Sud-Soudan : L’ex-général israélien nie les ventes d’armes
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Sud-Soudan : L’ex-général israélien nie les ventes d’armes

Israel Ziv, accusé par les Américains d'attiser le conflit, a qualifié ces propos de "ridicules et sans fondement"

Les soldats du gouvernement traversent la rive gauche du Nil pour patrouiller sur les lignes de front dans la ville de Kuek, au sud-Soudann le 19 août 2017 (Crédit :AP/Sam Mednick)
Les soldats du gouvernement traversent la rive gauche du Nil pour patrouiller sur les lignes de front dans la ville de Kuek, au sud-Soudann le 19 août 2017 (Crédit :AP/Sam Mednick)

Le gouvernement du sud-Soudan a nié avoir acheté des armes au général de l’armée israélienne à la retraite Israel Ziv, disant que la décision américaine de lui imposer des sanctions – ainsi qu’à deux autres personnes – est fondée sur de fausses informations.

Ziv a également nié que son entreprise ait participé à un commerce illégal de ventes d’armes quelques jours après que les Etats-Unis ont annoncé prendre des sanctions à son encontre pour le rôle qu’il aurait tenu, aux côtés d’autres personnalités, dans la guerre civile du pays.

Un porte-parole du bureau du président à Juba a expliqué à la Radio Tamazuj locale, lundi, que le sud-Soudan n’avait « jamais acheté des armes et des munitions au général à la retraite parce qu’il travaillait ici dans le secteur agricole ».

Ateny Wek Ateny a nié que Ziv, l’ancien gouverneur Gregory Vasili et l’homme d’affaires Obac William Olawo aient aidé à attiser le conflit dans ce pays ravagé par la guerre.

« Le général Gregory n’a dirigé aucune milice armée pendant le conflit et les sanctions qui lui sont imposées sont donc basées sur de fausses informations », a dit Ateny. « En ce qui concerne Obac, il est en fait un homme d’affaires connu et il n’a jamais fourni de véhicules blindés ou d’armes au gouvernement ».

Vendredi, le département du Trésor américain a mis en place des sanctions contre Ziv, Vasili et Olawo pour leurs rôles présumés dans la guerre civile au sud-Soudan et la crise humanitaire qui en a résulté.

Les troupes rebelles de l’Armée de libération du peuple soudanais en opposition (SPLA-IO)déchargent leurs armes sur un site militaire à Juba, le 25 avril 2016 (Crédit : Albert Gonzalez Farran / AFP)

Les Etats-Unis ont accusé Ziv d’avoir utilisé sa société de conseil Global CST pour couvrir la vente d’environ 150 millions de dollars d’armes au gouvernement et à l’opposition au sud-Soudan.

Le général à la retraite Israel Ziv s’exprime devant les caméras de la chaîne Kan au mois de mars 2016 (Capture d’écran : YouTube)

Selon le communiqué, Ziv aurait également « prévu d’organiser des attaques menées par des mercenaires contre les champs pétroliers et les infrastructures au sud-Soudan pour tenter de créer un problème que seules sa compagnie et ses entreprises affiliées seraient en mesure de régler ».

Selon les termes de ces sanctions, les Etats-Unis confisqueront tous les avoirs des trois hommes dans le pays et interdiront toute transaction financière les impliquant, eux ou leurs entreprises, sur le territoire américain.

Ziv a rejeté catégoriquement les accusations américaines lundi, disant lors d’un entretien accordé à la radio militaire que la société Global CST ne s’était jamais prêtée à la vente d’armes illégales et qu’il serait favorable à toute enquête menée dans son entreprise.

Il a qualifié les accusations de « ridicules, sans fondement et aux antipodes de la réalité », ajoutant que de nombreuses communautés du sud-Soudan dépendaient des initiatives agricoles de CST.

Des milliers de personnes marchent pendant des heures pour se rendre sur un site de distribution alimentaire à Malualkuel, dans la région de Bahr el Ghazal, dans le nord du sud-Soudan, le 5 avril 2017 (Crédit : AP)

« Des dizaines de milliers de personnes sont employées par ce projet et il nourrit le marché du sud-Soudan », a-t-il ajouté. « Ceux qui disent que ce projet est une couverture devraient donc venir vérifier sur place ce qu’il est ».

