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Tsahal escorte un bombardier US capable de transporter des bombes lourdes

Cette manoeuvre intervient dans un contexte de menaces croissantes de la part de Jérusalem et de Washington concernant le programme nucléaire iranien

Un avion de chasse israélien F-15 escorte un bombardier lourd américain B-1b à travers l'espace aérien israélien, le 30 octobre 2021. (Crédit : Tsahal)
Un avion de chasse israélien F-15 escorte un bombardier lourd américain B-1b à travers l'espace aérien israélien, le 30 octobre 2021. (Crédit : Tsahal)

Les avions de chasse F-15 israéliens ont escorté un bombardier lourd américain à travers la région alors qu’il se dirigeait vers le golfe Persique samedi, dans une menace apparente pour l’Iran.

« Ce vol représente la poursuite de la coopération opérationnelle avec les forces américaines dans la région », a déclaré Tsahal.

Des avions de chasse d’Israël, d’Arabie saoudite, du Bahreïn et de l’Egypte – soutiens de Washington et tous opposés à la République islamique d’Iran – ont volé aux côtés du B-1B « Lancer » dans leurs espaces aériens respectifs.

« La mission du bombardier (…) était de délivrer un message clair de réaffirmation » de la présence américaine, a indiqué samedi dans un communiqué le Commandement central de l’armée (Centcom), qui supervise les activités militaires américaines dans 20 pays du Moyen-Orient, d’Asie centrale et du Sud.

La patrouille a survolé les eaux du Golfe, le détroit de Bab-el-Mandeb, le canal de Suez, le golfe d’Oman et le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production pétrolière mondiale et que l’Iran considère comme une zone stratégique d’influence.

« L’état de préparation militaire pour tout événement imprévu ou toute mission – de la réponse à une situation de crise aux exercices multilatéraux en passant par des patrouilles de présence d’un jour comme celle-ci – dépend de partenariats fiables », a déclaré le général Kenneth McKenzie, chef du Centcom.

Il s’agit de la cinquième mission multilatérale du Centcom dans sa zone d’opérations cette année, alors qu’en janvier, un bombardier lourd B-52 dit « Stratofortress », pouvant transporter des armes nucléaires, avait déjà survolé le Moyen-Orient.

La mission d’escorte a eu lieu alors que les responsables israéliens et américains menacent de plus en plus d’agir contre le programme nucléaire de Téhéran, – l’Iran ayant bloqué les négociations indirectes avec les États-Unis à Vienne concernant un retour mutuel à l’accord nucléaire de 2015.

Ces dernières années, plusieurs incidents ont eu lieu entre les marines américaine et iranienne dans le Golfe et, depuis février, plusieurs navires liés à l’Iran ou à Israël ont été la cible de sabotages et d’explosions.

Début septembre, la cinquième flotte américaine, basée à Bahreïn, avait annoncé le lancement d’une nouvelle force opérationnelle – ou task force – intégrant des drones et de l’intelligence artificielle.

Cette manoeuvre intervient alors que l’Iran s’est dit prêt mercredi à reprendre les négociations en novembre pour sauver l’accord sur son programme nucléaire, après cinq mois d’impasse.

L’armée israélienne a partagé des photographies et des séquences vidéo du vol, montrant le bombardier américain B-1b, capable de transporter des bombes lourdes de type « bunker-buster » qui seraient nécessaires pour une frappe sur les installations nucléaires largement souterraines de l’Iran, aux côtés des jets F-15 israéliens.

Les responsables israéliens ont explicitement menacé d’une frappe militaire sur le programme nucléaire iranien, tandis que les Américains ont abordé la question, évoquant « d’autres options » que les négociations diplomatiques afin de mettre un terme aux aspirations atomiques de Téhéran.

Robert Malley. (Capture d’écran YouTube)

Après une tournée d’une semaine dans le Golfe et en Europe, l’émissaire américain pour l’Iran Rob Malley a en effet réaffirmé que Washington avait « d’autres options » pour empêcher Téhéran d’accéder à l’arme atomique – un avertissement déjà formulé mi-octobre par le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, qui avait laissé implicitement planer la menace militaire.

« Nous allons continuer à pousser pour la diplomatie même en prenant d’autres mesures, si nous nous trouvons dans une situation où cela est nécessaire », a dit Rob Malley à des journalistes. Il a ajouté que le gouvernement de Joe Biden continuait de penser que ce problème ne pouvait être « résolu que de manière diplomatique ». « Nous n’allons jamais fermer la porte à la diplomatie », a-t-il insisté.

Pour autant, il a aussi réitéré qu’il devenait de plus en difficile de sauver l’accord de 2015 censé empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, aussi connu par son acronyme anglais JCPOA, tant que le gouvernement iranien ne se décide pas à reprendre les négociations suspendues depuis juin. Cette « porte » là « ne va pas rester ouverte éternellement », avait-il mis en garde.

Il avait refusé de fixer une date-butoir, expliquant qu’il ne s’agissait pas d’un « compte-à-rebours chronologique » mais « technologique » : « à un moment donné, le JCPOA aura été trop vidé de son sens, car l’Iran aura fait des progrès irréversibles » en matière nucléaire.

« Certains critiquent les Etats-Unis lorsqu’ils évoquent un ‘plan B’. Mais le plan B qui se met en place sous nos yeux actuellement semble être celui de l’Iran, qui consiste à retarder les négociations tout en accélérant son programme nucléaire », a déploré Rob Malley.

Au début de cette année, le chef d’état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, a annoncé qu’il avait donné l’ordre aux militaires de commencer à élaborer de nouveaux plans d’attaque pour une telle opération, et la semaine dernière, le gouvernement aurait alloué des milliards de shekels pour rendre ces plans viables.

Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations unies le mois dernier, le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré que « le programme nucléaire iranien a atteint un moment décisif, tout comme notre tolérance. Les mots n’empêchent pas les centrifugeuses de tourner… Nous ne laisserons pas l’Iran acquérir une arme nucléaire. »

Le Times of Israel a appris que l’armée de l’air israélienne prévoit de commencer à simuler des frappes sur les installations nucléaires de l’Iran dans les mois à venir et que certains aspects du plan de frappe de l’armée de l’air israélienne, qui est encore au stade de « projet », pourraient être prêts dans un court laps de temps, tandis que d’autres prendraient plus d’un an pour être pleinement utilisables.

Un chasseur F-15 israélien escorte un bombardier lourd B-1b américain dans l’espace aérien israélien, le 30 octobre 2021. (Crédit : Tsahal)

Israël a mené à deux reprises des frappes aériennes sur les programmes nucléaires de pays ennemis, bombardant le réacteur nucléaire de l’Irak en 1981 et celui de la Syrie en 2007.

Cependant, on s’attend à ce qu’une attaque contre le programme nucléaire iranien soit largement plus compliquée, car Téhéran a réparti ses installations dans tout le pays, les a enfouies profondément sous terre et a financé un certain nombre de mandataires puissants dans toute la région qui riposteraient probablement contre Israël si une telle attaque devait être menée.

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