Sur la liste des vice-présidents potentiels de Trump, le soutien à Israël va de confus à modéré
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Sur la liste des vice-présidents potentiels de Trump, le soutien à Israël va de confus à modéré

Toutes les personnes pressenties pour être colistières du candidat républicain jurent soutien à l'Etat juif, certains d'une manière plus controversée que d'autres

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

WASHINGTON – A moins d’un mois de la convention nationale du parti républicaine, Donald Trump va bientôt faire le geste crucial de choisir son colistier. Les experts politiques ont l’habitude de dire que le choix du candidat à la vice-présidence est la première décision importante que prend le candidat d’un parti et la première indication de la façon dont il ou elle prendra des décisions à la Maison Blanche.

Alors que Trump se prépare à faire son annonce, ceux de sa liste actuelle partagent tous une histoire de soutien générique à Israël – bien que deux d’entre eux aient suscité des controverses sur la façon dont ils ont exprimé ce soutien.

Ils soutiennent tous le droit d’Israël à se défendre contre les menaces régionales, critiquent l’accord nucléaire avec l’Iran signé l’été dernier, et ont dit que les États-Unis ne doivent pas permettre à Téhéran de développer l’arme nucléaire.

Aucun d’entre eux n’a formulé quoi que ce soit proche de l’appel de Trump pour que les États-Unis restent « neutres » sur le conflit israélo-palestinien.

Mais dans une année d’élection présidentielle qui a tourné la tête de toutes les conventions, quelques différences de politique entre Trump et tout colistier potentiel sont de plus en plus inévitables.

Le magnat-de-l’immobilier-devenu-politicien a eu un mois difficile – notamment des controverses qui ont rendu encore plus difficiles ses relations déjà tendues avec l’establishment du parti républicain – et des analyses ont émergé disant que la liste de ceux qui sont prêts à se joindre à lui est en chute libre.

Le comportement récent de Trump a incité de nombreux républicains à fuir le nouveau porte-drapeau de leur parti.

Au cours des dernières semaines, par exemple, Trump a insisté sur le fait que le juge Gonzalo Curiel, qui a présidé une poursuite contre l’université Trump maintenant inactive, ne pouvait pas être impartial dans l’affaire à cause de ses origines mexicaines; et après qu’un sympathisant auto-proclamé de l’Etat islamique a attaqué une boîte de nuit gay à Orlando en tuant 49 personnes, Trump a réitéré son appel controversé visant à interdire temporairement aux Musulmans d’entrer aux États-Unis, a blâmé les Musulmans pour ne pas signaler des extrémistes au sein de leurs communautés, et a exigé la démission du président de Barack Obama, suggérant qu’il était favorable aux terroristes islamistes.

A ce jour, le gouverneur de l’Ohio John Kasich, le sénateur de l’Ohio Rob Portman, le sénateur de Floride Marco Rubio, l’ancienne secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, l’ancien secrétaire à la Défense Robert Gates, le gouverneur de Caroline du Sud Nikki Haley et le sénateur de l’Iowa Joni Ernst ont tous affirmé qu’ils ne sont pas intéressés à l’idée de se présenter aux élections au côté de Trump.

Le président de la commission, le sénateur Bob Corker (R-TN) lors d'une audience de la commission des Affaires étrangères du Sénat au Capitole le 23 juillet 2015 Washington (Crédit : AFP PHOTO / BRENDAN SMIALOWSKI)
Le président de la commission, le sénateur Bob Corker (R-TN) lors d’une audience de la commission des Affaires étrangères du Sénat au Capitole le 23 juillet 2015 Washington (Crédit : AFP PHOTO / BRENDAN SMIALOWSKI)

Il y avait eu des spéculations que le sénateur du Tennessee Bob Corker pourrait être une possibilité, mais dans des interviews récentes, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat a paru inconsolable sur le sujet. Interrogé la semaine dernière sur Trump, il aurait dit : « Je ne veux pas parler de tout cela ».

Selon un article paru cette semaine dans Politico, plusieurs sources de haut niveau au sein du parti républicain auraient dit que la liste des vice-présidents potentiels de Trump se réduit à quatre noms : le gouverneur du New Jersey Chris Christie, l’ancien président de la Chambre Newt Gingrich, le sénateur de l’Alabama Jeff Sessions et la gouverneure de l’Oklahoma Mary Fallin.

Voici une analyse de l’historique des quatre colistiers par rapport à Israël et à certaines de leurs positions sur la politique étrangère américaine concernant le Moyen-Orient.

Chris Christie

Comme Trump, Christie n’a pas hésité à dénigrer le président Obama et à définir son approche envers Israël comme absolument mauvaise.

