Téhéran/Ryad : plusieurs pays appellent à la « désescalade »
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Téhéran/Ryad : plusieurs pays appellent à la « désescalade »

Moscou a proposé de servir d'intermédiaire tandis que Berlin a appelé à renouer le contact ; Paris et Washington ont aussi appelé à calmer le jeu

La France a appelé lundi à la « désescalade » dans les tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran, déclenchées par l’exécution d’un dignitaire chiite critique du pouvoir saoudien, a déclaré le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

« L’atout de la France (…), c’est de pouvoir parler à tout le monde et, le ministre des Affaires étrangères (Laurent Fabius) l’a rappelé, de souhaiter la désescalade », a indiqué M. Le Foll, après que Ryad a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran dans une nouvelle escalade entre les deux puissances régionales.

Berlin appelle Ryad et Téhéran à tout faire pour renouer le contact

Le gouvernement allemand a appelé lundi Ryad et Téhéran à tout faire « pour reprendre leurs relations » et prévenu que « les évolutions » en Arabie Saoudite allaient être prises en compte dans les décisions d’exportation d’armes vers ce pays.

« Nous appelons les deux pays à exploiter toutes les possibilités pour reprendre leurs relations » diplomatiques, interrompues depuis dimanche à l’initiative de l’Arabie Saoudite, a déclaré à Berlin le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert.

« Il ne fait aucun doute que la solution des crises (en Syrie et au Yémen) et d’autres crises ne peut être trouvée que si la puissance sunnite qu’est l’Arabie Saoudite et l’Iran chiite sont prêts à faire un pas l’un vers l’autre », a renchéri le porte-parole du ministre des Affaires Etrangères Frank-Walter Steinmeier, Martin Schäfer, lors d’une conférence de presse régulière du gouvernement.

« De notre point de vue le Moyen-Orient a une dette envers le reste du monde », a poursuivi M. Schäfer, « depuis des années la communauté internationale, dont l’Allemagne, s’emploie à contribuer à ce que les conflits soient atténués ». « L’Arabie Saoudite et l’Iran doivent aussi contribuer à la résolution des crises », a-t-il plaidé.

Le conflit autour de l’exécution par Ryad d’un dignitaire chiite s’est amplifié ces derniers jours, conduisant à des manifestations et violences, et dimanche à la rupture des relations diplomatiques entre la puissance sunnite et le pays chiite, alors même que la communauté internationale attend d’eux qu’ils s’engagent pour tenter de trouver une solution à la guerre civile qui ravage la Syrie.

Le ministère allemand de l’Economie a prévenu pour sa part qu’il « suit les évolutions » en Arabie Saoudite et qu’elles vont « entrer en ligne de compte » quand il s’agira de statuer sur les exportations d’armes ou autres équipements de défense vers le pays, a indiqué un porte-parole.

Le ministère de l’Economie doit approuver au cas par cas les exportations dans le secteur de la défense. L’Arabie Saoudite est un client régulier et important de l’industrie allemande de la défense.

L’opposition allemande a appelé ces derniers jours le gouvernement à revoir la nature de sa relation avec l’Arabie Saoudite.

« Il est dans l’intérêt de l’Allemagne d’avoir un dialogue avec l’Arabie Saoudite », a déclaré à ce sujet M. Seibert. « Nous nous employons à une relation constructive avec Ryad », a-t-il ajouté.

Moscou prêt à « servir d’intermédiaire » entre Ryad et Téhéran

La Russie « est prête à servir d’intermédiaire » pour résoudre la crise entre Ryad et Téhéran a indiqué à l’AFP un responsable au ministère russe des Affaires étrangères.

Ce responsable n’a pas détaillé le rôle exact que pourrait jouer la Russie pour apaiser la tension entre les deux puissances régionales rivales, qui a abouti à la rupture des relations diplomatiques de l’Arabie Saoudite avec l’Iran.

Mais selon une source diplomatique russe, citée par l’agence de presse Tass, Moscou est prêt à accueillir des pourparlers entre les chefs de la diplomatie iranienne, Javad Zarif, et saoudienne, Adel al-Jubeir.

« Si nos partenaires, que sont l’Arabie saoudite et l’Iran, montrent leur disponibilité et leur volonté, alors notre initiative restera sur la table », a déclaré cette source, qui a requis l’anonymat.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait accueilli séparement MM. Jubeir et Zarif l’an dernier pour des discussions sur la Syrie, alors que Moscou pousse à la création d’une large coalition afin de combattre les djihadistes de l’organisation Etat islamique.

Les Etats-Unis, alliés des Saoudiens mais qui se sont aussi rapprochés des Iraniens à la faveur de l’accord sur le nucléaire conclu en juillet, ont appelé « à prendre des mesures positives pour calmer les tensions ».

Rome demande à Ryad et Téhéran de réduire les tensions et éviter l’escalade

Le ministère italien des Affaires étrangères a demandé lundi à Ryad et Téhéran de « réduire les tensions et de ne pas prendre la voie d’une escalade dangereuse pour tous. »

« L’Italie encourage l’Arabie Saoudite et l’Iran à faire tout leur possible pour réduire les tensions et à ne pas prendre la voie d’une escalade dangereuse pour tous », indique un communiqué déplorant « les croissantes tensions politiques et diplomatiques (…) qui risquent d’exacerber de manière insoutenable les divisions au sein de monde islamique ».

Le ministère rappelle que « la recherche de solutions aux crises complexes (…), en premier lieu celles en Syrie et au Yémen, ne peut se faire sans une volonté de dialogue et une vision stratégique de toutes les parties, en premier lieu des principaux pays de la région ».

« Le premier pas (…) est représenté par la reconnaissance que l’ennemi commun à combattre est le terrorisme fondamentaliste », poursuit le ministère.

« L’absence d’unité de la part des pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme représente un grave obstacle pour l’objectif qui est d’éliminer cette menace contre la paix et la civilisation », conclut le communiqué.

Cameron critique les exécutions en Arabie Saoudite, « extrêmement préoccupé » par les tensions

Le Premier ministre britannique David Cameron a critiqué lundi les 47 exécutions survenues samedi en Arabie saoudite dont celle d’un dignitaire chiite et jugé « extrêmement préoccupante » la crise entre Ryad et Téhéran.

David Cameron (Crédit : capture d'écran Youtube/Channel4News)
David Cameron (Crédit : capture d’écran Youtube/Channel4News)

« Soyons clairs, nous condamnons la peine de mort en toutes circonstances et cela inclut l’Arabie saoudite. Nous intervenons toujours sur la peine de mort et le ministère des affaires étrangères l’a très clairement fait à cette occasion », a déclaré M. Cameron lors d’un déplacement dans l’est de Londres.

Il a également jugé « extrêmement préoccupantes » les tensions dans la région provoquées l’exécution samedi du cheikh Nimr Baqer al-Nimr, 56 ans, critique virulent du régime saoudien, avec 46 autres personnes condamnées pour « terrorisme ».

« Nous souhaitons la stabilité au Proche-Orient et de bonnes relations entre les différents pays, parce que c’est essentiel pour régler la crise en Syrie, source de tant de problèmes », a souligné David Cameron.

Les relations entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite se sont récemment tendues lorsque Londres s’est retiré début octobre d’un appel d’offres visant à moderniser le système pénitentiaire en Arabie, sur fonds de critiques sur la situation des droits de l’Homme dans ce pays.

L’Arabie saoudite est le plus important partenaire commercial du Royaume-Uni au Proche-Orient et était son premier marché d’exportation pour l’armement en 2014.

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