Torah et horas célèbrent le renouveau de la vie juive au Portugal
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Torah et horas célèbrent le renouveau de la vie juive au Portugal

Deux cents Juifs présents à la réouverture de la synagogue rénovée de Porto pendant un week-end de retraite

Les hommes dansant au rez de chaussée de la synagogue Mekor Haim, pour célébrer la nouvelle la Torah à Porto, au Portugal, le 30 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaïm / The Times of Israel)
Les hommes dansant au rez de chaussée de la synagogue Mekor Haim, pour célébrer la nouvelle la Torah à Porto, au Portugal, le 30 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaïm / The Times of Israel)

PORTO, Portugal – Juste avant le coucher du soleil en un doux vendredi soir de janvier, près de 200 Juifs se sont rassemblés à l’entrée de la synagogue Mekor Haim de la ville portugaise de Porto pour accueillir une nouvelle Torah dans l’espace sacré, qui a été restauré.

Les hommes ont dansé avec le rouleau de la Torah richement décorée à l’étage principal du sanctuaire fraîchement peint, tandis que séparément, les femmes ont dansé et chanté du balcon du deuxième étage.

Typique du style séfarade de Porto, la Torah était dans une boîte ornée d’argent incrustée de pierres précieuses. Rédigé à Jérusalem et complété à Londres, le rouleau est arrivé dans sa nouvelle maison seulement quelques heures avant l’événement, qui a été présenté comme le plus grand rassemblement de Juifs au Portugal depuis l’Inquisition.

Arrivant de 14 pays, y compris Israël, le Royaume-Uni, et la Turquie, quelque 200 Juifs ont convergé vers la synagogue rénovée de Porto le temps d’un week-end pour célébrer le retour d’une vie juive dynamique au Portugal.

La façade de la synagogue Mekor Haim à Porto, au Portugal, le 30 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaïm / Times of Israël)
La façade de la synagogue Mekor Haim à Porto, au Portugal, le 30 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaïm / Times of Israël)

Ce retour s’est fait grâce, au moins en partie, à une loi adoptée à l’unanimité par le Parlement portugais l’an dernier qui permet aux Juifs de demander la citoyenneté s’ils peuvent prouver que leurs familles ont été expulsés pendant l’Inquisition.

En vertu de cette loi, en plus des exigences plus générales pour obtenir la nationalité portugaise – ceux qui vivent au Portugal depuis au moins six ans ne sont pas concernés – les candidats doivent également établir que leurs familles ont fait partie d’une communauté séfarade dans leurs pays d’origine et doivent prouver qu’ils ou leurs parents ont un nom de famille juif traditionnellement portugais.

Ces informations généalogiques et religieuses doivent être certifiées dans un document publié par la communauté juive de Porto ou de Lisbonne. Après avoir soumis les documents requis pour être étudiés, les candidats doivent attendre généralement jusqu’à six mois avant d’avoir une réponse officielle.

La procédure est rigoureuse mais n’est pas aussi stricte que la demande de nationalité espagnole, que l’expert en immigration Leon Amiras, qui était présent à la retraite à Porto, a qualifié d’ « inutilement complexe ».

Le porte-parole de la communauté juive de Porto, Michael Rothwell, posant devant l'arche dans la synagogue Mekor Haim à Porto, au Portugal, le 28 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaïm / Times of Israël)
Le porte-parole de la communauté juive de Porto, Michael Rothwell, posant devant l’arche dans la synagogue Mekor Haim à Porto, au Portugal, le 28 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaïm / Times of Israël)

En date d’octobre 2015, seulement trois des plus de 200 candidats ont obtenu la citoyenneté. La communauté juive de Porto a déclaré au Times of Israel qu’en décembre, elle avait certifié les candidats de 28 pays, dont 64 % de la Turquie.

Certains des participants au week-end de retraite, comme beaucoup de la Turquie et de la France, ont déclaré qu’ils profitaient de l’occasion pour faire un premier voyage au Portugal.

Le maire de Porto, Rui Moreira, s’est adressé à la communauté le vendredi soir de l’autel sculpté à la main et a fièrement annoncé il n’y a pas d’antisémitisme dans sa ville.

Le rabbin Doron Achiel, dont la congrégation à Londres a des liens étroits avec la communauté juive à Porto, a déclaré qu’il ne se sent pas à l’aise dans la rue avec sa kippa et qu’il n’a pas connu de harcèlement. Ces propos ont été reitérés par Michael Rothwell, le porte-parole de la communauté de Porto, qui a déclaré que la synagogue et ses membres n’ont pas connu d’antisémitisme récemment.

