Tom Watson, numéro 2 du Labour, démissionne
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Tom Watson, numéro 2 du Labour, démissionne

Son départ constitue un coup dur pour l'aile modérée déjà en perte de vitesse, et laisse Corbyn sans opposant majeur sur les thèmes du Brexit ou des liens avec Israël

Dans cette photo datée du 31 mars 2019, on peut voir Tom Watson, le numéro 2 du parti Travailliste, principal opposition britannique, à Londres. Dans une annonce du mercredi 6 novembre 2019, Tom Watson a dit qu'il ne se représenterait pas aux prochaines élections législatives du 12 décembre. Il quitte également son poste de numéro 2 du parti Travailliste. (Dominic Lipinski/PA FILE via AP)
Dans cette photo datée du 31 mars 2019, on peut voir Tom Watson, le numéro 2 du parti Travailliste, principal opposition britannique, à Londres. Dans une annonce du mercredi 6 novembre 2019, Tom Watson a dit qu'il ne se représenterait pas aux prochaines élections législatives du 12 décembre. Il quitte également son poste de numéro 2 du parti Travailliste. (Dominic Lipinski/PA FILE via AP)

Tard mercredi, le parti Travailliste britannique a été secoué par la démission surprise de Tom Watson, numéro 2 du parti. Il critiquait depuis longtemps le chef du parti Jeremy Corbyn sur des sujets comme le Brexit et la gestion de l’antisémitisme rampant au sein de la formation politique.

Dans une lettre adressée à Corbyn, Watson a annoncé qu’il ne se re-présenterait pas pour garder son siège aux élections législatives du mois prochain. Il a insisté pour dire que les raisons de sa démission étaient « personnelles, non politiques », et qu’il voulait « commencer un autre style de vie ».

Watson a publié sa lettre dans un tweet. Il a dit qu’il ferait tout de même campagne pour certains candidats du parti à l’élection.

« Je suis engagé comme jamais avec les Travaillistes. Je passerai cette élection à soutenir des candidats travaillistes brillants et pour garantir un avenir meilleur à notre pays », a-t-il écrit.

Pourtant, sa démission pourrait marquer la fin d’une lutte interne de longue date pour définir l’identité du parti Travailliste entre des modérés comme Watson et des militants d’extrême gauche, comme Corbyn.

Watson était un partisan majeur de la tenue d’un autre référendum sur le Brexit. Il avait appelé les Travaillistes à faire campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne dans tout futur vote.

Corbyn et beaucoup de ses alliés étaient réticents à l’idée d’adopter cette position. Ils craignaient notamment que cela éloignerait les électeurs travaillistes qui avaient voté pour le Brexit lors du référendum de 2016.

Watson a également été une voix critique majeure de la gestion par le parti Travailliste de la crise actuelle d’antisémitisme. Selon certains de ses détracteurs, le parti serait devenu un repaire d’antisémites. Ces accusations se sont multipliées depuis que Corbyn – lui-même accusé d’antisémitisme, notamment par certains de ses propres députés – a été élu à la tête du parti en 2015. De nombreux militants de longue date du parti l’ont quitté en signe de protestation et ont appelé à la démission de Corbyn.

Le Board of Deputies of British Jews a accusé Corbyn d’encourager une rhétorique antisémite et parfois de s’y livrer, même s’il a nié ces accusations.

Watson avait une position radicalement différente de Corbyn sur Israël. Alors que le chef du parti est un critique dur de l’Etat juif, Watson est membre des Amis Travaillistes d’Israël.

L’année dernière, le parti Travailliste avait fait polémique en refusant, dans un premier temps, d’adopter la définition complète de l’antisémitisme par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) à cause de l’inclusion de la critique d’Israël dans sa définition de l’antisémitisme. Watson avait alors dit que le parti risquait de s’enfoncer dans une « honte éternelle », s’il ne réglait pas ce problème de sa définition de l’antisémitisme.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)

« C’est un de ses moments où il faut se regarder longuement et durement dans le miroir, se dresser pour ce qui est juste et montrer que le parti est apte à diriger la nation – ou disparaître dans un trou noir de honte éternelle et de gêne », avait alors déclaré Watson à The Observer, le magazine du dimanche du Guardian.

La position de Watson a conduit des proches de Corbyn au sein du parti à lancer une longue campagne contre lui. Cette initiative a culminé avec une tentative avortée de lui retirer sa place de numéro 2 du parti en septembre.

