Sur mer aussi, Israël se prépare à tous les périls
Rechercher
'L'excès de confiance est le plus grand ennemi du soldat en temps de guerre'

Sur mer aussi, Israël se prépare à tous les périls

Petite visite guidée et rappels historiques à bord de l'INS Hanit, qui occupe une place particulière dans les consciences israéliennes

Les soldats israéliens à bord du navire israélien Saar 5 Class Corvette "INS Hanit" participent à la session de formation "Novel Dina 17" en mer Méditerranée le 4 avril 2017. (Crédit : AFP/Jack Guez)
Les soldats israéliens à bord du navire israélien Saar 5 Class Corvette "INS Hanit" participent à la session de formation "Novel Dina 17" en mer Méditerranée le 4 avril 2017. (Crédit : AFP/Jack Guez)

Deux taches blanches apparaissent à l’horizon et prennent les contours de hors-bord en se rapprochant dangereusement de l’INS Hanit. L’alerte est donnée à bord de ce fleuron de la marine israélienne. « Cible reconnue. Menace immédiate », crachotent les haut-parleurs dans la salle radio.

Au son de la sirène, de jeunes recrues se précipitent à la poupe du bâtiment, mettent leur casque et leur gilet pare-balles et arment les mitrailleuses. « Prêts à l’action », craquette la radio.

Les machines passent rapidement de trois à 27 noeuds (environ 50 km/h). Le Hanit, « la Lance » en hébreu, une corvette de classe Saar 5 avec 45 hommes d’équipage, sème sans peine les deux vedettes supposées chargées d’explosifs pour une attaque suicide.

L’attaque simulée la semaine passée dans les eaux de la Méditerranée faisait partie de manoeuvres destinées à préparer les forces israéliennes, américaines et grecques à une série de menaces posées par des sous-marins ennemis, mais aussi des organisations hostiles comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais.

Le Hanit occupe une place particulière dans les consciences israéliennes. Lors de la guerre du Liban en 2006, il avait été atteint par un missile du Hezbollah, l’un des grands ennemis d’Israël. Quatre soldats avaient été tués.

Cette frappe, le premier coup direct porté à un bateau israélien depuis longtemps, reste pour les Israéliens un épisode sombre d’un conflit que beaucoup d’entre eux considèrent comme un échec, le Hezbollah n’ayant pas été vaincu.

Une enquête a montré que le Hanit n’avait pas actionné son système anti-missiles parce que tout le monde avait sous-estimé les capacités du Hezbollah.

« La frappe sur le Hanit a constitué un tel choc pour Israël, un tel traumatisme, que personne, j’en suis sûr, ne voudrait que cela se reproduise », affirme, sous le couvert de l’anonymat, le commandant israélien de l’exercice.

Le Hanit aurait pu sombrer si le projectile du Hezbollah l’avait touché de plein fouet au lieu de frapper une grue du navire.

Les Israéliens sont appelés à faire leur service militaire à 18 ans et nombre des marins à bord du Hanit n’avaient même pas dix ans quand les faits se sont produits. Leurs supérieurs leur rappellent régulièrement ces évènements, dit l’une de ces jeunes conscrits. Les portraits des quatre disparus sont accrochés dans l’une des coursives menant aux couchettes.

Nouvelle donne gazière

Le Hanit est désormais armé de systèmes de défense Barak et d’autres missiles perfectionnés.

Une vingtaine d’hommes sont affectés à différentes tâches dans la salle de contrôle. En cas d’attaque de missiles, les décisions doivent être prises en quelques secondes, explique l’un d’eux. « L’excès de confiance est le plus grand ennemi du soldat en temps de guerre », renchérit le commandant.

Outre les tirs de missiles, c’est bien davantage au scenario de bateaux suicide qu’à celui d’une agression sous-marine qu’il faut être rompu en cas de nouveau conflit avec le Hezbollah ou le Hamas, assure le commandant.

La marine tient historiquement un rang en retrait dans l’armée israélienne, réputée la plus puissante de la région. L’armée de terre et l’aviation ont tenu les premiers rôles lors des différentes guerres avec les Arabes.

Un développement considérable est cependant intervenu en 2006 : la découverte de vastes gisements gaziers au large des côtes israéliennes.

Protéger les plate-formes gazières, qui offrent des cibles faciles, constitue une nouvelle mission, relève le commandant.

Israël investit à cette fin dans une nouvelle génération de corvettes, le Saar 6.

Le Saar 6 devrait pourvoir à la sécurité des plateformes « contre tout type de menace asymétrique, tout type de missile et tout type de roquette », dit-il.

Shaul Chorev, ancien commandant adjoint des opérations navales israéliennes, souligne que le Hezbollah et le Hamas continuent de représenter une menace pour la marine.

En janvier, un missile tiré par les rebelles Houthis du Yémen avait fait deux morts à bord d’une frégate saoudienne. Les Houthis, comme le Hezbollah, sont soutenus par l’Iran, bête noire d’Israël, rappelle Shaul Chorev.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...