« Notre engagement envers Israël doit être absolu. Israël est un phare de la liberté dans une mer d’autocratie et notre amitié doit être inébranlable », a dit l’an dernier Christie dans un rassemblement à Portsmouth, dans le New Hampshire.

« Au cours des dernières années, cette administration a pris nos partenaires israéliens pour acquis et la façon dont le président les traite est honteuse ».

Trump, pour sa part, a placé sa critique de la politique d’Obama du Moyen-Orient à un plan supérieur. Lors du sommet de l’AIPAC de cette année, il a dit devant un public d’environ 18 000 personnes que le président est « peut-être la pire chose qui ne soit jamais arrivée à Israël ».

« Croyez-moi », a-t-il ajouté, selon son habitude.

De nombreux experts, cependant, ont eu du mal à croire ce qu’ils voyaient quand Christie a apporté son soutien à son ancien rival en février, peu de temps après avoir suspendu sa propre campagne décevante : juste quelques semaines après que le gouverneur du New Jersey a déclaré que Trump était « l’un des bonimenteurs de carnaval d’aujourd’hui », que sa proposition d’interdire temporairement l’entrée des Musulmans aux États-Unis était « ridicule » et que son projet de construction d’un mur à la frontière du Mexique « n’avait pas de sens », Christie a qualifié Trump « de vrai talent » et a déclaré qu’il était « heureux d’être dans l’équipe de Trump ».

Le gouverneur du New Jersey Chris Christie annonce son soutien au candidat Donald Trump lors d'un meeting de campagne au Centre des congrès de Fort Worth le 26 février 2016, à Fort Worth, Texas. (Credit photo: Tom Pennington / Getty Images / AFP)
Le gouverneur du New Jersey Chris Christie annonce son soutien au candidat Donald Trump lors d’un meeting de campagne au Centre des congrès de Fort Worth le 26 février 2016, à Fort Worth, Texas. (Credit photo: Tom Pennington / Getty Images / AFP)

Gouverneur d’un petit Etat et ancien procureur américain, Christie, 53 ans, n’a pas d’expérience en politique étrangère. (Il a abordé une fois son manque d’expérience avec Jeffrey Goldberg de l’Atantic en disant que, en tant que gouverneur du New Jersey, « Vous devez faire face à Bill de Blasio chaque jour – C’est la politique étrangère ».)

Au cours de la campagne, Christie s’est positionné comme un faucon, proposant d’étendre l’infrastructure militaire de l’Amérique et de renforcer ses programmes de surveillance de collecte de renseignements.

Comme Trump – et tous les autres républicains qui ont été candidats à l’investiture en 2016 – il a critiqué l’accord nucléaire iranien d’Obama, le qualifiant de « fragile » et précaire : « Le président joue un jeu dangereux avec notre sécurité nationale, et l’accord tel qu’il est conduira à un Iran nucléaire et, ensuite, à un Moyen-Orient nucléarisé », a-t-il dit lors d’un meeting de campagne.

Une autre raison de son opposition à l’accord, a-t-il laissé entendre, se rapporte à son potentiel impact sur Israël. Il a dit à Goldberg que sous une administration Christie, « On ne fera plus d’accords ou de rencontres avec des gens qui ne veulent pas reconnaître le droit d’Israël à exister ».

Sur le conflit israélo-palestinien, Christie n’a en grande partie pas dévié de l’orthodoxie du Parti républicain : il a préconisé le renforcement de l’alliance américaine avec l’Etat juif et le maintien d’une solide défense de sa sécurité.

New Jersey Governor Chris Christie (right) and his family visit the Mount of Olives in Jerusalem on Monday. (photo credit: Tim Larsen/Governor's Office)
Le gouverneur du New Jersey Chris Christie (à droite) et sa famille visitant le mont des Oliviers à Jérusalem. (Crédit photo: Tim Larsen / Bureau du gouverneur)

Mais il a eu un accrochage avec la faction pro-israélienne de la base républicaine.

En mars 2014, Christie relatant un voyage avec sa famille en Israël en 2012, a dit : « J’ai survolé en hélicoptère les territoires occupés et senti personnellement comment il était extraordinaire de comprendre le risque militaire auquel Israël fait face tous les jours ».

L’utilisation de l’expression « territoires occupés » a rapidement attiré la colère des personnes présentes et, peut-être ce qui a plus de conséquence pour un candidat à l’investiture républicaine, du magnat des casinos Sheldon Adelson. Christie a ensuite présenté ses excuses au méga-donateur à son bureau à l’Hôtel-Casino Venetian et a dit qu’il s’était « mal exprimé ».

