Suite aux échecs des dernières élections, Netanyahu s’attaque à la droite
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Analyse

Suite aux échecs des dernières élections, Netanyahu s’attaque à la droite

Plongée dans les perspectives électorales restreintes du Premier ministre, animal politique acculé qui cherche à se frayer un chemin vers la victoire aux dépens de la droite

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet dans son bureau à Jérusalem, le 30 juin 2019. (Oded Balilty / AP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet dans son bureau à Jérusalem, le 30 juin 2019. (Oded Balilty / AP)

Parier contre les prouesses électorales du Premier ministre Benjamin Netanyahu est généralement une mauvaise idée. Entouré de détracteurs à gauche comme à droite, désavoué par de larges pans de la population et confronté depuis peu à la perspective de poursuites judiciaires pour corruption, le dirigeant du Likud s’est prouvé à lui-même qu’il était un mastodonte politique inarrêtable et le plus habile des navigateurs dans les eaux troubles de la politique israélienne ces derniers temps.

C’est une conclusion aisée à tirer après quatre victoires consécutives du Likud aux élections, qui ont permis à Netanyahu de devenir le Premier ministre à rester le plus longtemps en poste dans l’histoire du pays.

Son succès s’explique par plusieurs causes étroitement liées. Parmi celles-ci, on trouve une gauche qui n’a pas encore réussi à se créer un récit politique convaincant lui permettant de remplacer l’effort de paix d’Oslo des années 1990 après son effondrement lors de la deuxième Intifada de 2000-2004 ; une base du Likud connue pour sa loyauté envers le chef du parti (le Likud n’a connu que quatre dirigeants depuis la fondation d’Israël) ; un changement démographique au cours des dernières décennies en faveur des sous-cultures les plus conservatrices au sein de la société israélienne, en particulier les Haredim et la communauté religieuse nationale ; mais plus encore.

Et tout cela ne devrait pas diminuer la puissance du facteur le plus important qui a conduit toutes les victoires de Netanyahu : l’homme en lui-même. Lors des plus importants moments de la décennie écoulée, ce sont plus souvent les décisions et les tactiques de Netanyahu qui ont assuré sa victoire. Il a su décider du moment où il lancerait une campagne faisant appel aux électeurs centristes, et quand se pencher à droite afin de faire évoluer ses calculs pour sa coalition dans une autre direction. C’est lui qui a créé des alliances avec d’autres partis, tels que l’union avec Yisrael Beytenu pour l’élection de 2013. Lui qui a choisi le moment des élections en 2015 et 2019, et lui qui a orchestré de nombreuses crises qui ont défini le programme des campagnes. Il n’est pas seulement le chef de son parti, il est aussi son principal stratège politique et directeur de campagne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en compagnie du ministre de la Défense d’alors, Avigdor Liberman, lors d’une conférence de presse conjointe, le 30 mai 2016. (Yonatan Sindel / Flash90)

Cette longue tradition de compétence politique constitue la toile de fond de l’incroyable revers encaissé par Netanyahu lorsqu’il s’est retrouvé incapable de former une coalition après la course électorale du 9 avril. Bien que la brèche ait pour origine l’ultimatum posé par Avigdor Liberman, leader d’Yisrael Beytenu, concernant une loi sur la conscription ultra-orthodoxe – entre autres revendications –, l’échec était celui de Netanyahu. Alors que le pays entier en était témoin, il a laissé les discussions de coalition se prolonger jusqu’au dernier jour possible sans résultat – pas un seul parti n’avait signé d’accord de coalition avant que Netanyahu ne dissout la 21e Knesset le 30 mai. Entouré de gloire et à la tête des 35 sièges du Likud – le meilleur résultat du parti depuis 2003 –, Netanyahu n’a cependant pas réussi à imposer sa volonté à un Yisrael Beytenu de cinq sièges, ni à négocier des concessions significatives de la part des ultra-orthodoxes. Et au cours des dernières heures de la journée du 30 mai, il s’est tourné vers le Parti travailliste, six sièges, n’offrant rien de moins que les disputés ministères de la Défense et des Finances dans un pari désespéré de sauver son poste de Premier ministre.

Pas une once de la perspicacité politique légendaire de Benjamin Netanyahu n’a pu être retrouvée dans ces procédures. Et les conséquences, y compris les nouvelles élections organisées le 17 septembre, l’ont laissé plus faible qu’auparavant – et plus en colère.

