Tué par sa voiture en 2016, l’acteur juif Anton Yelchin cachait une maladie
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Tué par sa voiture en 2016, l’acteur juif Anton Yelchin cachait une maladie

Le documentaire "Love, Antosha" est une plongée dans la vie du prolifique acteur, réalisateur, musicien et photographe dont les parents avaient fui la Russie soviétique

Anton Yelchin était également un photographe avide et réalisateur expérimental. (Crédit : Lurker Films/via JTA)
Anton Yelchin était également un photographe avide et réalisateur expérimental. (Crédit : Lurker Films/via JTA)

JTA — Quand l’acteur Anton Yelchin s’est fait écraser par sa Jeep contre une colonne en briques devant son domicile en juin 2016, la première réaction du public fut le choc.

Laissé en position « stationnement », le véhicule — un modèle ayant fait l’objet de rappels pour des défaillances techniques — a reculé dans l’allée et embroché l’acteur juif de 27 ans, le blessant mortellement.

Anton Yelchin, Américain d’origine russe, fut ensuite rapidement commémoré comme un artiste respecté pour sa carrière prolifique débutée à l’âge de 11 ans seulement et composée de près de 50 films et plusieurs séries télé.

« Anton, tu étais brillant. Tu étais gentil. Tu étais drôle. Et tellement talentueux. Tu n’es pas resté ici assez longtemps. Tu vas me manquer », avait ainsi réagi à l’époque le réalisateur juif J.J. Abrams, qui a dirigé l’acteur dans deux films de la saga « Star Trek ».

C’est sur cela et bien plus que se penche « Love, Antosha » — un nouveau documentaire sur la vie du comédien. Il s’agit de l’histoire fascinante d’un acteur issu de parents immigrés, qui a fait preuve d’un talent remarquable dès le plus jeune âge et l’a étendu à différents arts, de la photographie à la réalisation en passant par la musique.

De bout en bout, le documentaire démontre clairement qu’Anton Yelchin approchait sa vie et son travail avec une grande conscience de lui — le tout alors qu’il luttait contre une maladie grave, restée cachée au public, et même à une grande partie de ses amis, jusqu’à après son décès.

Né le 11 mars 1989 à Leningrad (St. Pétersbourg) à la fin de l’ère soviétique, il est le fils de deux anciens patineurs artistiques professionnels, Victor et Irina, qui officiaient dans le Ballet sur glace de Leningrad.

À la recherche de nouvelles opportunités et voulant fuir l’antisémitisme enraciné de la fin de l’ère soviétique, la famille quitte le pays pour les États-Unis, s’installant à Los Angeles quand le futur acteur était encore bébé.

Les parents d’Anton Yelchin, Viktor et Irina, en compagnie de l’actrice Sofia Boutella à l’avant-première de « Love, Antosha » à Hollywood, le 30 juillet 2019. (Crédit : Valerie Macon/AFP/Getty Images/via JTA)

« Il était leur vie », a expliqué le réalisateur du documentaire, Garret Price, à la Jewish Telegraphic Agency. « Ils ont tout abandonné pour lui ».

Anton Yelchin démarre sa carrière d’acteur alors qu’il n’est encore qu’adolescent, avec les séries « Urgences », « Esprits criminels » et « New York Unité spéciale » notamment. Peu de temps après, il passe au grand écran, avec « Terminator » et les franchises « Star Trek » en 2009, il n’a alors que 20 ans. Il apparaît également dans des films indépendants comme « Alpha Dog », « À la folie » et « Only Lovers Left Alive ».

Le film se penche en grande partie sur sa carrière d’acteur, mais ne s’arrête pas à ça : on peut voir Anton Yelchin faire de la musique et tourner des films étranges, expérimentaux. (Il a même joué dans un groupe punk du nom de The Hammerheads [Les Têtes de marteaux], et ses photographies ont fait l’objet d’une exposition posthume l’année dernière dans une galerie de new-yorkaise.)

« La femme du diplomate », écrit et réalisé par Victor Levin, avec Anton Yelchin dans le rôle de Brian Bloom et Bérénice Marlohe dans celui d’Arielle. (Autorisation IFC Films)

« Love, Antosha » aborde même les fantasmes sexuels du comédien disparu, qui aimait explorer les recoins sordides de Los Angeles. L’acteur Simon Pegg le qualifie de « cochon », tandis que Jennifer Lawrence raconte une histoire grivoise hilarante au sujet de la fois où Anton Yelchin s’est retrouvé assis à côté du top model Cindy Crawford dans un avion (trop salace pour être détaillé ici).

