En conséquence de l’élection de Trump, les donateurs juifs financent des causes plus libérales
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'Dans l'environnement actuel, ils réalisent qu'ils ne peuvent pas se contenter de directement financer les arts'

En conséquence de l’élection de Trump, les donateurs juifs financent des causes plus libérales

Tout en courtisant les jeunes Juifs, les philanthropes commencent à diversifier leurs dons vers la sensibilisation politique

Le président du Jewish Funders Network Andres Spokoiny s'exprime lors de la conférence internationale du groupe, le 20 mars 2017 (Crédit : JFN/via JTA)
Le président du Jewish Funders Network Andres Spokoiny s'exprime lors de la conférence internationale du groupe, le 20 mars 2017 (Crédit : JFN/via JTA)

ATLANTA (JTA) — Pendant des décennies, la famille Lippman Kanfer a concentré ses activités de philanthropie sur les communautés juives locales et sur les initiatives nationales portant sur l’enseignement de la Torah – finançant des causes de la congrégation Anshe Sfard d’Akron, dans l’Ohio, ainsi qu’une école juive.

Mais depuis le 8 novembre, jour de l’élection, la famille évoque la possibilité d’apporter des fonds pour venir soutenir d’autres problèmes sociaux – les réfugiés, les droits de vote et l’engagement civique. Comme tant d’autres domaines, ses dons ont été bouleversés avec l’arrivée de l’administration de Donald Trump.

« Quand il s’avère que nous devons intensifier notre action, alors nous devons l’intensifier », dit Marcella Kanfer Rolnick, fondatrice et présidente de la Lippman Kanfer Foundation for Living Torah. « Nous sommes en train de voir comment la rendre plus forte rapidement, là où l’urgence exige de réagir vite ».

L’élection de Trump a poussé la famille Lippman Kanfer et d’autres importants donateurs juifs à revoir leurs dons en les dédiant à des causes nationales qui vont au-delà de la communauté juive. Les donateurs, dont certains ont d’ores et déjà financé des causes libérales, citent les divisions politiques du pays, les politiques mises en oeuvre par le président qui ciblent les minorités et la proposition de budgets fédéraux qui réduiront les fonds versés aux services sociaux et aux arts.

Mais le soutien apporté par Trump au choix des écoles pourrait aussi amener les donateurs à appuyer les écoles juives.

« Je ne pense pas que les fondations privées pourront venir à bout des coupes draconiennes effectuées dans les budgets fédéraux pour les services sociaux », estime Susie Gelman, qui préside le groupe politique de centre-gauche de l’Israël Policy Forum et dont la famille finance des programmes pour les Juifs entre la vingtaine et le trentaine. « Mais je pense que les donateurs peuvent être à la fois stratégiques et intelligents et former des partenariats pour tenter de gérer certains des secteurs qui sont actuellement menacés ».

Marcella Kanfer Rolnick, présidente et fondatrice de l'organisation Lippman Kanfer Foundation for Living Torah, explique que sa famille est en train de discuter de nouveaux dons à des causes nationales. (Autorisation : Kanfer Rolnick/via JTA)
Marcella Kanfer Rolnick, présidente et fondatrice de l’organisation Lippman Kanfer Foundation for Living Torah, explique que sa famille est en train de discuter de nouveaux dons à des causes nationales. (Autorisation : Kanfer Rolnick/via JTA)

Les discussions sur l’élection de Trump et ses retombées ont été largement évoquées lors de la récente conférence internationale du Réseau des Donateurs juifs. Plusieurs sessions ont été consacrées aux divisions politiques auxquelles il est nécessaire de mettre un terme et à la promotion du débat civil.

D’autres ont soulevé la question de la hausse perçue de l’antisémitisme et du besoin croissant de sécurité autour des institutions juives. Une session sur le financement gouvernemental et la communauté juive américaine a permis de comprendre que les réductions profondes des dépenses nationales et fédérales pourraient poser des problèmes aux groupes juifs qui oeuvrent dans les services sociaux.

L’intérêt porté au discours civil par les donateurs du réseau s’était accru durant la campagne électorale. Le groupe, qui sert de ressource et de pôle pour les donneurs juifs et les fondations, avait émis des directives dès le mois d’août concernant les conduites que devaient adopter les philanthropes. Ces principes impliquaient la nécessité de « prendre en considération et d’honorer les différents points de vue » et de « financer des changements positifs, et non l’hostilité ».

« Les donateurs eux-mêmes utilisent parfois leur pouvoir de financement pour avancer des positions idéologiques », déclare le président du réseau Andres Spokoiny. « Ils doivent [plutôt] apporter leurs fonds aux organisations et aux personnalités qui aident à renforcer le débat civil, qui créent des espaces pour le dialogue et la discussion ».