Moins de quarante jours avant les élections, sa stratégie électorale est lentement mise au point, dans un amalgame de tactiques agressives, sournoises et intimidantes, allant du dénigrement de ses adversaires au déploiement de centaines de caméras dans les bureaux de vote des communautés arabes, en passant par la mise en alerte de sa base électorale sur la perspective d’une victoire de la gauche. Mais rien de tout cela, aussi déplaisant soit-il, n’est vraiment nouveau. Ce qui est nouveau cette fois-ci, c’est le virage décisif et poussé de Netanyahu contre la droite.

Abandonné par Yisrael Beytenu, manifestement de droite, mis sous une pression incessante par Yamina, il n’a plus aucun intérêt à soutenir les partis susceptibles de former avec lui une future coalition de droite, concentrant plutôt sa campagne en exhortant les électeurs de droite à ne pas soutenir les autres partis de droite et à voter Likud.

Ainsi, en juin, Netanyahu a poussé le Likud à fusionner avec le parti Koulanou, quatre sièges, dirigé par l’ancien ministre du Likud, Moshe Kahlon. La logique de cette décision est claire pour les deux hommes. Kahlon, qui a obtenu quatre sièges, à peine plus que le minimum requis de 3,9 sièges pour entrer à la Knesset, a réussi à éviter de se faire effacer politiquement. Netanyahu, quant à lui, a intégré dans ses rangs l’un des jokers de la course électorale, un homme qui a appelé à un gouvernement d’union en 2015, lorsque Koulanou a remporté 10 sièges. En concourant séparément, ou en union avec un autre parti de droite que le Likud, Kahlon pourrait faire gagner plus de sièges pour la droite dans son ensemble, mais son soutien à Netanyahu au lendemain des élections ne pourrait être garanti.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre des Finances, Moshe Kahlon, à la Knesset, le 13 mars 2018. (Hadas Parush / Flash90)

Le compromis ici est clair. Lors des deux dernières élections, les sondages ont montré que de nombreux électeurs de Kahlon avaient voté pour lui dans le but de ne pas voter pour le Likud. Quand Kahlon n’est plus une possibilité, la plupart de ces votes ne se tourneront probablement pas vers le Likud, mais vers les partis centristes d’où ils sont venus avant la course électorale de 2015. Lorsqu’il a siégé dans une coalition de droite, Kahlon a apporté un nombre net de votes centristes à un gouvernement de droite. Bien qu’une partie des électeurs de droite de Kahlon puisse maintenant voter Likud, ces votes centristes sont probablement perdus pour une future coalition de droite.

Ironiquement, Netanyahu a entamé sa campagne aux dépens de la droite en tant que défense de la droite.

Ainsi, un certain nombre des partisans les plus fiables de Netanyahu, tels que les chroniqueurs et les journalistes du journal israélien Israel Hayom, appartenant à Sheldon Adelson, se retrouvent à lui demander de s’engager publiquement à ne pas mettre en place un gouvernement d’union avec Kakhol lavan.

« Netanyahu, engagez-vous à un gouvernement de droite », titrait une tribune de Mati Tuchfeld d’Israel Hayom – que le journal, apparemment bouleversé à la perspective du contraire, a mis en une.

Cette tribune a reçu une réponse de Netanyahu, publiée sous forme d’une « colonne de réponse » mercredi, qui a également fait la première page. La « colonne » est davantage une publication Twitter qu’une analyse réfléchie. Ainsi, une série de points de discussion de la campagne se retrouvent liés de façon abrupte, et certaines phrases se répètent même presque mot pour mot, alors que la question abordée l’avait déjà été une phrase plus tôt. En d’autres termes, il s’agit d’une pub de campagne diffusée par un journal porte-parole de Netanyahu. Pour ceux qui y rechercheraient des signes de la pensée politique de Netanyahu, de telles pubs ont plus de valeur que n’importe quelle longue prose bourrée de dissimulation et d’apologie.

Le message transmis par la tribune/pub semblait confus : « Uniquement une coalition de droite : il n’y aura pas de gouvernement d’union », était son titre. Les électeurs de droite « doivent se réveiller » et « doivent voter Likud – et seulement Likud », était-il ajouté.

Il est difficile de concilier cette idée de ne voter que pour le Likud avec la promesse d’un gouvernement de droite émanant de Netanyahu, puisque chaque sondage par les différents sondeurs montre la même chose depuis un mois : le Likud ne pourra vraisemblablement pas former une coalition uniquement de droite si le reste de la droite n’obtient pas de bons résultats.