L’administration Trump « est la bienvenue si elle veut venir, faire des contrôles et enquêter. Nous leur donnerons accès à tout », a-t-il continué.

Le sud-Soudan est ravagé par la guerre depuis que le président Salva Kiir a accusé son ancien bras droit, le vice-président Riek Machar, d’avoir fomenté un coup d’Etat il y a cinq ans. Des combats à forte connotation ethnique ont éclaté depuis et n’ont pas cessé. Presque 400 000 personnes ont été tuées et des millions d’autres ont dû quitter leurs habitations ou se trouvent au bord de la famine. Les parties en conflit ont signé un nouvel accord de paix au mois de septembre, même si les combats et les violences continuent dans certaines zones.

L’activiste israélien Eitay Mack accuse depuis des années le ministère de la Défense de l’Etat juif d’avoir autorisé des ventes d’armes au sud-Soudan, malgré un embargo.

Jérusalem considère depuis longtemps le sud-Soudan comme un allié important et un contre-poids au soutien apporté par le Soudan voisin aux terroristes palestiniens islamistes. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré Kir à plusieurs occasions, notamment pendant une visite en Israël, des mois après la déclaration d’indépendance.

Selon un rapport établi par l’ONU en 2016, des équipements de surveillance israéliens avaient été utilisés par les renseignements sud-Soudanais à ce moment-là, permettant d’intercepter les communications lors d’une période de répression « significativement renforcée » à l’encontre des opposants au gouvernement.

Le rapport avait également révélé qu’une arme à feu automatique israélienne connue sous le nom de Micro Galil était « présente en plus grand nombre qu’avant l’éruption du conflit ». Il avait accusé Israël d’aider à attiser la guerre civile.

Les sanctions américaines annoncées vendredi ont accusé Vasili de superviser « une explosion de violences ethniques intra-clanique » et d’avoir dirigé une milice en tant que gouverneur de l’Etat de Gogrial avant qu’il ne soit démis de sa fonction par le gouvernement, l’année dernière. Pour sa part, Olawo, selon le trésor, « a régulièrement importé des véhicules standard et blindés pour le gouvernement du sud-Soudan et, à la moitié de l’année 2018, il était engagé dans le commerce et dans la livraison d’armes ».

« Le trésor vise les individus qui ont fourni des soldats, des véhicules blindés et des armes qui ont été utilisés pour attiser le conflit au sud-Soudan », a expliqué Sigal Mandelker, sous-secrétaire d’Etat au trésor pour le terrorisme et le renseignement financier dans la journée de vendredi.

« Nous avons l’intention de demander des comptes à ceux qui profitent de la misère et de la souffrance des sud-Soudanais et qui facilitent les violences contre les civils », a ajouté Mandelker.

Les membres des troupes de l’opposition près de leur base à Thonyor, au sud-Soudan, le 11 avril 2017 (Crédit : AFP Photo/Albert Gonzalez Farran)

Washington a exprimé une exaspération croissante face au sud-Soudan et face à ceux qui, selon les Américains, bloquent la voie vers la paix. Les Etats-Unis ont pris des initiatives au Conseil de Sécurité de l’ONU pour imposer un embargo sur les armes dans le pays, au début de l’année.

La semaine dernière, le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton a fait savoir que l’administration Trump réexaminait l’aide américaine apportée au pays.

Le gouvernement du sud-Soudan a tenté de se rebeller contre les critiques et les pressions croissantes de Washington, notamment contre la menace de retirer les aides.

Lundi, le ministre des Affaires étrangères soudanais a critiqué les sanctions américaines contre Ziv, Vasili et Olawo, disant que cette initiative « vise à saper la mise en oeuvre de l’accord de paix au sud-Soudan ».

Il a appelé l’administration Trump à « s’engager de manière plus positive qu’en redoublant ces menaces de sanction et d’embargo – qui ne servent aucun dessein utile ».

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