Tunnels du Hezbollah : Tsahal appelle du renfort
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Tunnels du Hezbollah : Tsahal appelle du renfort

Israël se prépare à de possibles représailles de la part du Hezbollah après le lancement de l’opération de destruction des tunnels du groupe terroriste

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un transporteur blindé israélien de personnel et un poste commandement se dirigent vers la frontière avec le Liban, le 4 décembre 2018 (Crédit :  JALAA MAREY / AFP)
Un transporteur blindé israélien de personnel et un poste commandement se dirigent vers la frontière avec le Liban, le 4 décembre 2018 (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

Mardi, l’armée israélienne a appelé un petit contingent de réservistes, en préparation à d’éventuelles représailles de la part du Hezbollah après le lancement de l’opération pour trouver et détruire les tunnels d’attaque transfrontaliers. Ces tunnels ont été creusés à l’intérieur du territoire israélien, selon Tsahal.

Des tanks, des canons d’artillerie et véhicules blindés de transport de troupes supplémentaires ont également été repérés sur les autoroutes en direction du nord d’Israël.

Pourtant, mardi soir, l’armée israélienne n’a pas souhaité avoir massivement recours à l’aide des réservistes. Tsahal a plutôt opté pour une mobilisation des unités de défense aérienne et d’ingénierie de combat, comme l’armée israélienne a l’habitude de le faire lors des périodes de tensions et d’agitation accrues.

Un porte-parole de l’armée israélienne a d’ailleurs souligné que la mobilisation était « très réduite », mais a refusé de donner le nombre précis de soldats rappelés.

Les réservistes du Corps d’ingénierie de combat doivent participer aux recherches et à la destruction des tunnels creusés par le groupe terroriste. De leur côté, les unités de l’Armée de l’air ont été mobilisées afin de renforcer les ressources humaines au niveau des batteries de défense aérienne d’Israël. On estime que le Hezbollah dispose d’un arsenal d’environ 100 000 roquettes et missiles – arsenal supérieur à de nombreux pays européens.

Mardi, Tsahal a annoncé avoir découvert « le premier de certainement beaucoup » de tunnels d’attaque transfrontaliers creusés par le Hezbollah, dans le cadre de sa nouvelle Opération bouclier du nord.

Le tunnel a été découvert au sud de la ville israélienne de Metulla le long de la frontière libanaise. L’armée a expliqué qu’il mesure environ 200 mètres et qu’il pénétrait d’environ 40 mètres dans le territoire israélien.

Selon l’armée israélienne, le tunnel partait d’en dessous d’une maison dans le village libanais de Kafr Kila.

L’armée a souligné que le tunnel n’était pas encore opérationnel et qu’il ne présentait pas une menace immédiate aux résidents de la zone.

Il s’agissait du premier tunnel que Tsahal a annoncé avoir découvert dans le cadre de l’Opération bouclier du nord.

« A l’heure actuelle, après la découverte du tunnel, les soldats israéliens mènent des examens d’ingénierie et opérationnels avant de le neutraliser », a déclaré l’armée dans un communiqué.

Tsahal a refusé de commenter sur la manière dont il souhaitait détruire le tunnel. Certains ont évoqué l’idée qu’il pourrait être rempli avec du béton afin de le condamner. Dans le passé, l’armée israélienne a également utilisé des explositfs pour démolir des tunnels.

Même si, pour l’instant, les activités de l’armée sont limitées à la partie israélienne de la Ligne bleue – la ligne d’armistice reconnue internationalement et qui fait office de frontière de facto entre Israël et le Liban. Ronen Manelis, porte-parole de Tsahal, a indiqué que d’autres tunnels pourraient être aussi détruits à l’intérieur du Liban.

Des soldats israéliens montent la garde sur la frontière israélo-libanaise aux abords du village de Metulla, le 4 décembre 2018 (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

« Nous sommes parés à toutes les options, et l’opération n’en est qu’à son premier jour. La destruction des tunnels n’aura pas forcément lieu à l’intérieur de notre territoire », a-t-il déclaré.

Des analystes de la défense ont prévenu que s’il est peu probable que le Hezbollah ne réagisse tant que Tsahal mènera ses activités à l’intérieur d’Israël, le groupe terroriste soutenu par l’Iran pourrait bien riposter si la destruction de tunnels se produit sur son territoire ou si cela conduit à la mort de certains de ses membres.

Tsahal a expliqué que le tunnel était creusé à environ 25 mètres de profondeur. Il mesurait deux mètres de hauteur et deux mètres de largeur. Le tunnel est donc sensiblement plus grand que la plupart de tunnels creusés par le groupe terroriste du Hamas à Gaza.

Selon l’armée israélienne, il a fallu plus de deux ans pour le creuser – à cause du terrain difficile sous la frontière – et qu’il contenait des lignes électriques, de communication et un système de ventilation.

« Le Hezbollah a utilisé des équipements industriels afin de creuser ces tunnels. Nous commençons à évaluer et à analyser nos découvertes », a expliqué Conricus aux journalistes.