Dans sa tribune, Netanyahu poursuit : « Mon engagement est clair : former après les élections un gouvernement de droite fort, qui continuera à conduire l’État d’Israël à des réalisations sans précédent et à garantir la sécurité de ses citoyens. C’est mon engagement envers les électeurs du Likud. Il n’y aura pas de gouvernement d’union. »

Mais il appelle ensuite à nouveau à ne pas voter pour les autres partis de droite : « Tous ceux qui ne votent pas pour Mahal [les lettres sur le bulletin de vote du Likud] votent en réalité pour le renversement du gouvernement de droite et la mise en place d’un gouvernement de gauche dirigé par Lapid et Gantz. »

Selon le Premier ministre, Liberman envisagerait de recommander Benny Gantz au poste de Premier ministre. Et seul un Likud au résultat important, plus important que celui de Kakhol lavan de Gantz, « nous assurera la garantie d’avoir pour mission de former un gouvernement et privera Liberman de la possibilité de nous conduire vers un gouvernement de gauche faible, dirigé par Lapid et Gantz. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une visite électorale au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 8 avril 2019. (Yonatan Sindel / Flash90)

Et dans le cas où le lecteur n’aurait pas encore compris ce principal et unique point, il ajoute : « Nous ne devons pas répéter l’erreur des dernières élections, lorsque les électeurs de droite ont perdu sept sièges au profit de partis qui n’ont pas franchi le seuil électoral. »

Vendredi 11 août, le Premier ministre en rajoute une couche, lançant une vidéo en direct sur Facebook dans laquelle il a prétendu qu’il entendait mettre en place un bloc de droite plus large. « Quiconque vote pour un autre parti de droite qui pourrait dépasser le seuil électoral, et qui le dépasse effectivement, réduit finalement la marge du Likud… Quiconque dit : ‘Je veux Netanyahu à la tête d’un gouvernement de droite’ doit voter Likud et ne pas se dire : ‘Je donnerai ce [vote] à quelqu’un d’autre et m’assurerai ou j’espère qu’il passera le seuil électoral et recommandera par la suite Netanyahu.’ J’entends [sur ce point] des bégaiements de nos amis de droite. »

Ce message, étonnant, est totalement nouveau : personne ne garantit un gouvernement de droite à l’exception de moi, Netanyahu. Même l’extrême droite pourrait ne pas me recommander, ce qui conduirait à un gouvernement de gauche.

Cela est d’autant plus étonnant que David Bitan, député du Likud, allié et fidèle de Netanyahu, a confirmé des rumeurs selon lesquelles Netanyahu aurait dit à des militants du Likud qu’il se tournerait vers Gantz pour l’inviter à rejoindre sa prochaine coalition, mais sans la frange de Yesh Atid, le parti de Yair Lapid, qui a rejoint l’alliance Kakhol lavan. « Nous n’avons aucun problème à faire cela avec Gantz – mais sans Yesh Atid », a déclaré Bitan à Radio Drom.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud David Bitan (à droite) lors d’une réunion du parti du Likud à la Knesset, le 12 juin 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Qui croire ? Netanyahu, ou Netanyahu ? Un vote pour le Likud de Netanyahu est-il vraiment un vote pour un gouvernement de droite, alors qu’une voix pour la Droite unie ne l’est pas?

C’est là que réside le cœur de la nouvelle stratégie : condamner l’idée d’un « bloc » de droite. En fin de compte, Netanyahu pense que le plus important est la mise en place d’un gouvernement Netanyahu, et non d’un gouvernement de droite. Ceux qui le soutiennent dans ses politiques et ses réalisations peuvent comprendre ce point de vue, mais cela contredit clairement la promesse de Netanyahu de ne diriger qu’un gouvernement de droite.

Alors que le Premier ministre s’engage dans une campagne aux dépens de la droite, le reste de la droite a réagi avec une amertume croissante et accuse désormais Netanyahu de faire tout son possible pour parvenir à une possibilité qu’il rejetait vivement : une coalition d’unité nationale centriste.