Basée à Istanbul, Keren Mizrahi, a expliqué qu’elle espèrait pouvoir déménager à Porto pour cette raison même. Elle a demandé la citoyenneté portugaise en novembre et est actuellement en attente d’une approbation officielle.

« Mais ça vient », ajoutait-elle en hébreu alors qu’elle était assise dans le santuaire de la synagogue Mekor Haim. Elle espère que ses deux enfants adultes se joindront à elle.

La construction de la synagogue Mekor Haim, d’influence mauresque, la plus grande synagogue de la péninsule ibérique, a été achevée en 1938. Et pendant que les synagogues et les commerces juifs étaient réduits en fumée en Allemagne, les Juifs de Porto ont aidé les réfugiés à fuir les nazis.

L’architecture unique de la synagogue lui donne une grande partie de son charme unique. Inspirée par des synagogues marocaines, l’arche contenant les rouleaux de la Torah de la communauté est royale et complexe.

La structure entière, fabriquée à partir de bois, de marbre et de pierre, a été sculptée à la main et cela a pris plus d’une décennie à compléter, selon Rothwell, le porte-parole de la communauté. Les murs du sanctuaire, couverts de carreaux traditionnels portugais bleus, verts et violets et contiennent également des versets peints à la main des textes juifs sacrés, qui font écho à des thèmes sur le peuple juif et à la divinité de Dieu.

L'intérieur de la synagogue Mekor Haim, aussi connu comme la Synagogue Kadoorie, à Porto, au Portugal, le 28 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaim / Times of Israël)
L’intérieur de la synagogue Mekor Haim, aussi connu comme la Synagogue Kadoorie, à Porto, au Portugal, le 28 janvier 2016 (Crédit : Rachel Delia Benaim / Times of Israël)

Le deuxième étage des quatre étages de la synagogue contient à la fois la section des femmes et ce qui était autrefois une école religieuse.

C’est aujourd’hui un modeste musée de trois-pièces retraçant l’histoire juive locale. Les écoliers du nord du Portugal visitent la synagogue et le musée pendant les voyages scolaires pour apprendre des choses à propos de la religion juive et l’histoire. Un groupe de 75 étudiants a visité la synagogue la semaine dernière.

Il y a actuellement 100 Juifs vivant à Porto, provenant de 17 pays à travers le monde. La communauté entretient des liens étroits avec la communauté orthodoxe de Londres, et beaucoup des membres de son conseil d’administration et du comité religieux vivent au Royaume-Uni pour la majorité de l’année.

Alors qu’il y a deux ans, c’était compliqué de trouver un quorum pour la prière le vendredi soir, avec le soutien des Juifs britanniques et les campagnes de relations publiques locales, il y a maintenant des offices complets chaque Shabbat.

La communauté Porto se prépare à devenir une fois de plus une plaque tournante de la vie juive. En plus de la restauration de la synagogue et l’inauguration d’un nouveau mikvé chauffé, ou bain rituel, le conseil est dans le processus de création d’un cimetière juif en périphérie de la ville et l’ouverture d’une école religieuse.

Photo exposée dans le musée juif de Porto montrant les Juifs étant brûlé sur le bûcher au Portugal pendant l'Inquisition à Porto, au Portugal (Crédit : Rachel Delia Benaïm / Times of Israël)
Photo exposée dans le musée juif de Porto montrant les Juifs étant brûlé sur le bûcher au Portugal pendant l’Inquisition à Porto, au Portugal (Crédit : Rachel Delia Benaïm / Times of Israël)

« Je veux que ce soit non seulement une synagogue, mais aussi un centre de la communauté », a expliqué Isabelle Lopez, la présidente de la communauté et la petite-fille du fondateur légendaire de la synagogue, le capitaine Carlos Artur Barros Basto, le « Dreyfus portugais ».

Originaire de Boston, Jeff Rosenberg, qui a déménagé à Porto l’année dernière, est sceptique quant à la répercussion des lois sur la nationalité sur la communauté juive locale.

Pourtant, il a qualifié la synagogue inhabituellement pleine de « merveilleuse surprise ». S’identifiant culturellement comme un Juif, Rosenberg a apprécié le fait que le rabbin accueille tous les Juifs et a estimé que l’ensemble de la communauté « est très fière que ce bâtiment impressionnant et de l’héritage de l’histoire juive à Porto et au Portugal ».

Élie Devorah, un membre du conseil d’administration de la synagogue, qui a contribué à la revitalisation de la collectivité, a souligné le potentiel pour Porto de devenir un nouveau centre de la vie juive en pleine croissance de l’hostilité internationale envers les Juifs.

« La première fois que je suis entré dans la synagogue », a expliqué le résident britannique, « je me suis senti à la maison. Ceci est un endroit pour donner aux Juifs, tous les Juifs, le sentiment d’être à la maison ».

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