Surprise des archéologues après la découverte d’un portail à la “Maison des Portes”
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Surprise des archéologues après la découverte d’un portail à la “Maison des Portes”

Les fouilles de Beit Shearim, dans le nord d’Israël, mettent au jour les fortifications de la ville juive de l’époque romaine, où la Mishna a été écrite

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Le portail et la tour de l'époque romaine découverts à Beit Shearim par une équipe de l'université de Haïfa à l'automne 2016. (Crédit : Adi Erlich/université de Haïfa)
Le portail et la tour de l'époque romaine découverts à Beit Shearim par une équipe de l'université de Haïfa à l'automne 2016. (Crédit : Adi Erlich/université de Haïfa)

Avec un nom comme Beit Shearim, la « Maison des Portes », il semble évident que le site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO contient des portails antiques. Et pourtant, les archéologues de l’université de Haïfa ont été surpris de découvrir un portail massif pendant les récentes fouilles du site, dans le nord d’Israël.

La moitié d’un impressionnant portail orienté vers le nord est, construit avec des blocs de calcaire, avec des orifices pour les portes et les verrous, juxtaposé à une tour circulaire, le long d’une route menant à la ville antique, a été découvert pendant des fouilles menées à l’automne 2016, a annoncé l’université mercredi.

Malgré son importance culturelle exceptionnelle en tant que siège du Sanhédrin, le conseil juridique et savant juif, qui est aussi le lieu de naissance de la Mishna, Beit Shearim était une ville relativement petite, pas un endroit où l’on s’attend à trouver des murs fortifiés.

« Autant que nous le sachons, une implantation de ce type n’était pas censée être entourée par un mur, et par conséquent il était presque évident que le nom de Beit Shearim n’était pas lié au mot ‘porte’ », a déclaré l’archéologue Adi Erlich, qui a dirigé les fouilles.

Dans les décennies qui ont suivi les premières fouilles sur le site en 1936, la plupart des universitaires ont supposé que le nom de Beit Shearim venait d’une autre origine, puisque qu’aucune porte n’avait jamais été trouvée dans la ville.

Le portail de l'époque romaine découvert à Beit Shearim par une équipe de l'université de Haïfa à l'automne 2016. (Crédit : Adi Erlich/université de Haïfa)
Le portail de l’époque romaine découvert à Beit Shearim par une équipe de l’université de Haïfa à l’automne 2016. (Crédit : Adi Erlich/université de Haïfa)

« Au début, elle [la ville] est apparue chez Josèphe Flavius [historien juif du premier siècle] en grec sous le nom de Besara, donc [les chercheurs] pensaient que c’était peut-être Beit Sharay, qui est un autre nom de la cour, le Sanhédrin », a expliqué Erlich. D’autres ont suggéré que les portes pouvaient faire référence aux entrées des tombeaux taillés dans la pierre menant sur la colline.

La ville était un centre majeur de la vie et de la culture juive en Terre d’Israël pendant les époques romaine et byzantine. C’est ici que le rabbin Juda Hanassi a compilé la Mishna, le texte fondamental de la loi juive orale, au milieu de deuxième siècle de l’ère commune. Sa nécropole de tombes juives a été reconnue par l’UNESCO comme un « trésor d’œuvres d’art et d’inscriptions en grec, araméen, hébreu et palmyrénien. »

Une menorah gravée dans la pierre, au parc national de Beit Shearim, en Basse Galilée, photographiée en mai 2010. (Crédit : Doron Horowitz/Flash90)
Une menorah gravée dans la pierre, au parc national de Beit Shearim, en Basse Galilée, photographiée en mai 2010. (Crédit : Doron Horowitz/Flash90)

La découverte signifie que les archéologues devront revoir la question du nom de Beit Shearim, ainsi que son étendue à son apogée.

« Ce n’est pas conventionnel, mais Beit Shearim n’est pas un endroit conventionnel », a déclaré Erlich au Times of Israël.

Le portail a été découvert dans la toute petite ville de Beit Zaid, un moshav fondé par le pionnier juif Alexander Zaid, qui avait découvert que Beit Shearim était juste à côté. Tali Zaid, sa petite-fille et l’une des 74 personnes vivant dans la communauté, a trouvé quelques pierres semblant anciennes dans son jardin il y a quelques années, pendant des travaux de rénovation de sa maison.

Erlich a obtenu l’aval de l’Autorité israélienne des Antiquités pour creuser le chantier en automne dernier. Le portail a été découvert durant les fouilles réalisées entre les mois de septembre et novembre.

Même si le portail n’a pas encore été daté, l’équipe de l’Université de Haifa en a la certitude : il est associé à l’époque romaine.

Alexander Zaid. (Crédit : domaine public/Wikimedia Commons)
Alexander Zaid. (Crédit : domaine public/Wikimedia Commons)

Erlich a été étonnée par cette découverte.

“La majorité des implantations qui remontent à la période romaine ne sont pas fortifiées, et cela ne peut sûrement pas être le cas d’une ville juive, relativement petite, qui n’était même pas considérée comme une ville romaine officielle », a-t-elle dit.

« Il y avait de petites villes juives isolées qui étaient fortifiées dans le nord, comme Yodfat, mais même ces villes qui étaient larges et centrales ne possédaient pas une porte aussi large et impressionnante », a-t-elle ajouté.

Pour Erlich, l’affluence des visiteurs vers la ville peut expliquer la nécessité de cette sécurité renforcée.

Des Juifs riches et éminents habitaient Beit She’arim, et la communauté résidentielle a pu hériter de son nom d’après les fortifications qui assuraient sa sécurité.

“Une autre possibilité est qu’il s’agisse d’une forteresse importante construite sur un site de l’ère romaine et que nous ayons trouvé l’endroit où se tenait son corps de garde », a-t-elle indiqué.

En plus de la porte, l’équipe d’Erlich a découvert un four de potier datant du 4e siècle, ainsi une preuve qu’il avait été ultérieurement transformé en fourneau pour fabriquer du verre. Des fourneaux de verriers de cette période ont été trouvés l’année dernière pas très loin de Beit She’arim, à Khirbet ‘Asafna, apportant la preuve du rôle ancien tenu par la Judée en tant que foyer industriel.

Seulement une moitié de la porte a été extraite de terre.

Erlich a indiqué qu’elle et son équipe prévoient de retourner la saison prochaine à Beit Zaid pour sortir le restant, et chercher encore d’autres portes à Beit She’arim.

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