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"J'ai beaucoup donné à Netanyahu, je peux être dur avec lui"

Trump et Macron douteraient de l’engagement de Netanyahu pour la paix – média

Le président américain aurait dit à son homologue français qu'il est capable de traiter le Premier ministre israélien comme il a traité les Palestiniens

Le président français Emmanuel Macron son homologue américain Donald Trump aux Invalides à Paris, le 13 juiillet 2017. (Crédit : AFP/Bertrand Guay)
Le président français Emmanuel Macron son homologue américain Donald Trump aux Invalides à Paris, le 13 juiillet 2017. (Crédit : AFP/Bertrand Guay)

Le président américain aurait fait savoir qu’il pouvait se montrer « dur » avec Israël lors des négociations de paix comme il a pu l’être avec l’Autorité palestinienne (AP), selon un reportage israélien diffusé lundi.

Une pareille éventualité marquerait un changement significatif dans la manière dont les Etats-Unis ont géré les négociations de paix jusqu’à présent. Un certain nombre de concessions ont été faites en faveur d’Israël et des sanctions ont été adoptées contre Ramallah, ce qui a entraîné la colère des Palestiniens et le boycott, de la part de ces derniers, de la reprise des pourparlers de paix sous l’égide des Etats-Unis.

Selon un reportage diffusé sur la Dixième chaîne israélienne, qui a cité quatre diplomates occidentaux proches du dossier, Trump aurait déclaré au président français Emmanuel Macron, au cours d’un récent entretien, qu’il est prêt à exercer des pressions sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour qu’il accepte l’initiative de paix américaine une fois qu’elle sera révélée – de la même manière qu’il a exercé des pressions sur les Palestiniens.

« J’ai beaucoup donné à Netanyahu. J’ai transféré l’ambassade à Jérusalem… Nous donnons à Israël cinq milliards de dollars par an. Je peux me montrer dur avec Netanyahu en ce qui concerne le plan de paix, tout comme je l’ai été avec les Palestiniens », aurait dit Trump à Macron en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, au mois de septembre.

Il est difficile de savoir d’où vient exactement ce chiffre de cinq milliards de dollars. Les Etats-Unis versent actuellement 3,8 milliards de dollars par an à l’aide à la défense dans le cadre d’un protocole d’accord.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la rencontre hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 7 octobre 2018 (Crédit : AFP / POOL / ABIR SULTAN)

Lorsque Macron a répondu au dirigeant américain qu’il avait le sentiment que Netanyahu préférait le statu quo à un progrès vers un accord de paix, Trump aurait répondu : « Vous savez, Emmanuel, je ne suis pas loin de tirer la même conclusion ».

Répondant à ces informations, un responsable de la Maison Blanche a expliqué au Times of Israel que « le président estime que le Premier ministre s’est engagé à poursuivre la perspective d’une paix authentique et durable entre Israël et les Palestiniens ». Trump, a ajouté le responsable, « a confiance dans les actions menées par le Premier ministre ».

Ces propos auraient été prononcés trois jours avant que Trump, au cours d’une rencontre aux Nations unies avec Netanyahu, a indiqué préférer une solution à deux États pour régler le conflit israélo-palestinien, semblant signaler un changement de positionnement de l’administration qui a jusqu’à présent refusé d’approuver clairement cette formule.

Trump aurait également dit à Macron qu’il a adopté de fortes sanctions, ces derniers mois, envers l’AP – coupant des centaines de millions de dollars d’aide et faisant fermer la mission des Palestiniens à Washington – pour répondre au boycott palestinien de son administration, après la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

« Je me suis montré dur envers les Palestiniens parce qu’ils ne voulaient plus nous parler et que c’est inacceptable », aurait-il précisé.

Les responsables israéliens, pour leur part, se sont montrés inquiets lorsque Trump a déclaré, au mois d’août, qu’Israël paierait « un prix plus élevé » au cours des négociations de paix futures avec les Palestiniens, en raison de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat juif.

Le président américain Donald Trump salue ses supporters après avoir pris la parole à un rassemblement politique au centre civique de Charleston, en Virginie occidentale, le 21 août 2018 (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

« C’est une bonne chose de faite », avait commenté Trump durant un rassemblement de campagne en Virginie occidentale, le 21 août, en référence à sa reconnaissance de Jérusalem et au transfert de l’ambassade américaine dans la capitale, « parce que cette question n’est dorénavant plus à l’ordre du jour. Parce qu’à chaque fois qu’il y avait des négociations de paix, on bloquait sur la question de Jérusalem en tant que capitale. Alors j’ai dit : ‘Réglons cette question une bonne fois pour toutes’. Et vous savez quoi ? Lors des négociations, Israël devra payer un prix plus élevé, parce que le pays a déjà remporté quelque chose de très important ».

Les Palestiniens « vont obtenir quelque chose de très bien, parce que c’est leur tour. Voyons ce qui va se passer », avait-il ajouté.

Les responsables américains et israéliens avaient ultérieurement minimisé ces propos, de hauts responsables américains déclarant à la Dixième chaîne que « les Etats-Unis n’imposeront pas de conditions inacceptables à Jérusalem dans le plan de paix ».

Le conseiller national à la sécurité John Bolton, qui se trouvait en Israël à ce moment-là, avait indiqué aux journalistes qu’il n’y avait pas eu de « compromis » dans la décision américaine sur Jérusalem.

Le haut-conseiller à la Maison-Blanche Jared Kushner a expliqué lundi que le statu quo n’était « pas acceptable », et il a exprimé l’espoir que les responsables acceptent de faire des concessions des deux côtés.

« La situation ne fait qu’empirer. A un moment, les dirigeants vont devoir prendre des décisions courageuses et faire des compromis. Nous espérons trouver des leaders qui seront prêts à le faire », a confié le gendre de Trump à CNN durant une interview lors de la conférence « Citizen CNN » de la chaîne.

Jared Kushner interviewé par CNN le 22 octobre 2018 (Crédit : capture d’écran YouTube)

L’administration Trump a déclaré, dans le passé, que ni les Israéliens, ni les Palestiniens ne seraient « pleinement satisfaits » de son plan de paix au Moyen-Orient, qui est attendu depuis longtemps et dont le contenu est l’un des secrets les mieux gardés à Washington.

Même si l’administration a vanté les mérites de son plan depuis des mois, ses détails ont été soigneusement tus, et les Palestiniens, qui boycottent l’administration Trump, ont juré de ne pas coopérer aux actions menées par les Etats-Unis pour le mettre en oeuvre lorsqu’il sera rendu public.

Trump, qui a qualifié l’accord israélo-palestinien « d’accord ultime », a déclaré lors de sa rencontre avec Netanyahu, le mois dernier, que le plan de paix serait révélé dans les quatre mois à venir.

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