’ai presque pas vécu là-bas. Je suis très à l’aise avec mon héritage juif tunisien, de toute façon je pense que tu ne peux rien cacher et qu’il ne faut pas chercher à enterrer la première couche de ton identité, il faut au contraire la sédimenter avec les autres. Être Tune pour moi n’a rien de religieux, c’est un folklore, une cuisine, un humour, une douceur, et bien sûr un accent, que je prends très vite quand je suis en famille. Je me demande souvent ce que j’ai transmis à mes enfants de cette culture-là, j’ai l’impression que ce n’est pas beaucoup et pourtant, je sens que c’est bien présent chez eux. »

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Myriam «Être tune, c’est la possibilité -qui nous semble aujourd’hui étrange, alors qu’elle a duré des siècles- d’être à la fois juif et arabe, de manger du couscous à la viande casher, de danser sur Warda tout en trinquant à la boukha. C’est porter en soi une histoire méditerranéenne millénaire, bien loin de toutes les caricatures. Donner la parole aux juifs tunisiens, c’est montrer qu’il n’y en n’a pas deux qui se ressemblent, que cet héritage a été transmis de mille façons différentes. Aujourd’hui, cette culture est toujours bien vivante, majoritairement hors des frontières de la Tunisie, mais également dans le pays de nos ancêtres. À notre manière, nous en sommes des ambassadrices et des ambassadeurs modernes, alors partageons ici nos histoires… Stay Tunes.» #Paris #Tunis #Tunisie #StayTunes

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« Je pars du principe que tous les témoignages sont intéressants, explique Myriam Levain. Je les vois comme les mille reflets d’une histoire commune. J’essaie de mettre en avant aussi bien les hommes et les femmes qui ont vécu en Tunisie, que ceux qui ont 25 ans et n’ont jamais mis les pieds ici, ceux qui sont très religieux et ceux qui sont plutôt laïcs, ceux qui ne connaissent que la gastronomie, d’autres que les livres. »

La journaliste réfléchit actuellement à la réalisation d’un documentaire sur le sujet, « notamment sur la jeune génération ».

Déjà, en 2016, Fatma Cherif et Saïd Kasmi avaient réalisé un documentaire de 90 minutes intitulé « Tunisie, une mémoire juive ». Fort de nombreuses images d’archives, le reportage revenait déjà sur la relation millénaire entre les Juifs et la Tunisie et tentait de comprendre pourquoi cette communauté et son héritage avaient aujourd’hui quasiment disparu.

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