Multiplication des appels à la démission de Rafi Peretz
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Multiplication des appels à la démission de Rafi Peretz

Des activistes, des enseignants et des députés recommandent le limogeage du ministre de l'Education ; un rassemblement est prévu ce dimanche à 19 heures à Tel Aviv

Les participants à la Gay Pride de Jérusalem, le 2 août 2018. (Crédit : AFP Photo/Menahem Kahana)
Les participants à la Gay Pride de Jérusalem, le 2 août 2018. (Crédit : AFP Photo/Menahem Kahana)

Les activistes des droits LGBTQ, des enseignants, des députés et d’autres ont réclamé la démission du ministre de l’Education Rafi Peretz samedi soir, après qu’il a reconnu être partisan de la thérapie de conversion en direction des homosexuels lors d’une interview télévisée.

L’Association pour l’égalité LGBT en Israël, Aguda, a indiqué organiser un rassemblement dimanche soir à Tel Aviv pour demander au Premier ministre Benjamin Netanyahu de limoger Peretz de son cabinet.

Des associations ont averti que soumettre des jeunes à des thérapies de conversion pouvait entraîner des dépressions et pousser au suicide, alors que la colère suscitée par les propos tenus par Peretz ne semble pas vouloir retomber.

« Il n’est pas possible que les enfants israéliens soient exposés à ce poison qui est disséminé par ceux qui prétendent s’engager dans l’éducation et dans les valeurs », a noté l’organisation dans un communiqué.

Dans un entretien avec la Douzième chaîne, Peretz avait déclaré penser qu’il était possible de convertir des individus présentant des « tendances homosexuelles ».

Dans une lettre ouverte écrite samedi à Peretz, un groupe d’éducateurs et de membres de personnels d’école ont indiqué avoir été « furieux et choqués » par ces paroles.

Le ministre de l’Education Rafi Peretz arrive pour la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 24 juin 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

« Le soutien apporté aux thérapies de conversion représente une menace concrète pour les jeunes issus de tous les milieux de la société israélienne », ont-ils écrit.

« Nous appelons le ministre de l’Education à retirer ses propos, à présenter ses excuses ainsi qu’à prouver, par son financement et par sa pédagogie, qu’il est en effet digne d’avoir obtenu ce rôle central et crucial dans l’éducation de nos enfants », dit la lettre qui a été publiée sur le site d’information Ynet.

Et s’il devait ne pas revenir sur les déclarations qui ont été faites, le groupe a indiqué qu’il utilisera « toutes les mesures légales à sa disposition pour dénoncer ces paroles dangereuses et nuisibles ».

Des manifestants pour les droits des LGBT défilent sur l’autoroute Ayalon de Tel Aviv, le 22 juillet 2018. (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Les thérapies de conversion – également appelées thérapies réparatrices – ont été largement découragées en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs, les organisations de santé majeures soulignant ce qu’elles avaient qualifié de « méthodes pseudo-scientifiques » apparaissant dans ces pratiques et condamnant par ailleurs une approche de l’homosexualité appréhendée sous l’angle de la maladie mentale.

Mais elle reste légale en Israël et elle est encore autorisée dans certains cercles conservateurs et orthodoxes. 20 à 30 psychologues et travailleurs sociaux, selon les estimations, ainsi que 50 thérapeutes non-licenciés pratiqueraient une forme de thérapie de conversion en Israël, selon le rabbin Ron Yosef de l’organisation orthodoxe pour le droit des homosexuels Hod.

D’importantes organisations médicales, aux Etats-Unis, ont expliqué qu’il n’y avait aucune preuve que ces efforts visant à changer l’orientation sexuelle étaient efficaces, clamant que ces thérapies renforçaient l’autodépréciation, la dépression et les phénomènes d’automutilation.

L’Association des psychologues israéliens avait tiré des conclusions similaires dans un article de 2011 que le ministère de la Santé israélien avait finalement fait siennes fin 2014.

Mais l’association avait également approuvé une revendication émanant des praticiens de la thérapie de conversion, estimant que « le politiquement correct » empêchait probablement le financement et la publication d’études portant sur l’efficacité potentielle de la thérapie.

Même si elle reste hors-la-loi dans certaines parties du monde, cette pratique reste légale au sein de l’Etat juif.

Répondant à ses propos, l’Association des psychologues israéliens a envoyé un courrier à Peretz, samedi soir, disant que ses paroles montraient « une déviance totale devant la réalité mentale et sociale liée à l’intégration et à l’acceptation de l’orientation sexuelle au cours de l’adolescence », selon le journal Haaretz.

Le docteur Zvi Fishel, chef de l’Association des psychologues israéliens, a déclaré qu’il était « scandaleux et inquiétant » que l’Etat juif ait un ministre de l’Education présentant un tel point de vue.

Des membres de la communauté LGBT et des sympathisants participent à une manifestation contre un amendement de la Knesset refusant la gestation pour autrui pour les couples gays, aux abords de la Cour suprême de Jérusalem, le 23 juillet 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Les thérapies… constituent un danger et entraînent des dégâts sérieux pour la santé mentale du patient, lui donnant un sentiment d’échec susceptible de le mener au suicide », a-t-il déclaré, selon le site Walla.

« Le ministre de l’Education, à travers ses propos malheureux, met en péril la vie d’un grand nombre d’individus » a-t-il ajouté.

Pour sa part, l’association Aguda a rejeté les propos de Peretz dans un communiqué, appelant le ministère à subir une thérapie de conversion pour passer « de l’obscurantisme à la lumière ».

Elle a annoncé qu’elle organiserait dimanche un rassemblement aux abords du complexe gouvernemental de Kiryat Memshala, dans le centre de Tel Aviv, à 19 heures.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside une réunion du cabinet à Jérusalem, le 7 juillet 2019. (Crédit : ABIR SULTAN / POOL / AFP)

L’Association des Pères gays israéliens a également vivement recommandé un changement de ministre de l’Education, réclamant une nomination « qui représentera la société israélienne et respectera la population dans son ensemble ».

Pour sa part, la députée de Kakhol lavan Yael German, qui était ministre de la Santé quand le ministère avait désavoué les thérapies de conversion en 2014, a raillé Peretz qui « devrait se soumettre à une thérapie de conversion au 21ème siècle ».

Par ailleurs – un bémol dans cette unanimité – le président de Kakhol lavan Banny Gantz a organisé dimanche une conférence de presse dans laquelle il a condamné une seconde fois les propos du ministre Rafi Peretz, mais s’est toutefois refusé à réclamer la démission du chef de l’Union des partis de droite.

« Le rabbin Rafi et moi-même avons longtemps servi ensemble au sein de l’armée israélienne. Il y a eu un grave écart ici, et il nous est impossible de l’ignorer. Je ne vais pas entrer dans le sujet de sa démission », a déclaré Gantz lorsqu’il lui a été demandé s’il rejoignait les autres voix, notamment issues de sa propre formation, qui ont réclamé le départ de Peretz.

Gantz a expliqué que s’il était élu Premier ministre, il nommerait une personnalité de sa propre formation au poste de ministre de l’Education.

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