Adelson – qui a fait un don de 93 millions de dollars aux républicains aux élections de 2012 avec sa femme Miriam d’origine israélienne (ce qui a fait d’eux les plus grands donateurs politiques individuels en Amérique cette année-là) – a accepté ses excuses.

Newt Gingrich

Ancien président de la Chambre, Gingrich, 72 ans, est un vétéran de la politique nationale et fidèle du parti de longue date, et a été parmi les plus ardents défenseurs de la campagne controversée de Trump.

L’exception qui confirme la règle, cependant, est venue quand Gingrich a fustigé Trump pour avoir affirmé qu’un juge fédéral ne pouvait pas présider le procès sur l’université Trump en raison de son appartenance ethnique.

« Ce fut l’une des pires erreurs que Trump ait faite, et je pense que c’est inexcusable », a confié l’ex-candidat à l’investiture présidentielle dans l’émission Fox News Sunday. « Ce juge est né dans l’Indiana. C’est un Américain, point barre ». Trump a plus tard répondu : « En ce qui concerne Newt, j’ai vu Newt, j’ai été surpris par Newt – je pense que ce qu’il a dit est inapproprié ».

Néanmoins, la fidélité relative de Gingrich à Trump, ainsi que ses compétences en tant que communicateur et débatteur, font de lui une sérieuse option pour la vice-présidence. Si Gingrich est choisi, il apporterait un background plus complet sur Israël et le Moyen-Orient que les autres candidats potentiels, mais il pourrait également apporter plus de controverse sur la question déjà chargée d’émotion.

En 2011, Gingrich a qualifié les Palestiniens de peuple « inventé », offrant une attitude fortement différente de celle reflétée de longue date dans la politique américaine par les administrations tant démocrates que républicaines.

« Rappelez-vous, il n’y a jamais eu de Palestine comme Etat. Elle faisait partie de l’Empire ottoman », a déclaré Gingrich dans une interview à Jewish Channel.

« Je pense que nous avons inventé un peuple palestinien, qui sont en fait des Arabes et qui faisaient historiquement partie de la communauté arabe. Et ils ont eu la chance d’aller dans beaucoup d’endroits, et pour une variété de raisons politiques, [ils] ont mené cette guerre contre Israël depuis les années 1940, et c’est tragique ».

Alors que les historiens diffèrent sur le moment où le mouvement national palestinien est apparu, les Etats-Unis soutiennent depuis longtemps une solution à deux Etats, et ont donc reconnu les droits nationaux des Palestiniens.

Sheldon Adelson et sa femme Miriam (Crédit : Olivier Fitoussi /Flash90)
Sheldon Adelson et sa femme Miriam (Crédit : Olivier Fitoussi /Flash90)

Alors que Christie a dû faire machine arrière auprès d’Adelson pour avoir défini la Cisjordanie comme « occupée », Gingrich a remporté l’approbation du magnat du casino.

S’exprimant devant des centaines d’étudiants visitant Israël lors d’un voyage Taglit en décembre 2011, Adelson a dit: « Lisez l’histoire de ceux qui se disent Palestiniens, et vous comprendrez pourquoi Gingrich a déclaré récemment que les Palestiniens sont un peuple inventé ».

De manière similaire à Trump, Gingrich a tourné en dérision la diplomatie d’Obama au Moyen-Orient. Dans son interview à Jewish Channel, il a dit des efforts du président dans la région qu’ils étaient « tellement hors de contact avec la réalité que ce serait comme accompagner votre enfant au zoo et lui expliquer qu’un lion est un lapin ».

Obama n’est cependant pas le premier président démocrate dont les efforts de paix ont suscité l’opposition de Gingrich. Lorsqu’il était président de la Chambre de 1995 à 1999, Gingrich avait été en conflit avec l’administration Clinton sur sa médiation des accords d’Oslo.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours au Congrès américain le 10 juillet 1996. Derrière lui se trouvent le vice-président Al Gore et le président du Congrès Newt Gingrich (Crédit photo : Yaacov Saar/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours au Congrès américain le 10 juillet 1996. Derrière lui se trouvent le vice-président Al Gore et le président du Congrès Newt Gingrich (Crédit photo : Yaacov Saar/GPO)

Au milieu des négociations, Gingrich a exigé à plusieurs reprises que Jérusalem soit reconnue comme « capitale éternelle et unie » d’Israël et le Congrès avait ordonné à l’ambassade des États-Unis de passer de Tel-Aviv à la ville antique. Clinton souhaitait que l’avenir de Jérusalem soit résolu entre les parties dans le cadre d’un accord final.

