Syrie: Washington se méfie de l’accord israélo-russe sur le retrait des Iraniens
Rechercher

Syrie: Washington se méfie de l’accord israélo-russe sur le retrait des Iraniens

Un quotidien arabe a affirmé que l'administration Trump craignait qu'un accord prévoyant le retour à la frontière du régime syrien ne réduise la pression exercée sur Assad

Un char de l'organisation terroriste du Hezbollah est aperçu dans la région de Qara dans la région de Qalamoun en Syrie, le 28 août 2017 (Crédit : AFP / Louai Beshara)
Un char de l'organisation terroriste du Hezbollah est aperçu dans la région de Qara dans la région de Qalamoun en Syrie, le 28 août 2017 (Crédit : AFP / Louai Beshara)

Les Etats-Unis sont inquiets après un accord présumé qui aurait été passé entre Israël et la Russie et qui prévoirait le retrait des soldats soutenus par les Iraniens de la frontière syrienne avec Israël et le retour de l’armée syrienne dans le sud du pays, a rapporté samedi un quotidien arabe.

« L’administration américaine veut continuer à exercer des pressions sur le régime », auraient dit des diplomates occidentaux selon le journal Asharq Al-Awsat.

Vendredi, le journal a fait savoir qu’Israël et la Russie avaient trouvé un accord qui donnait le feu vert à des frappes israéliennes sur des cibles iraniennes en Syrie, et qui prévoyait également le retrait des soldats soutenus par Téhéran de la frontière syrienne avec Israël.

L’accord présumé verrait les forces iraniennes quitter le sud-ouest de la Syrie tout en permettant à Israël de frapper des cibles iraniennes au sein du territoire. Israël a accepté de ne pas attaquer de cibles du régime syrien, a fait savoir le journal.

Une source russe a fait savoir à Asharq al-Awsat que la Russie était restée muette sur l’accord, voulant maintenir « l’équilibre » dans ses relations diplomatiques avec Israël et l’Iran.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman rencontre le ministre russe de la Défense Sergei Shoigu à Moscou le 26 avril 2017. (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Israël a promis d’empêcher l’Iran d’établir une présence permanente en Syrie et au Liban et a mené des douzaines de frappes aériennes contre les forces soutenues par Téhéran, s’attaquant aux tentatives de transmettre des armements avancés au Hezbollah.

« La Russie est quelque peu embarrassée parce que les pourparlers avec les Israéliens se sont principalement concentrés sur le retrait de l’Iran et de ses forces du sud de la Syrie », a confié la source au quotidien. La Russie est l’un des principaux alliés de l’Iran.

L’ambassadeur russe aux Nations unies a ultérieurement confié qu’il pensait qu’un accord concernant le retrait des forces iraniennes de la zone frontalière avait été trouvé entre son pays et l’Etat juif.

« De ce que j’ai compris, un accord a été trouvé », a déclaré Vasily Nebenzya aux journalistes, selon l’agence de presse russe RIA Novosti. « A cet instant, je ne peux pas dire s’il a été concrétisé mais pour autant que je le sache, les parties qui se sont impliquées pour trouver un accord sont satisfaites de ce qu’elles ont accompli ».

Il a déclaré que même si l’accord annoncé n’était pas immédiatement exécuté, ce serait le cas dans un proche avenir.

Ce pacte aurait été décidé après la rencontre entre le ministre de la Défense Avigdor Liberman et son homologue russe, Serguei Shoigu à Moscou, jeudi, pour des entretiens qui ont porté sur la Syrie.

Liberman a remercié la Russie pour sa « compréhension » des préoccupations sécuritaires israéliennes. Toutefois, ni Jérusalem ni Moscou n’ont publiquement reconnu l’existence d’accords entre les parties en ce qui concerne la présence iranienne en Syrie.

« Il est important que nous continuions le dialogue entre nous et que nous gardions une ligne ouverte entre les armées russe et israélienne », a dit Liberman à Shoigu.

