Tsahal table sur 3 semaines de plus pour nuire à toute l’industrie de défense de l’Iran
Selon les autorités, l'armée est en avance sur son programme mais il reste encore des milliers de cibles ; Tsahal évoque une baisse du moral des soldats iraniens
Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les manoeuvres israéliennes, dans le cadre de la guerre conjointe avec les États-Unis contre l’Iran, se déroulent comme prévu, plus vite même que ce qui était annoncé, ont déclaré dimanche des membres des autorités militaires, les frappes contre l’industrie de défense iranienne devant s’intensifier au même rythme que les opérations destinées à faire baisser les tirs de missiles sur Israël.
Malgré cette avance, l’armée dit se préparer au bas mot à trois semaines de plus d’opérations en Iran, car il lui reste des milliers de cibles à atteindre, à Téhéran comme ailleurs dans le pays.
« Nous avons encore des milliers de cibles à atteindre », a déclaré dimanche à CNN la porte-parole de Tsahal, le brigadier-général Effie Defrin. « Nous sommes prêts, en coordination avec nos alliés américains, à aller au moins jusqu’à Pessah, qui tombe dans trois semaines environ. Et nous avons d’autres projets, plus en profondeur, pour trois semaines encore après. »
Après les frappes israéliennes sur la tête du régime iranien, qui ont déclenché la guerre le 28 février dernier et tué le guide suprême iranien Ali Khamenei ainsi qu’une quarantaine de hauts responsables, puis les frappes contre des lanceurs de missiles balistiques et des systèmes de défense aérienne, Tsahal se concentre désormais sur la destruction de l’industrie militaire iranienne, selon les autorités militaires.
Elles expliquent que la campagne actuelle contre l’Iran est très différente de celle de la guerre de 12 jours de juin 2025, mais aussi nettement plus étendue.
Lors du précédent conflit, Israël avait fait en sorte de contrer la « menace existentielle » de l’Iran, à savoir ses travaux en vue de se doter de l’arme nucléaire et sa production de missiles balistiques. Le conflit d’aujourd’hui permet à Tsahal de se débarrasser de la « menace existentielle iranienne » mais aussi de la « menace stratégique […] pendant un certain temps », expliquent les autorités.
L’armée israélienne souhaite endommager la totalité de l’industrie de défense iranienne, capacités balistiques comprises, au-delà de son seul programme nucléaire.
L’industrie de défense iranienne est vaste, avec de nombreux organismes militaires et entreprises privées qui fabriquent des systèmes d’armes — ou composants — dont des missiles balistiques, des défenses aériennes, des armes navales, des capacités cybernétiques, et même des satellites espions.
Israël a déjà ciblé l’industrie militaire iranienne, notamment en octobre 2024 lorsque l’armée de l’air israélienne a bombardé des mélangeurs utilisés pour fabriquer le combustible solide requis par les missiles balistiques à longue portée. Pendant la guerre de 12 jours de juin 2025, Israël a de nouveau frappé des emprises servant à construire des missiles balistiques, des systèmes de défense aérienne et d’autres armes.
Désormais, expliquent les autorités, l’armée israélienne a décidé de n’épargner aucune installation de fabrication de matériels de guerre, d’un bout à l’autre de la chaîne de production.
Pour l’heure, depuis le début de la guerre actuelle, Israël a touché plus de 1 700 actifs de l’industrie militaire iranienne : il lui resterait des centaines d’autres actifs sur sa liste.
Il s’agit par exemple des grandes entreprises appartenant au Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran — qui fabriquent les missiles balistiques iraniens et d’autres armes — ainsi que les petites entreprises qui développent des composants.
Selon les autorités militaires israéliennes, les frappes ont causé de tels dégâts à l’industrie iranienne de production de missiles balistiques qu’elle ne serait plus en capacité de fabriquer de nouveaux missiles.
Israël s’en prend également au programme nucléaire iranien en frappant des cibles liées au développement d’armes atomiques, notamment des sites de recherche et développement et des entreprises qui. leur construisent des composants.
Mais, soulignent les autorités, les frappes en Iran continuent de viser les « centres de pouvoir », et notamment les quartiers généraux et centres de commandement des forces responsables de la répression des manifestations contre le régime — les forces de sécurité intérieure et la force paramilitaire Basij.
L’armée israélienne estime entre 4 000 et 5 000 le nombre de soldats iraniens tués par les frappes israéliennes, sans compter des dizaines de milliers de blessés – en majorité des membres des forces de sécurité intérieure et du Basij.
L’armée a également noté une baisse du moral des soldats iraniens, des refus de servir et des désertions, notent les autorités militaires. Ce serait surtout le cas au sein de la composante des missiles balistiques, ajoutent les autorités, les frappes contre des centres de commandement habités et des quartiers généraux de substitution s’étant traduites par une baisse très sensible des tirs de missiles vers Israël, ces derniers jours.
L’armée de l’air israélienne continue de « traquer » les lanceurs de missiles iraniens, dont elle a détruit des dizaines d’exemplaires ces derniers jours, certains d’entre eux armés pour s’en prendre à Israël.
Jusqu’à présent, l’armée revendique la destruction ou la désactivation de près de 70 % des quelque 500 lanceurs de missiles balistiques iraniens, mais il est relativement simple pour l’Iran de construire de nouveaux lanceurs, comme cela a été le cas après la guerre de juin 2025.
Les frappes se poursuivent également contre les systèmes de défense aérienne iraniens. Dans les premières 24 heures de la guerre, Tsahal assure s’être rendu maître de l’espace aérien en certains endroits en Iran, ce qui a permis des frappes à grande échelle à Téhéran et dans d’autres zones avec un moindre risque pour ses pilotes de chasseurs.
Selon les autorités militaires, l’armée de l’air israélienne détient désormais la suprématie aérienne dans la majeure partie de l’espace aérien iranien, après avoir détruit plus de 100 systèmes de défense aérienne et près de 120 systèmes de détection.
Les autorités militaires israéliennes ajoutent que Tsahal continuera à lutter contre la Force Qods, la branche extra-territoriale du CGRI, que ce soit en Iran ou au Liban.
Israël est entré en guerre contre l’Iran, aux côtés des États-Unis, dans le but d’affaiblir les capacités militaires du régime iranien, de réduire les menaces à distance posées par l’Iran et de « créer les conditions » pour que le peuple iranien renverse le régime, ont déclaré l’armée et d’autres dirigeants israéliens.







