Syrie: les forces américaines se retirent des abords de la frontière turque
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Syrie: les forces américaines se retirent des abords de la frontière turque

Erdogan a affirmé que la Turquie était à bout de patience sur la création d'une "zone de sécurité" par Washington dans le nord de la Syrie et avait menacé d'une opération militaire

Des blindés turcs patrouillent aux côtés des forces américaines à la frontière syro-turque, le 4 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Baderkhan Ahmad)
Des blindés turcs patrouillent aux côtés des forces américaines à la frontière syro-turque, le 4 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Baderkhan Ahmad)

Les forces américaines ont commencé lundi à se retirer de zones aux abords de la frontière turque dans le nord de la Syrie, selon des sources kurdes et une ONG, ouvrant la voie à l’offensive militaire promise par Ankara contre les forces kurdes.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants kurdes et arabes, ont indiqué dans un communiqué que les « forces américaines se retirent des zones frontalières avec la Turquie » tandis que l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a confirmé un retrait des forces américaines de positions clés à Ras al-Aïn et Tal Abyad.

Les Etats-Unis ont annoncé dimanche soir que la Turquie mènerait « bientôt » une incursion militaire « prévue de longue date dans le nord de la Syrie » et que les troupes américaines stationnées dans le pays quitteraient la zone.

Les FDS ont averti qu’une telle opération militaire turque entraînerait une résurgence majeure du groupe jihadiste Etat islamique (EI), et annulerait « des années de combats fructueux » contre les jihadistes.

Les chefs de l’EI encore en vie pourraient sortir de leur cachette, selon les FDS, pour qui une opération turque menacerait aussi les prisons et les camps qu’elles gèrent et qui abritent de nombreux jihadistes et leurs familles.

Les FDS, soutenus par la coalition internationale antijihadiste menée par Washington, ont combattu des années durant l’EI et ont reconquis en mars dernier son ultime bastion en Syrie, à Baghouz.

« Les forces américaines ne vont pas soutenir ou être impliquées dans l’opération et les forces américaines, qui ont vaincu le ‘califat’ territorial de l’Etat islamique, ne seront plus à proximité immédiate », a précisé la Maison Blanche dimanche soir.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé mardi que la Turquie arrivait à bout de sa patience vis-à-vis des Etats-Unis au sujet de la création d’une « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie. Et il avait menacé d’une opération militaire imminente.

Le président américain Donald Trump, à gauche, s’entretient avec le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement réunis au siège de l’OTAN à Bruxelles, le mercredi 11 juillet 2018. (Crédit : AP / Markus Schreiber)

Cette zone tampon doit être créée entre la frontière turque et les zones syriennes contrôlées par la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), principale composante des FDS.

Ankara considère cette milice comme une organisation « terroriste » et voit d’un mauvais oeil le projet d’autonomie à sa frontière, par crainte qu’un noyau d’Etat kurde ne galvanise les velléités séparatistes sur son propre sol.

Deux précédentes offensives turques ont été menées en 2016 et 2018 dans le nord syrien, la première en 2016 visait l’EI et la deuxième, en 2018, les YPG.

Dimanche, l’OSDH a indiqué que les forces kurdes ont creusé tranchées et tunnels en préparation d’une offensive turque dans les zones de Ras al-Aïn, Tal Abyad et Kobané.

« Nettoyer » la Syrie des « terroristes »

La Turquie est déterminée à « nettoyer » le nord de la Syrie des « terroristes » qui menacent sa sécurité, a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères, après l’annonce par les Etats-Unis qu’ils ne s’opposeraient pas à une opération d’Ankara contre une milice kurde.

« Depuis le début de la guerre en Syrie, nous avons soutenu l’intégrité territoriale de la Syrie et nous continuerons de le faire. Nous sommes déterminés à protéger notre (…) sécurité en nettoyant cette région des terroristes », a déclaré Mevlüt Cavusoglu sur Twitter.

Cette déclaration intervient après l’annonce, par la Maison Blanche, que les troupes américaines déployées en Syrie allaient se retirer de certaines zones afin de libérer la voie à une opération turque contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

Des combattants de la milice kurde YPG, la branche armée du PYD, avec un drapeau de leur groupe, au nord la Syrie; (Crédit : capture d’écran al-Jazeera/YouTube)

Les YPG ont été le fer de lance dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) avec l’appui des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux, comme la France.

Mais la Turquie considère les YPG comme un groupe « terroriste » en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation kurde qui livre une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.

Ankara menace depuis plusieurs mois de lancer une opération d’envergure contre les positions des YPG situées à l’est du fleuve Euphrate afin de créer une « zone de sécurité » séparant les forces kurdes et la frontière turque.

En août, la Turquie et les Etats-Unis étaient parvenus à un accord en vue de la création de cette zone tampon, mais Ankara n’a eu de cesse depuis de dénoncer des retards et « manoeuvres dilatoires » de la part de Washington.

La Turquie est déjà intervenue deux fois en Syrie depuis trois ans. Sa première opération en 2016 visait l’EI et la deuxième les YPG en 2018.

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