Avant de quitter Israël pour la Russie, Liberman avait déclaré que l’Etat juif s’était engagé à « empêcher l’Iran et ses ramifications de s’établir en Syrie ».

Le Premier ministre Netanyahu (à gauche) et le président russe Poutine au Kremlin, le 9 mai 2018 (Amos Ben Gerschom/GPO)

Le Kremlin a pour sa part fait savoir que le président Vladimir Poutine s’était entretenu dans la soirée de jeudi avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la situation en Syrie. Moscou a fait savoir que la conversation avait porté sur « certains aspects de la solution du conflit syrien » qui n’ont pas été spécifiés, suite aux discussions entre les deux responsables qui ont eu lieu au début du mois à Moscou.

Cette rencontre entre Liberman et Shoigu est survenue suite à la demande émise mercredi par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, que toutes les forces étrangères – notamment iraniennes, turques et américaines – quittent le sud-ouest de la Syrie dans les meilleurs délais. Il avait par ailleurs déclaré lundi dernier lors d’une conférence de presse à Moscou que seul le régime syrien était autorisé à implanter ses soldats dans les zones frontalières situées au sud du pays.

« En ce qui concerne la confrontation entre Israël et l’Iran en Syrie, nous avons des accords dans la zone de désescalade du nord. Ces accords ont été trouvés entre la Russie, les Etats-Unis et la Jordanie. Israël en a été informé alors même que nous travaillons à les élaborer. Ces accords stipulent que cette zone de désescalade doit consolider la stabilité tandis que toutes les forces non-syriennes devront se retirer de ce secteur », avait expliqué Lavrov.

Ces propos se référaient apparemment aux régions comprenant notamment le plateau du Golan syrien, adjacent au plateau du Golan israélien et à la frontière avec la Jordanie, et ont indiqué que la Russie était ouverte aux demandes israéliennes de ce que les forces iraniennes soient maintenues à distance des frontières avec l’Etat juif.

Le retour de l’armée syrienne à la frontière nord d’Israël en échange de la mise à distance de l’Iran et du Hezbollah, l’un des groupes terroristes et mandataires de Téhéran, de la zone a été au centre de discussions en coulisses entre Israël et la Russie ces dernières semaines.

Liberman s’est rendu en Russie avec une délégation de responsables de la Défense, espérant étayer les clauses offrant au président Assad le contrôle sur la région frontalière entre l’Etat juif et la Syrie.

Le bureau de Netanyahu continue à insister publiquement sur la demande israélienne du retrait total de toute la Syrie de l’Iran et du Hezbollah.

Une source a précisé au site d’information Ynet, jeudi, qu’Israël « n’est pas intéressé par des accords partiels mais plutôt par une sortie de toutes les forces iraniennes en Syrie ».

Mercredi, Netanyahu a dit à ses ministres qu’il s’était entretenu avec le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo pour vivement recommander au gouvernement américain de réclamer qu’un accord en cours d’élaboration portant sur le déploiement des troupes en Syrie entre les Etats-Unis, la Russie et la Jordanie établisse clairement que les forces iraniennes devaient se retirer de tout le territoire.

Cet accord semble privilégier la possibilité que l’Iran et les forces soutenues par la république islamique se tiennent à une distance de 20 kilomètres des frontières avec Israël et la Jordanie.

Dans un contexte d’activités liées à l’Iran, Meir Ben-Shabbat, conseiller national à la sécurité en Israël, s’est envolé mercredi pour Washington pour coordonner les positions de l’Etat juif avec l’administration Trump.

La semaine prochaine, Netanyahu va se rendre en France et en Allemagne pour évoquer le rôle de l’Iran en Syrie et l’accord sur le nucléaire que les Européens s’efforcent de sauver après le retrait américain, au début du mois. Il doit rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron et la Première ministre britannique Theresa May.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...