Trump : la vente du F-35 aux EAU est « en cours d’examen »
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Trump : la vente du F-35 aux EAU est « en cours d’examen »

Netanyahu confirme les informations selon lesquelles Meir Ben-Shabbat est passé outre Gantz pour demander directement au chef de l'armée de l'Air ce qu'il pensait de la vente

Deux nouveaux appareils F-35 atterrissent sur la base aérienne Nevatim, dans le sud d'Israël, le 14 juillet 2019. (Crédit : Armée israélienne)
Deux nouveaux appareils F-35 atterrissent sur la base aérienne Nevatim, dans le sud d'Israël, le 14 juillet 2019. (Crédit : Armée israélienne)

Mercredi, le président américain Donald Trump a confirmé que les États-Unis étudiaient la possibilité de vendre l’avion de combat furtif F-35 aux Émirats arabes unis. Son propos fait suite à des informations selon lesquelles les ventes d’armes faisaient partie intégrante de l’accord de normalisation conclu avec Abou Dhabi la semaine dernière.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a démenti qu’Israël avait donné son approbation à Washington pour vendre des systèmes d’armement avancés aux EAU, notamment le F-35 américain, dans le cadre de l’accord.

Pourtant, ces derniers mois, des hauts responsables israéliens ont étudié la possibilité de vendre le F-35 américain aux pays de la région.

Mercredi, la Treizième chaîne a rapporté que le chef du Conseil de sécurité national Meir Ben-Shabbat avait demandé en juin au chef de l’armée de l’Air Amikam Norkin la position israélienne sur les ventes de F-35 au Moyen-Orient. Il avait vaguement mentionné que les États-Unis envisageaient la vente.

Le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat donne une conférence de presse au sujet du COVID-19, à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 25 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Norkin a répondu qu’Israël s’oppose traditionnellement à de telles ventes.

La Treizième chaîne a rapporté que Ben-Shabbat n’avait pas suivi le protocole, qui lui aurait imposé de parler au bureau du ministre de la Défense Benny Gantz à ce sujet. Norkin n’a pas parlé au chef d’état-major Aviv Kohavi de la conversation, précisait le reportage.

Netanyahu a déclaré qu’il n’avait pas informé Gantz et d’autres officiels sur les négociations avec les Émirats arabes unis craignant des fuites et que le projet de formalisation des relations ne soit perturbé par les ennemis régionaux.

En réaction au reportage de la Treizième chaîne, le Bureau du Premier ministre a confirmé que la conversation avait eu lieu, déclarant qu’elle faisait partie « d’un dialogue continu entre des officiels de l’armée et le Conseil de sécurité nationale sur des centaines de sujets ».

Le Bureau a déclaré que quand l’armée avait informé Ben-Shabbat que sa position n’avait pas changé, « cette position traditionnelle a été transmise aux Américains par le Premier ministre ».

Interrogé lundi soir sur l’accord concernant le F-35 lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, Trump a déclaré au sujet des Émirats arabes unis : « Ils voudraient commander quelques F-35. C’est le meilleur avion de combat au monde… Ils voudraient acheter des F-35, nous verrons ce qui se passe. C’est en cours d’examen ».

Le président américain Donald Trump s’exprime lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche à Washington le 12 août 2020. (AP Photo/Andrew Harnik)

Et d’ajouter : « Ils ont clairement l’argent pour les payer. C’est bien parce que dans beaucoup de cas, quand nous faisons des accords, les pays avec lesquels nous traitons n’ont pas un sou. Nous leur donnons [en disant] ‘Et si vous nous remboursiez cela plus tard ?’ Mais ils ne paient jamais parce qu’ils n’ont pas d’argent ».

Mercredi, des officiels américains s’exprimant auprès du New York Times ont également démenti que la vente potentielle de F-35 était une contrepartie potentielle pour Abou Dhabi en échange de l’accord de paix avec Israël. Ils ont cependant reconnu que les efforts pour valider une telle vente avaient reçu un nouveau souffle grâce à l’accord de normalisation.

Mardi, le quotidien Yedioth Ahronoth, citant des sources américaines et émiraties, a rapporté que l’accord de la semaine dernière supervisé par les États-Unis contenait des références à la livraison au pays du Golfe d’armements avancés, notamment le F-35.

