Teva cherche à se stabiliser avec un nouveau PDG au cours des prochaines semaines
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Teva cherche à se stabiliser avec un nouveau PDG au cours des prochaines semaines

Le président du géant pharmaceutique ne sera pas israélien mais quelqu'un doté d'une "expérience pharmaceutique de premier plan", a expliqué Chaim Hurvitz, dont la famille est le principal actionnaire privé de la société

Les bureaux de la société pharmaceutique israélienne Teva Pharmaceuticals, à Jérusalem, en octobre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les bureaux de la société pharmaceutique israélienne Teva Pharmaceuticals, à Jérusalem, en octobre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le fabricant israélien de médicaments Teva Pharmaceutical Industries Ltd. devrait annoncer le nom de son nouveau directeur-général dans « environ un mois », a fait savoir dans une interview accordée au Times of Israel Chaim Hurvitz, dont la famille est l’un des principaux actionnaires privés.

La famille de Hurvitz — fils d’Eli Hurvitz, légendaire directeur-général de Teva et l’un des fondateurs de cette entreprise devenue un géant des médicaments génériques – est encore l’actionnaire privé le plus important de la firme pharmaceutique.

Teva est en quête d’un directeur-général depuis le départ, au mois de février, du directeur-général Erez Vigodman, trois ans après sa prise de fonction, alors qu’il avait été désigné pour faire prospérer l’entreprise. Yitzhak Peterburg a été nommé depuis président intérimaire et directeur-général à la barre de Teva.

Il y a des candidats que la firme a refusés, a indiqué Hurvitz. « Nous devons dorénavant faire les touches finales pour arriver à la bonne conclusion. Je ne veux pas détailler les choses. Tout ce que je puis dire, c’est que les candidats retenus ne sont pas israéliens – malheureusement, aucun d’entre eux. Et indépendamment de qui sera choisi, il s’agira de quelqu’un avec une expérience pharmaceutique extensive. De premier plan. Une expérience pharmaceutique de premier plan ».

Le PDG de Teva, Chaim Hurvitz (Capture d'écran : YouTube)
Le PDG de Teva, Chaim Hurvitz (Capture d’écran : YouTube)

Une série de faux pas

Le tout premier président-directeur-général de Teva et seul non israélien – à savoir Jeremy Levine, né en Afrique du Sud – n’est resté en poste que moins de deux ans avant de partir, faisant état officiellement de désaccords avec le Conseil d’administration concernant des mesures de réduction des coûts.

Interrogé sur l’éventuelle réussite d’un nouveau PDG étranger après l’échec enregistré par le premier, Hurvitz a répondu que Levine « n’était pas un type classique du secteur pharmaceutique, il n’avait aucune expérience commerciale ».

« Le milieu de Levine était davantage celui de la recherche et de la science, des univers très différents de ce que nous recherchons en ce moment », a-t-il ajouté.

Hurvitz est en congé sabbatique de ses activités au Conseil d’administration de Teva en raison d’autres intérêts d’affaires, a-t-il déclaré. Mais « dans la mesure où nous sommes toujours l’un des plus importants actionnaires privés de l’entreprise, ma famille et moi sommes impliqués dans tout ce qui concerne » les développements intervenant dans la firme basée à Jérusalem, a-t-il dit.

Le départ de Vigodman est survenu après que l’entreprise israélienne – source de fierté nationale et composante des plans d’investissements locaux – a été poursuivie par une série de faux-pas, dont l’acquisition à un prix de 40 milliards de dollars d’Actavis Generics, un fabricant de médicaments, dans un accord qui s’est révélé être trop onéreux. L’entreprise n’est pas non plus parvenue à repousser la concurrence face à son médicament-phare pour la sclérose en plaque et s’est trouvée dans l’incapacité de générer un revenu alternatif à celui de la Copaxone, dont le brevet a expiré.

Erez Vigodman, le président israélien et le PDG de Teva Pharmaceutical Industries (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Erez Vigodman, le président israélien et le PDG de Teva Pharmaceutical Industries (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La toute première mission essentielle confiée au nouveau directeur-général, a dit Hurvitz, sera de superviser la fusion entre Teva et Actavis, « pour s’assurer qu’elle est sur la bonne voie. C’est ce qui est le plus important pour nous aujourd’hui ».

En 2016, Teva avait achevé l’acquisition d’Actavis Generics, aile générique d’un fabricant pharmaceutique rival, Allergan, grâce à la signature d’un accord de 40 milliards de dollars. Malheureusement, très rapidement après l’achat, le marché des médicaments génériques avait changé, rendant l’acquisition onéreuse : les régulateurs américains avaient, de manière soudaine aussi bien qu’inattendue, accéléré le processus d’approbation des médicaments génériques, une initiative qui a créé davantage de concurrence et réduit les coûts.

L’accord d’Actavis devrait générer environ 1,4 milliard de dollars en synergies associées et en économies d’impôts à l’horizon de la fin de l’année 2019, a fait savoir Teva.