Comme la dirigeante de Yamina, Ayelet Shaked, a déclaré en réponse au message de Netanyahu, c’est Netanyahu, et non ses « amis de droite », qui « bégaie » – des « bégaiements avec [les anciens dirigeants travaillistes] Gabbay et Herzog, et [d’anciens partenaires de gauche qui avaient rejoint la coalition] Livni et Barak. »

Netanyahu a souvent et avec joie uni ses forces aux partis centristes et de gauche ces dernières années, comme en témoigne sa tentative de faire entrer Avi Gabbay au sein de sa coalition le 30 mai dernier. Mais il ne s’agit pas d’un simple hasard né d’un désespoir à ce moment passé. En 2016, Netanyahu était en pourparlers ouverts avec le chef du Parti travailliste d’alors, Isaac Herzog, pour qu’il rejoigne le gouvernement. Le Parti travailliste a fait partie de la coalition de Netanyahu de 2009 à 2011, puis pendant deux ans sous l’égide de la faction séparatiste Indépendance (Sia’at Ha’Atzma’ut), après que le chef d’alors du Parti travailliste, Ehud Barak, a quitté son propre parti suite à un conflit de direction.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’entretient avec la ministre israélienne de la Justice, Ayelet Shaked, lors du vote sur le budget national pour 2017-2018, dans la salle de réunion du Parlement israélien, le 21 décembre 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

De même, dans le gouvernement de 2013, Yesh Atid, qui est aujourd’hui une constituante majeure de l’alliance Kakhol lavan – et un pilier du « bloc de centre-gauche » supposé – a détenu les portefeuilles des Finances, de l’Education, des Affaires sociales, de la Santé et de la Science sous Netanyahu.

Hatnuah, la faction de gauche de Tzipi Livni qui a été démantelée avant la course électorale d’avril 2019, avait également intégré ce même gouvernement, en prenant la tête des ministères de la Justice et de l’Environnement. Ce qui signifie qu’il y a quatre ans encore, Netanyahu était heureux de placer une grande partie de la politique nationale gouvernementale entre les mains de ceux qu’il qualifie aujourd’hui de « gauchistes » infréquentables.

Les nombreux antécédents de Netanyahu dans la promotion d’un tel centrisme comprennent ses votes en faveur du retrait de Gaza, en 2004 ou, alors qu’il était Premier ministre à la fin des années 1990, sa mise en oeuvre des retraits des centres de population palestiniens, tels qu’ils étaient stipulés dans les accords d’Oslo.

En résumé, ces factions de la droite idéologique – guère énamourées face à l’homme en lui-même – sentent la possibilité d’une ruse, d’une trahison qui serait mise en place par un homme ayant finalement des principes plus flexibles que ne l’admet sa campagne.

« De plus en plus d’indications nous montrent que Netanyahu prévoit de former un gouvernement de gauche », avait accusé le ministre des Transports Bezalel Smotrich, numéro trois de Yamina, dans un post publié sur Twitter.

« C’est la raison pour laquelle il veut que nous soyons petits et faibles », a continué Smotrich. « Il n’aura pas d’autre choix que de former un gouvernement de droite si nous sommes importants et forts. Yamina saura maintenir Netanyahu à droite ».

Le ministre des Transports Bezalel Smotrich lors d’une conférence de l’Union des partis de droite à Lod, le 22 juillet 2019 (Crédit : Flash90)

Eli Ben Dahan, vice-ministre de la Défense de HaBayit HaYehudi qui s’était présenté sur la liste du Likud, au mois d’avril – une concession faite par Netanyahu pour pouvoir donner à l’extrême-droite une autre place à la Knesset – a également critiqué la campagne de Netanyahu.

« Sans un parti placé idéologiquement à droite, à la droite du Likud, nous allons nous retrouver avec le Likud dans un gouvernement d’unité nationale avec la gauche », a déclaré Ben Dahan jeudi.

Une telle union « restituera certaines parties de la terre d’Israël » dans un accord de paix avec les Palestiniens, a-t-il averti, montrant que Netanyahu n’était pas le seul politicien à souhaiter jouer avec les peurs et les angoisses des électeurs, et à être capable de le faire.

« On ne peut pas laisser ça arriver », a conclu Ben Dahan.

Les spécialistes israéliens envisagent souvent l’arithmétique électorale à travers les lentilles de la droite ou de la gauche – les « camps » ou « blocs » supposés de la vie politique israélienne. A chaque fois qu’un média majeur publie un nouveau sondage, il comprend un graphique à secteur ou un graphique en barres montrant la « taille totale » d’un « bloc de droite et haredim » et d’un « bloc de centre gauche et arabe ».

