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Tsahal serait mal préparé aux attaques sur les installations de matières dangereuses

Un rapport d'Engleman révèle des "failles" concernant les menaces des drones et des données incomplètes sur les compétences de l'armée à réagir aux fuites de matières dangereuses

Les émissions de la zone industrielle de la baie de Haïfa, le 5 mai 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)
Les émissions de la zone industrielle de la baie de Haïfa, le 5 mai 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

Les forces de sécurité et d’intervention d’urgence ne seraient pas entièrement préparées à faire face à des attaques sur les nombreuses installations de matières dangereuses d’Israël en cas de guerre, selon un rapport du contrôleur de l’État publié mercredi.

Le bureau du contrôleur de l’État a constaté un certain nombre de défaillances dans le niveau de préparation de divers organismes – y compris celui de l’armée israélienne – en ce qui concerne la protection contre des attaques sur les installations de matières dangereuses et la réponse aux conséquences en cas de fuite.

La menace d’une attaque contre des installations de matières dangereuses a pris de l’ampleur ces dernières années, après que le chef du groupe terroriste libanais Hezbollah a menacé de viser des raffineries chimiques et pétrolières dans la baie de Haïfa afin de provoquer une explosion similaire à celle de Beyrouth en 2020. Pendant la guerre de 2006 contre Israël, le groupe avait déjà lancé des centaines de missiles sur Haïfa.

Le rapport indique qu’il y a « certaines failles » dans la préparation d’Israël à faire face à la menace de drones qui pourraient cibler des installations de matières dangereuses, sans donner plus de détails. Des responsables militaires ont déclaré cette semaine qu’ils avaient constaté une tendance à la multiplication des attaques de drones iraniens ces dernières années, tendance qu’ils ont nommée le « terrorisme des drones » iraniens.

En réponse au rapport, l’armée a déclaré que son Commandement du Front intérieur considérait que « la manipulation des matières dangereuses était d’une grande importance » et qu’elle s’efforcerait de  » faire appliquer les recommandations du rapport du contrôleur, sous réserve des ressources disponibles et des priorités. »

Toutefois, Tsahal a affirmé que 99 % des installations de matières dangereuses étaient physiquement protégées en cas d’attaque.

L’armée a évoqué la guerre d’onze jours contre les groupes terroristes dans la bande de Gaza, en mai 2021, comme un exemple de son « haut niveau de préparation » pour faire face aux attaques sur le front intérieur. Au cours de ce conflit, l’oléoduc Eilat-Ashkelon avait été touché par un missile et avait pris feu, brûlant pendant plusieurs heures et suscitant des craintes que des matières dangereuses ne soient propagées par les flammes.

Une épaisse fumée émanant de l’oléoduc Eilat-Ashkelon, après avoir été touché par une roquette le 12 mai 2021, près d’Ashkelon (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Le contrôleur de l’État Matanyahu Englman a déclaré avoir constaté que le Directorat de la planification de Tsahal et l’Autorité de gestion des urgences nationales du ministère de la Défense n’avaient pas fait de mise à jour de l’évaluation de la menace sur le front intérieur depuis 2016. L’armée israélienne a toutefois insisté sur le fait qu’elle avait fait cette mise à jour en janvier 2021 et qu’elle était valable pour les quatre prochaines années.

Sans préciser le contenu exact de l’évaluation mise à jour, Tsahal a déclaré que le Commandement du Front intérieur « examinait aussi de temps en temps la politique en réponse à l’évolution des menaces, et prend les mesures nécessaires. »

Englman a déclaré que les données relatives à la capacité du Commandement du Front intérieur de l’armée israélienne de faire face à une situation impliquant des matières dangereuses étaient incomplètes.

Dans sa réponse, l’armée a déclaré que tous les bataillons du Commandement du Front intérieur s’entraînent selon les normes établies par Tsahal, y compris pour répondre aux incidents liés aux matières dangereuses. « Les lacunes seront comblées dans le courant des deux années à venir. Le Commandement du Front intérieur les considère comme étant d’une grande importance », a déclaré l’armée israélienne.

Le contrôleur d’État Matanyahu Englman s’exprime lors d’une conférence à Jérusalem, le 17 février 2022. (Crédit : Autorisation)

Englman a également constaté que le ministère de la Protection de l’environnement n’avait pas encore terminé une étude d’évaluation des risques pour la zone de la baie de Haïfa, où se trouvent plusieurs installations de matières dangereuses. Il a également constaté que six des neuf casernes de pompiers qui disposent d’équipes d’intervention en cas de danger n’étaient pas suffisamment préparées selon les normes établies par les services d’incendie et de secours israéliens.

Le rapport indique également que l’unité de cyber-défense ne s’était pas préparée aux scénarios de cyberattaques contre des installations de matières dangereuses considérées comme ne faisant pas partie des infrastructures critiques. En 2020, Israël a été confronté à plusieurs cyberattaques visant son système de distribution d’eau.

« La guerre en Ukraine devrait servir d’avertissement en ce qui concerne le niveau de préparation d’Israël à la guerre », a déclaré Englman, faisant peut-être référence aux attaques de la Russie contre des centrales nucléaires au cours de son invasion de l’Ukraine.

« Les guerres ne font pas partie du passé. En corrigeant ces lacunes et en appliquant les recommandations du rapport, Israël sera mieux préparé à faire face à une éventuelle agression », a-t-il ajouté.

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