En outre, l’article rapportait que le Premier ministre avait conclu l’accord dans le dos des responsables israéliens de la Défense et qu’il n’aurait pas informé Gantz et le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, tous les deux d’anciens chefs de l’armée.

Mardi matin, Netayanhu a tweeté que le papier publié par le Yedioth Ahronoth était « de la pure désinformation ». Dans un communiqué, son bureau a déclaré que le Premier ministre était opposé à la vente des F-35 et d’autres armements avancés à n’importe quel pays au Moyen-Orient, même les pays arabes qui ont des accords de paix avec Israël.

Pourtant, un officiel émirati a déclaré à Yedioth mardi soir que Netanyahu avait donné son accord pour la vente d’armements, une décision qui pourrait compromette l’avantage stratégique militaire d’Israël dans la région.

Les États-Unis ont officiellement démenti l’information, alors qu’un communiqué de la Maison Blanche de mardi soir notait qu’il n’y avait aucun accord secret de ventes d’armes inclus dans l’accord entre Israël et les EAU.

Pourtant, l’ancien émissaire de la Maison Blanche pour la paix au Moyen-Orient Jason Greenblatt a semblé laisser entendre la possibilité d’un accord en coulisses pour qu’Israël retire son veto. « Je suis sûr que tout ce qui a pu se passer à huis clos fait sens, même si cela pourrait sembler plus flexible que dans le passé », a-t-il dit à la Radio de l’armée.

Dans la même veine, l’ambassadeur américain en Israël David Friedman a indiqué au Jerusalem Post mercredi que les États-Unis s’assureraient qu’Israël conserve son avantage militaire stratégique dans la région, si jamais le F-35 devait être vendu aux Émirats arabes unis. Si cette vente était possible théoriquement, la production et la livraison des avions « prendraient de nombreuses années ».

Après la guerre de Yom Kippour en 1973, le Congrès américain avait promis de préserver « l’avantage militaire qualitatif » d’Israël au Moyen-Orient en prenant en compte la position de Jérusalem avant de vendre des armes avancées aux voisins de l’État hébreu.

Cette promesse a empêché Trump, qui a développé des relations plus chaleureuses avec des pays du Golfe, de signer d’importants accords avec les EAU. Mais ce n’est plus le cas, a rapporté mardi matin le Yedioth, citant des officiels américains et émiratis.

Le ministre de la Défense s’exprime à des responsables locaux du sud d’Israël, le 19 août 2020. (Oded Karni/GPO)

Le rapport citait des sources anonymes estimant que le prince couronné et dirigeant de facto des EAU, Mohammed ben Zayed Al Nahyan, avait conditionné l’accord entier à l’inclusion d’une clause pour la vente d’armes.

Mardi, Gantz a promis de protéger l’avantage militaire qualitatif d’Israël à tout prix.

« L’avenir et [la] résilience d’Israël dépendent de deux choses : développer la paix et insister, sans aucun compromis, sur le maintien de notre supériorité militaire par rapport à chaque endroit au Moyen-Orient », a-t-il déclaré.

Ashkenazi a fait savoir lors d’une conférence de presse que « nous ne sommes pas au courant de la moindre promesse liée au secteur de la Défense dans le cadre de l’accord avec les EAU, et s’il y a eu [des promesses], elles ont été faites sans la consultation ou la connaissance de moi-même ou du ministère des Affaires étrangères ».

« L’avantage militaire de Tsahal est l’un des aspects les plus importants de notre sécurité », a-t-il ajouté.

Jeudi dernier, Israël et les Émirats arabes unis ont annoncé l’accord supervisé par les États-Unis. Les deux pays établissent des relations diplomatiques complètes en l’échange de la suspension des projets d’annexion par Israël de certaines parties de la Cisjordanie. Israël prévoyait de procéder unilatéralement à l’annexion de la vallée du Jourdain et d’implantations, sur la base du plan de paix américain.

L’accord fait des Émirats arabes unis le troisième pays arabe, après l’Égypte et la Jordanie, à entretenir des liens diplomatiques complets et actifs avec Israël. Le communiqué conjoint de jeudi précisait que les accords entre Israël et les EAU devaient arriver dans les prochaines semaines concernant des sujets comme le tourisme, la sécurité et le commerce.

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