Plutôt que de venir compléter des budgets fédéraux réduits, certains donateurs prévoient de se mobiliser pour empêcher ces coupes budgétaires. La Fondation Nathan Cummings, qui finance déjà un certain nombre de groupes libéraux – dont des groupes juifs – espère encourager les groupes de lutte en faveur des minorités à s’unir autour d’un agenda commun de sensibilisation.

‘La philanthropie ne peut remplacer la dotation nationale pour les arts’

« La philanthropie ne peut venir remplacer la NEA », explique le président de la fondation, Sharon Alpert, se référant à la National Endowment for the Arts, le fonds national pour les arts.

« Ce que la philanthropie a toujours été prête à faire, c’est créer des partenariats avec le gouvernement pour montrer combien les actions et les programmes gouvernementaux sont importants dans nos vies. Nous devons nous engager plus profondément encore pour le démontrer ».

Mark Reisbaum, donateur d’initiatives artistiques juives et LGBT dans la Bay Area, dans le nord de la Californie, affirme que lui et d’autres donateurs qu’il connaît prévoient dorénavant d’octroyer des fonds à des politiciens qui soutiennent les arts.

« Pour de nombreux donateurs, les secteurs politiques et publiques au cours de ces dernières années étaient solidaires, cet environnement incluait leur manière de voir les choses, et ils n’avaient donc pas ressenti la nécessité de se rendre utiles dans cette sphère », dit-il. « Dans l’environnement actuel, ils réalisent qu’ils ne peuvent pas se contenter de directement financer les arts. Ils doivent également tenter d’influencer le secteur politique ».

Betsy DeVos et le président élu Donald Trump devant le Trump International Golf Club à Bedminster Township, dans le New Jersey, le 19 novembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)
Betsy DeVos et le président élu Donald Trump devant le Trump International Golf Club à Bedminster Township, dans le New Jersey, le 19 novembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)

Spokoiny note que les politiques de Trump peuvent aussi servir les intérêts des Juifs en raison du soutien apporté par la secrétaire à l’Education Betsy DeVos aux crédits de scolarité pour les écoles privées. Les leaders Juifs s’inquiètent depuis longtemps des frais de scolarité croissants, qui font des externats juifs des établissements souvent hors de prix.

« Il peut y avoir des choses positives en termes de financement », dit-il. « Le financement des écoles peut être stimulé par le gouvernement qui croit en la liberté de choix en terme d’établissement scolaire ».

Même des programmes juifs sans dimension politique ont dû procéder à des ajustements depuis que Trump est arrivé au pouvoir. PJ Library, un programme qui envoie des livres juifs aux enfants, a posté des directives sur sa page Facebook pour aider les parents à amorcer le dialogue sur les sujets de l’antisémitisme et de la haine avec leurs enfants.

Harold Grinspoon, the founder of PJ Library, reads one of the program's books with a gaggle of children. (photo credit: PJ Library/JTA)
Harold Grinspoon, fondateur de la PJ Library, lit l’un des livres de son programme en compagnie de plusieurs enfants (Crédit : PJ Library/JTA)

« Nous sommes terriblement attristés de voir ainsi perturber la vie des enfants et que les parents doivent affronter cette question et se préparer aux interrogations de leurs enfants », explique Winnie Sandler Grinspoon, présidente de la Fondation Harold Grinspoon, qui finance le programme, se référant aux 150 centres communautaires et institutions juives frappés par des alertes à la bombe depuis le début de l’année. « Mais si nous pouvons être des partenaires de confiance pour aider ces parents, alors c’est un sujet dont nous devons nous saisir ».

‘Les jeunes se considèrent comme des citoyens du monde et cela devient une identité très importante pour eux en plus de leur identité juive’

La lutte contre l’agenda de Trump peut être bénéfique pour les organisations désireuses de mobiliser des philanthropes plus jeunes. Michael Littenberg-Brown, 35 ans, président du groupe Council of Young Jewish Presidents – un consortium de jeunes donateurs – indique que sa génération est plus attirée par les groupes offrant un regard juif pour combattre ensuite les injustices mondiales, comme c’est le cas de l’HIAS, qui vient en aide aux réfugiés, ou de l’ADL (Anti-Defamation League), qui lutte contre l’antisémitisme.

« Ce qui est compliqué, c’est d’utiliser ce moment pour aider à créer un espace pour les jeunes donateurs », dit-il. « Les jeunes se considèrent comme des citoyens du monde et cela devient une identité très importante pour eux en plus de leur identité juive ».

Les donateurs estiment que même avec un glissement de dons vers des causes plus larges, les causes paroissiales de la communauté pourraient ne pas être touchées. Reisbaum indique que certains de ses amis philanthropes se sont engagés à donner plus, ce qui correspond aussi au pic boursier depuis l’élection de Trump.

“Pour certains, c’est comme de l’argent contaminé », dit-il. « Si j’ai ces biens mal acquis, je veux faire davantage avec eux ».

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