La députée britannique Joan Ryan lors de la conférence politique de l’AIPAC, le 24 mars 2019 (Capture d’écran : AIPAC)

Sa démission a également pour conséquence de voir un cadre du parti et membre des Amis d’Israël Travaillistes quitter la formation politique, après le départ de Joan Ryan, la chef, non juive, des Amis Travaillistes d’Israël. Le mois dernier, la cadre juive du parti Dame Louise Ellman avait aussi démissionné.

« Je pense que Jeremy Corbyn serait un danger pour le pays [s’il était élu Premier ministre], un danger pour la communauté juive, mais un danger pour le pays aussi », a déclaré Ellman au Times, en quittant le parti après 55 ans.

Dimanche, Corbyn a dit que les Juifs britanniques n’avaient rien à craindre si son parti venait à remporter l’élection. Selon certains articles de presse, de nombreux membres de la communauté juive envisageraient de quitter le pays s’il accédait au pouvoir.

Jeremy Corbyn, le chef du parti Travailliste britannique de l’opposition prononce un discours lors d’un meeting de campagne consacré au Brexit à Harlow en Angleterre, le mardi 5 novembre 2019. Les Britanniques vont voter le 12 décembre. (AP Photo/Matt Dunham)

Les commentaires de Corbyn sont intervenus après que le Mouvement Juif Travailliste a dit qu’il ne ferait campagne que pour un petit nombre de candidats Travaillistes.

« L’antisémitisme et le racisme sont un mal dans notre société. J’ai tout fait pour m’y opposer au cours de mon existence, et je continuerai à le faire », a déclaré Corbyn au Guardian.

Malgré les pressions des voix anti-israéliennes et antisémites dans son parti, Louise Ellman se représente au poste qu’elle occupe depuis 1997 (Autorisation)

« Nous voulons que ce pays soit sur pour toute la population. Une attaque contre une synagogue, une attaque contre une mosquée, une attaque contre une église – une attaque contre une personne qui marche dans la rue parce qu’elle est perçue comme différente du reste de la population – nous ne pouvons pas le tolérer ».

Même si la question du Brexit occupera une place centrale dans le vote de décembre, de nombreux électeurs juifs, même ceux qui sont opposés à la promesse des Conservateurs de faire sortir le Royaume-Uni de l’Europe, ont le sentiment qu’ils ne peuvent pas voter pour les Travaillistes.

Selon un sondage publié la semaine dernière, seulement 7 % des Juifs britanniques ont déclaré qu’ils allaient même envisager de soutenir le parti de Corbyn.

En septembre dernier, on a annoncé que près de 40 % des Juifs britanniques « envisageraient sérieusement d’émigrer » si Corbyn devenait Premier ministre. Et en mars, un sondage a révélé que 87 % des Juifs voyaient Corbyn comme étant antisémite.

Des groupes juifs ont accusé Corbyn, un politicien d’extrême gauche, d’avoir permis une montée de l’antisémitisme dans les rangs du parti qui était autrefois considéré comme le foyer naturel des Juifs britanniques. Des milliers d’affaires présumées de propos antisémites ont été recensés au parti Travailliste depuis 2015, quand Corbyn a été élu à la tête du parti.

En avril, on a découvert que Corbyn avait écrit un avant-propos élogieux d’un livre qui affirme que des Juifs contrôlent les systèmes financiers mondiaux. Le livre décrit les Juifs comme des « hommes d’une race singulière et particulière ».

En outre, le groupe terroriste du Hamas a remercié Corbyn pour sa solidarité à reconnaître le deuil palestinien lors du 71e anniversaire de la formation de l’Etat d’Israël.

Jeremy Corbyn (deuxième à partir de la gauche) tenant une couronne lors d’une visite aux martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Crédit : page Facebook de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

Dans le passé, le chef Travailliste a été critiqué pour avoir qualifié les groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah « d’amis » en invitant des membres à une réunion parlementaire en 2009. Il a ensuite minimisé ses commentaires et il a dit qu’il regrettait l’emploi de ce terme.

L’année dernière, on a découvert qu’en 2014, Corbyn avait participé à une cérémonie en hommage aux terroristes derrière le massacre de 1972 aux Jeux Olympiques de Munich. Il a ensuite déclaré « J’étais présent quand [une couronne] a été déposée, je ne pense pas que j’étais véritablement impliqué dans la cérémonie ».

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