Pendant les années 1990, il a également été rapporté que Gingrich avait traité la secrétaire d’Etat d’alors Madeleine Albright, d’ «
agent secret des Palestiniens pour avoir fait pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son premier mandat pour qu’il fasse un compromis territorial avec Yasser Arafat ce qui, espérait l’administration, ferait revivre le processus d’Oslo, qui était alors dans l’impasse depuis 14 mois.

En mai 1998, il a pris la parole devant la Knesset lors d’une visite en Israël et a encouragé les Israéliens à rejeter les pressions de Clinton, déclenchant aux Etats-Unis une tempête pour avoir critiqué la politique étrangère américaine sur un sol étranger.

Jeff Sessions

Premier sénateur américain à avoir soutenu Trump, Sessions a été considéré comme un colistier potentiel pendant des mois. Alors que le conservateur de l’Alabama a déclaré à CNN qu’il ne « s’attend pas à ce qu’on le lui demande », les experts estiment qu’il apporterait une expérience sur les questions de politique étrangère et une connaissance pratique de Washington et du processus législatif.

Sessions, 69 ans, est au Sénat depuis près de 20 ans, siège à la commission des Forces armées et est un ancien membre de premier plan de la commission judiciaire, dont il est toujours membre.

Trump a dit une fois à ses partisans que le savoir-faire du Congrès était une qualification qu’il chercherait. « Je veux avoir quelqu’un qui puisse traiter avec le Congrès, qui se débrouille avec le Congrès, qui est quelqu’un de Washington », a-t-il dit en avril.

Jeff Sessions (via Wikipedia)
Jeff Sessions (via Wikipedia)

Sessions n’a jamais fait les manchettes sur Israël comme Christie ou Gingrich. Sa longue carrière à Washington se compose de positions qui sont en phase avec l’orthodoxie républicaine sur Israël; ces dernières années, par exemple, il a défendu le droit d’Israël à se défendre contre les attaques de roquettes du Hamas, a exhorté l’administration Obama à opposer son veto contre toute mesure visant Israël aux Nations unies, et est farouchement opposé à l’accord nucléaire iranien qui, selon lui, « crée encore plus d’instabilité au Moyen-Orient et risque dangereusement de conduire à la prolifération des armes nucléaires dans plusieurs pays du Moyen-Orient ».

Interrogé récemment par Dana Bash de CNN qui lui a demandé s’il était en pourparlers avec l’équipe de campagne de Trump, il a répondu : « Je n’ai pas discuté de cela avec eux et je ne sais même pas si quelqu’un est examiné par eux. J’ai simplement dit, que si l’on me le demandait, je le considérerais. Je ne pense pas que cela arrivera ».

Mary Fallin

Selon Politico la gouverneure de l’Oklahoma est considérée comme la moins probable des quatre. Avant de servir comme gouverneure d’un petit Etat (elle est la première femme gouverneure de l’Oklahoma), Fallin était à la Chambre des représentants, où elle a siégé à la commission des services armés de la Chambre.

Tout au long de sa carrière dans la fonction publique, elle a défendu ardemment l’Etat juif, même si elle n’est plus impliquée dans la politique étrangère dans sa fonction actuelle. Pendant la guerre de 2014 entre Israël et le Hamas, Fallin a publié un communiqué de presse soutenant le droit d’Israël à se défendre.

Mary Fallin (via Wikipedia)
Mary Fallin (via Wikipedia)

« Je condamne les attaques à la roquette continues sur le peuple israélien par le Hamas et d’autres groupes terroristes. Israël a le droit de défendre ses citoyens contre toutes les attaques terroristes », avait-elle dit.

« Israël est un ami de l’Oklahoma et de l’ensemble des États-Unis, et il est important que les Israéliens sachent que l’Amérique se tient à leurs côtés. Nos prières et nos espoirs vont vers une suspension rapide des hostilités et une paix durable ».

Fallin, 61 ans, peut également se vanter d’un historique de votes pro-israéliens au Congrès et d’une certaine coopération avec des responsables israéliens comme gouverneure de son état.

En 2012, le consul général d’Israël pour le sud-ouest, Meir Schlomo, avait rendu visite à Fallin à Oklahoma City pour discuter de comment les compagnies d’énergie de l’Oklahoma pourraient aider Israël à développer son champ de gaz naturel dans la mer Méditerranée.

La convention du parti républicain, au cours de laquelle les délégués du parti désigneront officiellement leurs candidats pour les postes de président et de vice-président, aura lieu à Cleveland, dans l’Ohio, du 18 au 21 juillet.

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