Une pelleteuse militaire israélienne est à l’œuvre à la frontière avec le Liban dans la ville de Metulla, au nord d’Israël, le 4 décembre 2018. (AP Photo/Ariel Schalit)

Dans un tweet en anglais, l’armée a précisé que le tunnel avait été creusé « avec l’intention de s’attaquer aux civils israéliens ».

Tsahal a aussi rappelé que les tunnels transfrontaliers constituaient « une violation flagrante et claire de la souveraineté israélienne ».

L’armée s’est félicitée de la découverte des tunnels. Selon Conricus, le programme du Hezbollah pour construire une infrastructure souterraine est resté « ultra secret » au sein de l’organisation terroriste.

Le porte-parole de l’armée israélienne a déclaré que les efforts israéliens pour trouver et détruire des tunnels du Hezbollah ont aussi été gardés en comité restreint.

« Tout était très cloisonné. Seules les personnes concernées connaissaient cette opération », a déclaré Conricus.

La dimension secrète de l’opération a pris fin mardi, avec le lancement public de l’Opération bouclier du nord pour découvrir et détruire les tunnels.

Cette photo prise le 4 décembre 2018 depuis le village de Kfar Kila, au sud du Liban, montre une vue des machines israéliennes opérant derrière le mur frontalier en Israël (D). (Crédit : Ali DIA / AFP)

« Nous essayons de les étouffer dans le nid », a déclaré Conricus.

Tsahal a expliqué qu’il pensait que les tunnels avaient une vocation offensive, contrairement aux bunkers souterrains utilisés par le Hezbollah pendant la guerre de Liban de 2006, qui étaient utilisés pour des mesures défensives.

« Cela faisait partie de la dimension de surprise du plan du Hezbollah », a déclaré Conricus.

Selon l’armée israélienne, il y a environ sept ans, le Hezbollah a créé une unité de forces spéciales – connue comme l’unité Radwan – avec la mission spécifique d’infiltrer le territoire israélien pour y provoquer autant que chaos et de destruction que possible. Il est tout aussi important de faire des dégâts en Israël que du « symbole » que représenterait la présence de troupes menant des attaques à l’intérieur d’Israël.

L’opération de mardi a été lancée alors que les tensions à la frontière nord d’Israël se sont renforcées ces derniers jours et quelques heures après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait le déplacement à bruxelles pour rencontrer le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo afin discuter de l’Iran et des tunnels du Hezbollah.

Vendredi dernier, le groupe terroriste libanais a publié une vidéo d’avertissement à Israël avec apparemment de nombreuses images satellites et les lieux précis de sites stratégiques de l’état juif, avec un message : « Attaquez et vous le regretterez ».

Capture d’écran d’une vidéo d’avertissement du Hezbollah montrant apparemment des images satellite d’une base militaire israélienne, avec une cible en surimpression et ses coordonnées (Capture d’écran/Youtube)

La vidéo a été postée après une possible frappe israélienne sur des cibles iraniennes et du Hezbollah en Syrie la veille.

La vidéo, avec des sous-titres en hébreu, commence avec des images de combattants du Hezbollah en train de se préparer à lancer des roquettes. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avertit que le groupe terroriste répondrait à n’importe quelle attaque contre le Liban.

Toute la journée de mardi, les responsables israéliens de la sécurité ont tenu des rencontres pour évaluer les risques d’avoir à gérer la réaction possible du Hezbollah à l’opération de Tsahal.

Le porte-parole de Tsahal en langue arabe a appelé les membres du Hezbollah et les civils libanais à garder leurs distances vis-à-vis des tunnels. « Vous aurez été prévenus », a-t-il écrit sur Twitter.

Un porte-parole de la FINUL, la force de maintien de la paix de Nations unies, qui a pour mission de faire appliquer la Résolution 1701, a déclaré au Times of Israël qu’il savait que Tsahal lançait l’Opération bouclier du nord et qu’il maintenait un contact avec « tous les interlocuteurs pertinents pous s’assurer que les parties utilisent les mécanismes de liaison et de coordination de la FINUL afin de maintenir le calme et la stabilité ».

« La situation dans la zone d’opération de la FINUL reste calme », a déclaré le porte-parole, notant que la force de maintien de la paix a renforcé ses patrouilles dans la zone.

Israël explique depuis longtemps que le Hezbollah se prépare à mener des raids transfrontaliers dans un conflit futur, avec l’objectif spécifique d’attaquer et de contrôler une ville à proximité de la frontière. Les résidents du nord ont soulevé la crainte que des tunnels d’attaque étaient creusés sous la frontière, ce qui a poussé l’armée israélienne à lancer une enquêter pour répondre à ces inquiétudes en 2014.

« L’objectif principal [du Hezbollah] est de tuer autant de personnes que possible dans des villages [israéliens] et dans des bases de l’armée », a souligné un officier israélien plus tôt cette année, dans un briefing aux journalistes sur la situation à la frontière libanaise.

L’opération israélienne a commencé mardi avant le lever du soleil. L’armée a déclaré que la zone autour de la communauté de Metulla était une zone militaire fermée, sans donner d’instructions spéciales aux civils israéliens sur place.

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