UE : Des députés fustigent l’envoi d’un représentant à l’investiture de Raissi
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UE : Des députés fustigent l’envoi d’un représentant à l’investiture de Raissi

Neuf eurodéputés estiment que la présence d'Enrique Mora lors de la cérémonie contredit les valeurs de l'Union européenne, critiquant les violations des droits de l'Homme en Iran

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le secrétaire-général adjoint de l'EEAS (European External Action Service) Enrique Mora lors de l'investiture du nouveau président de l'Iran, Ebrahim Raissi, au parlement iranien de Téhéran, le 5 août 2021. (Crédit :  ATTA KENARE / AFP)
Le secrétaire-général adjoint de l'EEAS (European External Action Service) Enrique Mora lors de l'investiture du nouveau président de l'Iran, Ebrahim Raissi, au parlement iranien de Téhéran, le 5 août 2021. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

Neuf membres du parlement européen ont écrit une lettre à Josep Borrell, responsable de la politique étrangère du bloc, critiquant la décision d’envoyer un représentant de l’UE à Téhéran lors de l’investiture du nouveau président de la république islamique, Ebrahim Raissi.

« Envoyer une représentation d’une telle importance à l’investiture d’un président aux antécédents obscurs, en cette période délicate, entre en contradiction avec l’engagement pris par l’Europe de prôner et de défendre les droits de l’Homme », ont écrit les députés.

Les parlementaires qualifient dans la missive la victoire remportée par Raissi aux élections, au mois de juin dernier, « d’imposture », ajoutant que ce dernier a « des antécédents épouvantables de responsabilité personnelle dans les violations faites aux droits de l’Homme les plus atroces ».

Borrell a envoyé le principal représentant de l’Union européenne dans les négociations sur l’accord sur le nucléaire qui ont lieu à Vienne, Enrique Mora, à la cérémonie.

« Honorer la cérémonie d’investiture du président Raissi par la présence de l’un des diplomates européens les plus éminents de l’Union européenne est indigne », ont-ils continué. « Et cela semble d’autant plus incongru au vu du rôle déterminant tenu par M. Mora dans la coordination des pourparlers sur le nucléaire qui ont lieu à Vienne. Sa présence risque de donner l’impression que la principale préoccupation de l’UE est l’accord sur le nucléaire, au point d’ignorer les graves violations faites en Iran aux droits de l’Homme. Alors que des manifestations massives dénonçant le régime se tiennent sur tout le territoire iranien, l’UE semble ignorer la voix des Iraniens. »

« Nous devons avoir une discussion sur la manière d’appréhender l’Iran à l’avenir », déclare le député suédois à l’origine de la lettre, David Lega, au Times of Israel. « Que ce soit à cause de la guerre informatique lancée par les Iraniens, de leur irrespect total des droits de l’Homme mais également de la menace sécuritaire qu’ils font peser sur un grand nombre de pays autour d’eux et, non des moindres, sur Israël ».

Le secrétaire-général adjoint de l’EEAS (European External Action Service) Enrique Mora, à droite, et le leader du groupe terroriste palestinien du Hamas, Ismail Haniyeh, à gauche, lors de l’investiture du nouveau président de l’Iran, Ebrahim Raissi, au parlement iranien de Téhéran, le 5 août 2021. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Envoyer Mora en Iran « transmet un message complètement erroné à l’Iran », continue Lega, qui s’exprime depuis la Suède lors d’un entretien téléphonique.

Lega, ancien nageur paralympique qui détient plusieurs records du monde, explique que la prochaine étape sera de voir la réponse apportée par Borrell à la lettre et de discuter du problème entre membres de la commission des Affaires étrangères de l’Union européenne.

Il ajoute qu’il est prématuré de bloquer les décisions prises par l’Union au sujet de l’Iran et que la missive vise plutôt à lancer un débat plus sérieux sur les politiques que le bloc doit mettre en place vis-à-vis de la république islamique.

« Si nous croyons vraiment ce que nous disons au sujet des valeurs européennes en termes de droits de l’Homme, en termes de respect de l’État de droit, alors nous devons aussi en apporter la preuve dans nos agissements », souligne-t-il.

David Lega au Gala sportif suédois au Ericsson Globe de Stockholm, le 13 janvier 2014. (Crédit : Frankie Fouganthin, CC BY-SA 4.0)

Avant la cérémonie d’investiture, le ministère israélien des Affaires étrangères avait estimé que la décision prise par l’UE d’envoyer un représentant était une démonstration « honteuse » de « manque de jugement ».

Raissi, âgé de 60 ans, un ultra-conservateur radical et extrême, a été investi mardi dernier dans ses fonctions par le Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, et il a prêté serment devant le Parlement deux jours plus tard.

La décision européenne « est déroutante et affiche un certain manque de jugement », avait expliqué le ministère israélien dans un communiqué.

« Cette participation d’un représentant de l’UE à la cérémonie survient deux jours après que l’Iran a tué deux civils – dont l’un était originaire d’un État-membre de l’UE – dans un acte de terrorisme commis à l’encontre de la navigation civile », avait-il ajouté.

Israël, le Royaume-Uni et les États-Unis ont attribué à la république islamique la responsabilité de l’attaque d’un pétrolier qui naviguait au large d’Oman, une attaque qui a fait deux morts – un gardien de la sécurité britannique et un ressortissant roumain qui était membre d’équipage. Le bateau était exploité par Zodiac Maritime, une entreprise appartenant à un Israélien.

Cette photo du 2 janvier 2016 montre le pétrolier Mercer Street, battant pavillon libérien, au large du Cap, en Afrique du Sud (Johan Victor via AP).

Israël avait aussi déploré la participation de l’UE « dans la mesure où le nouveau président iranien, dans les faits, a les mains entachées du sang de milliers de citoyens » de la république islamique. L’État juif avait estimé que la présence du diplomate européen « apporte une légitimité à l’attaque commise contre le pétrolier et à la politique agressive menée par le régime des Ayatollahs ».

« La flatterie et la soumission aux régimes totalitaires violents n’entraînent que plus de violence et d’agression », avait noté le communiqué du ministère.

Raissi est sur la liste noire des responsables iraniens sanctionnés par Washington en raison de son implication dans les « répressions violentes » exercées dans le cadre de mouvements de protestation dans le pays et de sa participation à « l’exécution extrajudiciaire de milliers de prisonniers politiques en 1988. »

Amnesty International accuse Raissi, surnommé « le boucher » d’avoir joué un rôle déterminant en tant que procureur de la « commission de la mort » ayant exécuté des milliers de prisonniers – ce que le groupe des droits de l’Homme a qualifié de « crime contre l’Humanité ».

Un responsable des Nations unies chargé d’enquêter sur les droits de l’Homme en Iran a soutenu, le mois dernier, le lancement d’une enquête indépendante sur le rôle tenu par Raissi dans ces exécutions massives ordonnées par l’État.

Ce religieux, un ancien disciple de Khamenei, est considéré par de nombreux observateurs comme le président le plus « compatible » avec le Guide suprême depuis que Khamenei a pris ce rôle en 1989.

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