La recherche d’une alternative pour son médicament-phare

Teva travaille également dur sur l’ensemble de ses nouveaux médicaments pour garantir qu’il trouvera un complément de revenus à l’heure où son médicament-phare, la Copaxone, fait face à davantage de concurrence, a dit Hurvitz. Si cette concurrence à la Copaxone ne s’impose pas du jour au lendemain, a-t-il expliqué, « nous avons un certain temps pour mettre les choses sur pied et nous préparer ».

La Copaxone, le tout premier médicament majeur mis sur le marché par Teva en 1996, est encore le premier médicament prescrit pour les malades atteints de sclérose en plaque. Les brevets de cette pharmacopée sont actuellement en train d’expirer et, en 2015, les concurrents ont commencé à commercialiser des versions génériques. Un plus grand nombre encore pourrait entrer en lice cette année, le tribunal ayant statué contre Teva au début de l’année. Selon les estimations de la firme israélienne, l’introduction de deux génériques de la Copaxone aux Etats-Unis pourrait entraîner une perte de revenu allant jusqu’à 1,2 milliard de dollars en 2017.

« Jusqu’à présent, nous avons dans la boîte deux produits qui en sont à des stades très avancés avant commercialisation », a indiqué Hurvitz. Le premier, un traitement pour les mouvements de contraction involontaires associés à la maladie de Huntington, pourraient aider à générer des millions de dollars de revenus, a dit Hurvitz, même s’il s’agit d’un produit niche.

Le second, un médicament mis au point par Teva contre les migraines, « est un produit très excitant et il pourrait amener deux millions de dollars si nous faisons bien les choses », a estimé Hurvitz. « En faisant les choses correctement, ce médicament pourrait devenir très rapidement un médicament-phare et facilement, parce que c’est un secteur inexploité de la médecine ».

Copaxone, le seul traitement sans interféron pour la sclérose en plaques, a été développé par l'entreprise pharmaceutique Teva au milieu des années 1990. Crédit: Institut des sciences Weizmann/JTA)
Copaxone, le seul traitement sans interféron pour la sclérose en plaques, a été développé par l’entreprise pharmaceutique Teva au milieu des années 1990. Crédit: Institut des sciences Weizmann/JTA)

Teva a fait savoir en juin que son médicament expérimental pour prévenir les migraines s’était révélé efficace et sans danger dans une étude de phase III. Teva prévoit de réclamer une autorisation auprès de la FDA (Food and Drug Administration) pour le fremanezumab à la fin de l’année, pour les migraines épisodiques et chroniques, et anticipe une approbation de son produit et son lancement pour la seconde moitié de l’année 2018, a fait savoir l’entreprise. Les analystes évaluent à un milliard de dollars les revenus annuels possibles issus de la vente de ce médicament, a fait savoir Reuters.

« Si les études cliniques viennent confirmer ce que je dis, il s’agira d’une véritable révolution en termes de réduction de la douleur et de réduction des rechutes dans le cas d’attaques migraineuses », a dit Hurvitz. « C’est probablement notre meilleure mise à moyen-terme. A long terme, nous avons deux produits qui sont très intéressants mais il est trop tôt pour prédire comment ils se comporteront au cours des études cliniques ».

Hurvitz a dit qu’il s’attend à ce que les entreprises pharmaceutiques aillent un peu mieux grâce aux réformes de santé entreprises à l’ère du président Trump. Les actions pharmaceutiques avaient plongé l’année dernière alors que la candidate malheureuse à la présidence américaine Hillary Clinton et Donald Trump avaient pris pour cible les prix élevés des médicaments. Les firmes avaient fait l’objet de fortes pressions de la part du Congrès et des consommateurs américains et avaient été sommées de trouver des moyens de réduire les prix. Pourtant, Trump a adopté une approche plus douce envers le secteur pharmaceutique, reculant face à des mesures plus draconiennes.

Hurvitz, tout juste revenu d’un voyage à New York, a indiqué que l’état d’esprit général est dorénavant « plus favorable envers le secteur pharmaceutique, plus favorable incontestablement envers les génériques ». Les réformes du système de santé par Trump « devraient apporter une très agréable stimulation, je pense, au secteur du générique ».

Teva est également en procès, au tribunal, avec les anciens propriétaires du fabricant de médicament mexicain Representaciones e Investigaciones Medicas SA – connu sous le nom de Rimsa – que l’entreprise avait acheté au prix de 2,3 milliards de dollars. La firme israélienne a également été accusée devant la justice, aux côtés d’autres entreprises pharmaceutiques, de fixer le prix des médicaments.

Hurvitz a expliqué que le procès concernant le fabricant mexicain prendra du temps, ajoutant que Teva collabore avec toutes les parties impliquées concernant les affirmations de fixation des prix.

Hurvitz a précisé ne pas penser que Teva ait été impliqué dans de tels incidents, et que, peut-être, la question ne relève que du détail technique. « Teva n’est pas assez stupide pour se livrer à ce genre de choses », a-t-il dit.

Les actions de Teva, qui sont échangées à Tel Aviv et à New York, ont baissé d’environ 36 % ces derniers douze mois. Aucun porte-parole de Teva n’a voulu commenter cette baisse à Tel Aviv.

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