Tai Chi et tefillins : visite de la yeshiva la plus improbable de New York
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Tai Chi et tefillins : visite de la yeshiva la plus improbable de New York

La yeshiva Romemu veut montrer aux Juifs américains que des pratiques orientales comme la méditation, l'éveil à soi et la philosophie mystique font partie de la tradition juive

Des étudiants méditent dans le cadre de la prière du matin à la Yeshiva Romemu à New York, le 16 juillet 2019. La yeshiva associe une étude intensive des textes juifs avec de la méditation et du mysticisme (Ben Sales)
Des étudiants méditent dans le cadre de la prière du matin à la Yeshiva Romemu à New York, le 16 juillet 2019. La yeshiva associe une étude intensive des textes juifs avec de la méditation et du mysticisme (Ben Sales)

NEW YORK (JTA) — S’il vous arrivait d’entrer dans la Yeshiva Romemu un matin de la semaine, vous seriez tout excusés de penser qu’il s’agit d’un ashram urbain.

Des étudiants sont assis sur des coussins, en rangs, sur un tapis persan aux couleurs délavées, leurs dos bien droits, les jambes croisées, les yeux fermés, les mains posées mollement sur les genoux. Des sourires légers se dessinent sur certains des visages. Beaucoup portent des châles de prière et des tefilin. La climatisation est réglée sur 18 degrés.

Habituellement, ce groupe d’une vingtaine d’étudiants médite en silence jusqu’à 45 minutes au début de chaque journée. Le mardi, parce qu’ils reçoivent des invités, la méditation – ou la « séance assise » comme ils l’appellent – est écourtée à 10 minutes.

La Yeshiva Romemu, lancée par la congrégation de Manhattan portant le même nom, est la dernière initiative en date qui propose un espace inclusif et égalitaire pour des adultes qui veulent étudier les textes juifs à un haut niveau. Elle compte 22 étudiants, pour la plupart dans la vingtaine ou la trentaine. La Yeshiva a commencé les rencontres en juin et continuera jusqu’en août.

D’autres écoles de ce genre – comme la Yeshiva Hadar, l’Institut Pardes et Svara – se focalisent généralement sur l’étude du Talmud et de la loi juive qui domine depuis longtemps le monde des yeshivot. Mais la Yeshiva Romemu se situe à l’avant-garde d’un projet plus large visant à instiller au judaïsme américain des concepts que l’on attribue traditionnellement à l’Orient, comme la méditation, l’éveil de soi et la philosophie mystique. Elle veut montrer aux Juifs américains que ces concepts sont authentiques au judaïsme, même s’ils ont été mis au second plan au profit des pratiques plus courantes de prière et d’étude du texte.

Le rabbin David Ingber, le fondateur de Romemu, l’a qualifiée de « totalement néo-hassidique »

« Cette yeshiva est le point culminant d’une révolution dans l’Occident sur la pratique de l’éveil à soi et de la contemplation, a-t-il dit. Ce n’est pas étranger à la vie juive. L’intentionnalité, l’éveil à soi, le développement d’état de conscience et le développement du type de personne qui est plein d’amour, de compassion et de ce genre de sentiments se trouve déjà dans le travail spirituel juif ».

Sarah Hurwitz (gauche), une ancienne plume pour le Première Dame Michelle Obama, fait un « exercice de contemplation » avec l’étudiant rabbinique Lily Solochek à la yeshiva Romemu à New York, le 16 juillet 2019. (Ben Sales)

Dans la plupart des yeshivot, ou des écoles avancées pour l’étude adulte juive, la prière suit une routine quotidienne presque identique, avec une liturgie qui est en grande partie murmurée, et parfois chantée. Romemu suit cette coutume dans sa tête.

La prière du matin consiste en une série de six chants – dont la plupart sont une ligne ou deux du livre de prière répété encore et encore en rythme avec un volume croissant et des harmonies en trois parties. Un rabbin introduit chaque chant avec une série d’instructions prononcées doucement, et chaque chant est suivi d’une autre minute de méditation.

Mais même cette routine a été bousculée. Avant de réciter la prière du Shema, le groupe se forme en duos pour faire un « exercice de contemplation » au cours duquel ils se tiennent l’un en face de l’autre, se regardent dans les yeux et se disent l’un à l’autre, « tu es fait à l’image de Dieu » ou « tu es fait à l’image de Shechina », la forme féminine traditionnelle hébraïque de l’esprit divin. Certains improvisent là-dessus.

« Tu est fait à l’image de l’amour, du soin, du service, de la gentille et de la joie », a déclaré un étudiant à son partenaire. Tu es fait à l’image de la force, de la puissance, des paroles chaleureuses prononcées du fond du coeur ».

