Décès de Tzvi Tal, ancien juge à la Cour suprême, à l’âge de 94 ans
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Décès de Tzvi Tal, ancien juge à la Cour suprême, à l’âge de 94 ans

Le juge religieux a présidé une commission sur la conscription des Haredim ; il a condamné le gardien nazi John Demjanjuk et l'espion du nucléaire Mordechai Vanunu

L'ancien juge de la Cour suprême Tzvi Tal à la Knesset à Jérusalem, le 17 novembre 2009. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
L'ancien juge de la Cour suprême Tzvi Tal à la Knesset à Jérusalem, le 17 novembre 2009. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Tzvi Tal, ancien juge de la Cour suprême qui a supervisé le procès du gardien nazi John Demjanjuk et qui a dirigé une commission chargée de réglementer le service militaire différé pour les étudiants ultra-orthodoxes de yeshiva, est décédé mardi à l’âge de 94 ans.

Le pouvoir judiciaire a indiqué dans un communiqué que les funérailles de Tal commenceraient à 18h mardi dans le quartier de Givat Shaul à Jérusalem.

Né dans une famille hassidique en Pologne en 1927, la famille de Tal s’est installée en Israël lorsqu’il avait huit ans. Il a étudié à la yeshiva Bnei Akiva de Kfar Haroeh avant de rejoindre le groupe paramilitaire Haganah, puis l’armée israélienne.

Après avoir terminé ses études de droit à l’Université hébraïque en 1953, Tal a travaillé comme avocat jusqu’en 1978, date à laquelle il a été nommé juge au tribunal de district de Jérusalem.

Il a fait partie du panel de juges qui, en 1988, a reconnu Demjanjuk coupable de crimes de guerre en tant que gardien du camp de la mort de Treblinka pendant la Shoah, et l’a condamné à mort. La condamnation a été annulée par la Cour suprême cinq ans plus tard, après que de nouvelles preuves ont mis en doute l’identification de Demjanjuk comme « Ivan le Terrible » de Treblinka.

Plus tard, Tal a déclaré qu’il était « sûr à 100 % » que l’identification était correcte, mais il a ajouté que même les criminels nazis méritaient une défense juridique de qualité.

« Même si le diable est jugé, le diable a besoin du meilleur avocat de la défense, et s’il n’a pas une défense adéquate, il n’y aura pas de procès », a-t-il déclaré.

Tal a également présidé des affaires concernant la conversion réformée et l’ouverture d’une rue principale de Jérusalem traversant des quartiers haredi le jour du Shabbat.

L’ancien juge de la Cour suprême Tzvi Tal à la Knesset à Jérusalem, le 20 décembre 2010. (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

Il a condamné l’espion nucléaire Mordechai Vanunu pour espionnage et trahison en 1988, mais a écrit plus tard dans ses mémoires que l’État était allé trop loin en empêchant la publication des détails du procès et en maintenant Vanunu en isolement pendant une longue période.

Il est devenu juge à la Cour suprême en 1994 et y a siégé pendant trois ans, jusqu’à sa retraite à l’âge de 70 ans.

En tant que seul juge religieux et conservateur pendant ces années, Tal s’est souvent retrouvé en minorité. Il a été le seul juge à s’opposer au droit d’Alice Miller, en tant que femme, de participer au cursus de pilotage de l’armée de l’air israélienne (il a déclaré plus tard qu’il aurait peut-être statué différemment dans le contexte actuel), et le seul juge à s’opposer à la condamnation pour incitation au racisme d’un homme qui avait écrit un article soutenant Baruch Goldstein, qui a massacré 29 Palestiniens à Hébron.

Il a ensuite reproché à la Cour suprême de ne pas être suffisamment diversifiée, ne comptant qu’un seul juge religieux, un juge d’origine mizrahi et un juge arabe pendant des décennies : « Tant qu’il n’y a qu’une seule chaise, on peut dire que c’est un cache-misère. Je cherche plus de diversité. »

En 1999, Tal a été nommé à la tête d’une commission éponyme qui a formulé des recommandations à la Knesset, qui ont abouti à la loi dite Tal réglementant un report du service militaire pour les étudiants de yeshiva haredi – une question très controversée dans la communauté ultra-orthodoxe, où beaucoup s’opposent à servir dans l’armée.

Des manifestants ultra-orthodoxes bloquent une route alors qu’ils protestent contre l’arrestation d’un déserteur de l’armée à Jérusalem, le 28 novembre 2018. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

Pour la première fois, la loi exigeait des étudiants de yeshiva qui souhaitaient travailler qu’ils effectuent d’abord une courte période de service dans l’armée ou dans le cadre du service national. Toutefois, la Haute Cour de justice a annulé la loi en 2012, arguant qu’elle ne respectait pas le principe d’égalité.

« Ce que les gens ne comprennent pas, c’est qu’il est impossible de parvenir à une égalité totale dans une communauté à la fois », a déclaré Tal au quotidien Haaretz en 2006. « Il existe des inégalités entre différentes communautés – minorités, handicapés, femmes. L’égalité est une valeur très importante, mais le chemin qui y mène est parfois semé d’embûches qui prennent du temps [à surmonter]. Il est préférable de parvenir à une égalité limitée, en visant à ce que l’inégalité se réduise au fil du temps. »

En 2005, Tal a vivement critiqué le plan d’évacuation de toutes les implantations de la bande de Gaza, et a fustigé la Haute Cour pour avoir rejeté les pétitions contre ce plan.

« C’est tout simplement une injustice, déraciner les gens de leurs maisons », avait-il déclaré à l’époque, ajoutant que, s’il avait été soldat, il aurait refusé l’ordre d’évacuation. « La Cour suprême n’a pas agi de manière raisonnable. Cela m’a définitivement déçu. Je ne sais pas comment les juges s’expliquent ça. »

Tal était marié à Chana et ils ont eu six enfants, dont l’un est mort pendant la guerre de Kippour en 1973.

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