Aucun parti n’a, à lui seul, jamais gagné une majorité à la Knesset, pense-t-on, et la course n’est donc pas finalement remportée par la faction la plus importante mais par de telles alliances à l’esprit similaire.

Le problème avec cette manière de réfléchir est que les politiciens israéliens ne se comportent pas réellement de cette manière – et Netanyahu encore moins. Il a démontré qu’il était tout à fait à l’aise à l’idée d’incorporer la gauche dans ses coalitions et même de céder sur des agences et des politiques majeures pour ce faire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre de la Défense Ehud Barak, le 14 novembre 2012, premier jour de l’opération Pilier de défense à Gaza (Crédit : Kobi Gideon / GPO / Flash90)

Si l’effondrement des derniers pourparlers de la coalition prouvent quelque chose, c’est que réunir les ultra-orthodoxes et la droite ne reflète pas non plus la réalité électorale : C’est le parti Yisrael Beytenu de droite, et non les laïcs centristes de Yesh Atid, qui ont torpillé la formation de cette coalition en raison des demandes soumises par les haredim.

Le regroupement des partis à majorité arabe avec le centre ou avec la gauche ne reflète pas davantage la réalité politique israélienne. Il est vrai que les partis arabes avaient, on s’en souvient, soutenu les efforts livrés par le gouvernement Netanyahu pour faire avancer les accords d’Oslo à la Knesset mais de tels exemples restent largement des exceptions, et non la règle.

Les partis arabes ne sont en général pas disposés à soutenir les partis de gauche ou centristes à majorité juive uniquement pour le principe de la chose, et ils n’ont jamais rejoint une coalition parlementaire au pouvoir. Ils ont par ailleurs prouvé qu’ils étaient aussi susceptibles de coopérer avec la gauche qu’avec la droite et si ce n’est par leur rhétorique, par leurs manœuvres et leurs législations politiciennes.

Et les partis arabes ont donc rejoint Netanyahu lors du vote à la Knesset, au mois de juin, qui a forcé un nouveau scrutin – un vote dont Netanyahu avait désespérément besoin pour éviter de devoir abandonner son mandat de Premier ministre à un autre député.

Peu de temps après le vote, le plus proche intermédiaire politique de Netanyahu qui est aussi son confident, Natan Eshel — principal négociateur dans les pourparlers de coalition manqués du mois de mai – a écrit une lettre ouverte dans le quotidien Haaretz de gauche en recommandant vivement une coopération entre la droite israélienne et les Arabes.

« Nous devons unir nos destinées à celle des Arabes d’Israël », a-t-il écrit, appelant de ses vœux une « pleine coopération » entre la droite et la communauté arabe et même « un partenariat dans la direction du pays ».

Alors que Netanyahu était encore ébranlé par son échec à former une coalition, la lettre ouverte avait fait figure de clin d’oeil peu subtil envoyé aux partis arabes, leur disant qu’ils trouveraient une oreille sympathique dans celle du Premier ministre – leader qui avait mené une campagne alarmiste et décomplexée contre la communauté arabe et terminée par l’installation de caméras mobiles secrètes dans les bureaux de vote arabes – aussi longtemps qu’ils ne soutiendraient pas Gantz au poste de Premier ministre.

Au lieu de compter des « blocs » artificiels », les pronostiqueurs feraient donc mieux de réfléchir aux coalitions possibles qui peuvent enjamber les divisions politiques et qui sont le vrai moteur de la victoire au cours des élections israéliennes.

Des gens passent devant des affiches de la campagne électorale montrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et les dirigeants de Kakhol lavan, de gauche à droite, Moshe Ya’alon, Benny Gantz, Yair Lapid et Gabi Ashkenazi, à Tel Aviv, le 3 avril 2019. Sur les affiches on peut lire, à gauche, « Un Likud fort, un Israël fort » et, à droite, « Chaque vote compte, victoire pour Kakhol lavan ». (AP Photo/Oded Balilty)

Netanyahu doit affronter une confluence difficile de réalités électorales : L’ascension de Liberman en tant que défenseur des laïcs et de la droite libérale, la force durable de Kakhol lavan dans les sondages qui continue à menacer sa domination, la perte de Koulanou pour la droite et l’alliance de Yamina à sa droite.

La réponse apportée par Netanyahu est simple et directe : Abandonner la droite, garantir la domination du Likud et ne s’inquiéter de la constitution et des politiques de la prochaine coalition qu’après avoir remporté la victoire, le 17 septembre.

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