Le but d’intégrer l’éveil à soi et le judaïsme n’est pas nouveau.

Le défunt rabbin Aryeh Kaplan a proposé une alternative juive traditionnelle aux pratiques orientales dans son guide de 1985 sur la « Méditation juive ». Le Mouvement du Renouveau juif, fondé dans les années 1970 par le rabbin Zalman Schachter-Shalomi, a la même éthique et compte Romemu parmi ses congrégations.

Pourtant, cette yeshiva, vise à élargir la mission du Renouveau à plus d’espaces larges. Ingber prévoit de mettre en place des séminaires à court terme pour les responsables juifs et pour d’autres responsables d’autres courants, mais aussi un plus grand choix de cours à proposer au public. La yeshiva a accueilli des événements publics hebdomadaires.

Le rabbin David Ingber, le fondateur de Romemu, enseigne un cours sur le hassidisme à la Yeshiva Romemu à New York, le 16 juillet 2019. (Ben Sales)

« C’est le type d’endroit où l’on peut avoir ce genre d’expériences étonnantes, a déclaré le rabbin James Jacobson-Maisels, le chef de la yeshiva. On se rassemble, on fait de la pratique religieuse intensive ensemble, on crée un modèle pour ce à quoi la vie juive pourrait ressembler. Les gens veulent que leurs vies religieuses parlent à leurs besoins humains fondamentaux ».

Les étudiants de la yeshiva apprennent la loi juive et le Talmud, que Romemu présente comme « du rabbinat contemplatif ». Mais, ils ont aussi du temps consacré à la Kabbalah, ou la mystique juive, et au hassidisme. Dans un cours de cette semaine, ils ont étudié le commentaire de Torah de Menachem Nachum Twersky de Chernobyl, un rabbin hassidique du 18e siècle.

« C’est très intéressant de pouvoir faire de la médiation dans ma propre tradition sans empiéter sur la tradition de quelqu’un d’autre invité, a déclaré Sarah Hurwitz, une ancienne plume de Michelle Obama et maintenant étudiante à Romemu. Elle a expliqué que son cours préféré était le hassidisme parce « c’est tellement plein d’amour, plein de joie et tellement plein d’une volonté réelle de se connecter avec le divin. Il y a un tel sentiment d’émotion derrière cela que l’on a parfois l’impression que cela manque dans les espaces juifs ».

Le programme vise aussi à associer l’étude avec la pratique spirituelle. Avant d’étudier des textes juifs sur l’amour de Dieu, les étudiants méditent un jour sur ce qu’ils ressent en donnant et en recevant de l’amour de gens dans leurs vies. Un professeur de qigong, un système de mouvement similaire au tai chi, est présent. Les étudiants vont faire une semaine de retraite silencieuse à la yeshiva cette semaine.

Un cours en mars 2016 à Romemu, la congrégation du Renouveau juif à New York. (Scott Osman via JTA)

« Certaines parties semblent radicalement différentes, a déclaré Lily Solochek, une étudiante rabbinique qui a commencé à étudier au séminaire théologique juif du mouvement conservateur et qui est maintenant une étudiante au Collège rabbinique reconstructionniste. Elle est à la Yeshiva Romemu pour l’été.

« Il ne s’agit pas seulement de dire « pouvons-nous l’apprendre et diffuser un enseignement’, ‘pouvons-nous l’apprendre et propager cette vérité dans notre entourage’, mais ‘pouvons-nous apprendre d’une manière qui nous touche à un niveau spirituel profond et ensuite mettre cela en pratique' », a-t-elle dit.

L’emploi du temps de la yeshiva est exigeant, cela commence à 7h30 et pour durer jusqu’à 19h. Certains étudiants paient des frais jusqu’à 5 000 dollars, alors que d’autres ont une bourse. Presque trois heures sont réservées à la prière, y compris une heure pour la prière de l’après-midi après le déjeuner – une sorte de sieste spirituelle. Mais les enseignants n’attendent pas des étudiants qu’ils suivent le style de vie rigoureux de la yeshiva quand le programme se termine en août.

« Nous voulons qu’ils soient maintenant capables de transmettre et d’aider les autres à voir comment c’est aussi accessible pour eux », a déclaré Jacobson-Maisels au sujet des étudiants. Aider les gens à voir, oh, c’est une possibilité. Je peux trouver un judaïsme avec un sens profond, une connexion profonde à mes racines [ce qui] me fait évoluer dans ce monde contemporain d’une manière où je me sens beaucoup plus ouvert à moi-même ».

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