L’artiste a également passé sa vie à combattre dans l’ombre une mucoviscidose. Dans le documentaire, on le voit partager ses inquiétudes dans des lettres à ses parents. D’après Garret Price, sa maladie était si bien gardée que même le réalisateur Drake Doremus, qui a donné à l’acteur le rôle principal de son film « À la folie » et a beaucoup voyagé avec lui pour en faire la promotion, ne s’en doutait pas une seule seconde.

Les parents d’Anton ont fourni à l’auteur du documentaire de nombreuses photos, lettres et films de famille, qu’ils ont archivés depuis la mort de leur fils.

« Ils m’ont en quelque sorte donné les clés de son royaume », indique Garret Price, monteur de longue date qui fait ici ses débuts à la réalisation.

L’acteur Anton Yelchin. (Crédit : Lurker Films/via JTA)

De nombreux acteurs et réalisateurs de premier plan — dont J.J Abrams, Jennifer Lawrence, Kristen Stewart et les autres acteurs de « Star Trek » Chris Pine, Simon Pegg et Zoe Saldana — se sont confiés devant la caméra.

Les lettres qu’il a écrites à ses parents, qui se terminent par les salutations qui forment le titre du film [« Avec amour, Anton »], sont lues par une voix  bien reconnaissable : celle de Nicolas Cage, qui a partagé l’affiche de « La sentinelle » avec le jeune prodige en 2014.

« Anton l’aimait, a adoré travailler avec lui et le respectait comme acteur », explique Garret Price, qui ajoute que l’idée de faire lire les lettres par Nicolas Cage était celle d’Irina Yelchin.

« J’ai instinctivement saisi la relation [qu’Anton] avait avec parents, notamment sa maman… j’ai fini par articuler tout mon film autour de cette relation », explique celui qui n’a pourtant jamais rencontré Anton Yelchin.

Anton Yelchin au Festival du film de Tribeca à New York, le 19 avril 2014 (Crédit : Larry Busacca/Getty Images/JTA)

Quant à sa foi, Anton Yelchin semble ne pas avoir été pratiquant, et ses parents, qui avaient fui les persécutions liées à leur judaïsme, « ont plutôt préféré éviter d’en parler » dans les entretiens menés pour le documentaire, d’après son réalisateur.

Anton Yelchin a interprété une poignée de rôles de Juifs, notamment celui de Zack Mazursky, tiré de la vie de Nicholas Markowitz, victime de meurtre, dans le film de 2006 « Alpha Dog ». Il a également fait une apparition dans la saison 4 de « Larry et son nombril » où il incarne un magicien adolescent se jouant de Larry David. (À l’inverse, il a joué le fils de Mel Gibson en 2011 dans « Le Complexe du castor », une comédie dramatique qui signait le grand retour de l’acteur australien après des controverses d’antisémitisme.)

D’après un magazine, Anton Yelchin alors âgé de 20 ans portait une étoile de David et une khamsa autour du cou.

Anton Yelchin a commencé sa carrière d’acteur à l’âge de 11 ans. (Crédit : Lurker Films/via JTA)

« Tout cela est important pour moi. Ma famille porte l’étoile de David depuis longtemps, et je suis juif… La khamsa, c’est juste que ça me plaît, c’est israélien », expliquait-il alors.

Lorsque son père est devenu entraîneur de patinage artistique après s’être installé aux États-Unis, il a entraîné le patineur olympique juif Sasha Cohen.

Le documentaire n’aborde que très peu le décès de l’acteur, qui a donné lieu à un arrangement judiciaire entre sa famille et Fiat Chrysler Automobiles. L’argent obtenu a permis de financer l’œuvre et a servi à la Anton Yelchin Foundation, qui vient en aide à de jeunes artistes dont la carrière est entravée par une maladie invalidante ou un handicap.

« Il a tant fait en si peu de temps, et ce sur quoi je voulais vraiment me concentrer », conclut Garret Price. « Je savais que je voulais que ce film se consacre à sa vie et pas à sa disparition, car Anton était l’incarnation de l’expression ‘croquer la vie à pleines dents' ».

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