UE: Netanyahu n’a pas remis en cause le respect de l’accord nucléaire de l’Iran
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UE: Netanyahu n’a pas remis en cause le respect de l’accord nucléaire de l’Iran

Le Premier ministre n'a pas remis en cause le respect par l'Iran de l'accord de 2015, affirme la cheffe de la politique étrangère de l'Union européenne, Federica Mogherini

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) tient une conférence de presse conjointe avec Federica Mogherini, chef de la politique étrangère de l'Union européenne, à Bruxelles, en Belgique, le 11 octobre 2017. (Avi Ohayon / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) tient une conférence de presse conjointe avec Federica Mogherini, chef de la politique étrangère de l'Union européenne, à Bruxelles, en Belgique, le 11 octobre 2017. (Avi Ohayon / GPO)

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a estimé que les affirmations lundi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur l’Iran ne remettaient pas « en cause » le respect par Téhéran de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien.

« Nous devons évaluer les détails de la déclaration du Premier ministre », a réagi Mme Mogherini, dans une déclaration lundi soir, après que M. Netanyahu a affirmé disposer de nouvelles « preuves concluantes » d’un plan secret que l’Iran pourrait activer à tout moment pour se doter de la bombe atomique.

Mme Mogherini a également souligné l’importance d’obtenir une évaluation de ces affirmations par l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) qui « est la seule organisation internationale impartiale et internationale chargée de surveiller les engagements nucléaires de l’Iran ».

Mais « ce que j’ai vu dans les premiers rapports, c’est que le Premier ministre Netanyahu n’a pas remis en cause le respect par l’Iran des engagements du JCPOA », acronyme de l’accord de 2015 entre l’Iran et six grandes puissances internationales, a dit la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères.

« Je n’ai pas vu d’arguments du Premier ministre Netanyahu pour le moment sur un non-respect, c’est-à-dire une violation par l’Iran de ses engagements nucléaires », a-t-elle insisté.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a réitéré mardi n’avoir « aucune indication crédible d’activités en Iran liées au développement d’un engin nucléaire après 2009 », en réponse aux accusations israéliennes.

Un porte-parole de l’AIEA a déclaré à l’AFP que le conseil des gouverneurs avait « déclaré avoir achevé son examen de cette question » après le rapport qui lui avait été présenté en décembre 2015.

Avec l’accord de 2015, l’Iran a obtenu la levée temporaire d’une partie des sanctions internationales et étrangères – américaines notamment – visant son système économique et financier en échange d’une réduction de son programme nucléaire controversé, destinée à prouver que la République islamique ne cherche pas à obtenir la bombe atomique.

La communauté internationale est suspendue à la décision du président américain Donald Trump qui a fixé au 12 mai la date butoir pour choisir ou non de dénoncer l’accord de 2015, qu’il qualifie d’“horrible pour les Etats-Unis”.

Selon M. Netanyahu, les preuves dont il a fait état montrent que cet accord était fondé « sur les mensonges iraniens » et que l’Iran avait failli à ses obligations en ne faisant pas la lumière sur ses activités passées.

L’accord nucléaire « n’est pas basé sur des hypothèses de bonne foi ou de confiance », a souligné Mme Mogherini, « il est basé sur des engagements concrets, des mécanismes de vérification et un contrôle très strict des faits, effectué par l’AIEA » dont les rapports montrent que « l’Iran s’est pleinement conformé à ses engagements ».

Pour Paris, les affirmations lundi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur l’Iran plaident en faveur du maintien de l’accord sur le nucléaire iranien, a estimé mardi le ministère français des Affaires étrangères.

« La pertinence de cet accord est renforcée par les éléments présentés par Israël : toutes les activités liées au développement d’une arme nucléaire sont interdites par l’accord, de manière permanente ; le régime d’inspections de l’AIEA mis en place grâce à l’accord est, lui, l’un des plus exhaustifs et des plus robustes dans l’histoire de la non-prolifération nucléaire », souligne, dans un communiqué, le porte-parole du ministère.

« Les nouvelles informations présentées par Israël pourraient également confirmer la nécessité d’assurances de plus long terme sur le programme iranien, comme le Président de la République l’a proposé », ajoute-t-on de même source.

Le président Emmanuel Macron défend l’accord mais s’est aussi dit pour un accord élargi : il a souhaité de nouvelles discussions « sur le contrôle de l’activité nucléaire après 2025″ et le programme balistique de l’Iran ».

« Ces informations devront être évaluées en détail », est-il indiqué dans le communiqué du Quai d’Orsay.

Mais « en première analyse, elles confirment qu’une partie du programme nucléaire iranien, comme la France et ses partenaires l’avaient relevé dès les premières révélations de l’été 2002, n’avait pas de finalités civiles », estime le porte-parole.

C’est ce constat qui avait poussé à la négociation de l’accord de 2015 – le plan d’action global commun ou Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) – entre l’Iran et six grandes puissances internationales, est-il souligné dans le communiqué.

« Il est essentiel que l’AIEA puisse continuer à vérifier le respect du JCPOA par l’Iran et le caractère pacifique » de son programme nucléaire, affirme le porte-parole, en souhaitant que l’AIEA ait « un plein accès aux informations présentées par Israël » et en appelant l’Iran à « une totale coopération ».

« Tout cela soulève évidemment des questions sur la crédibilité de l’Iran », a déclaré un diplomate européen au Times of Israel lundi soir, immédiatement après que Netanyahu a terminé sa présentation, dans laquelle il a détaillé les armes nucléaires de l’Iran, telles qu’elles sont documentées jusqu’en 2015 dans les archives de l’Iran, obtenues par les services de renseignements israéliens. « Mais nous avons conclu l’accord nucléaire précisément parce que nous ne faisons pas confiance aux Iraniens, pas parce que nous les considérions comme très dignes de confiance. »

Plus tard lundi, la cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne, Federica Mogherini, a également fait valoir que six puissances mondiales ont conclu un accord nucléaire avec l’Iran précisément parce que Téhéran a menti sur ses programmes secrets d’armes nucléaires.

L’accord « a été mis en place précisément parce qu’il n’y avait pas de confiance entre les parties, sinon nous n’aurions pas exigé la mise en place d’un accord sur le nucléaire », a-t-elle précisé.

L’accord « est basé sur des engagements concrets, des procédures de vérification et un contrôle très strict des faits, effectué par l’AIEA », a-t-elle poursuivi. L’AIEA a certifié au moins 10 fois que « l’Iran a pleinement respecté ses engagements » dans le cadre de l’accord actuel, a-t-elle ajouté.

« Et dans tous les cas, si une partie ou un pays dispose d’informations de non-conformité, de quelque nature que ce soit, il peut et doit adresser et canaliser ces informations vers les structures appropriées, légitimes et reconnues ».

Mogherini préside la « Commission mixte » instituée dans le cadre de l’accord avec l’Iran, chargée de surveiller la mise en œuvre de l’accord et qui s’est réunie le 16 mars à Vienne. « Nous avons mis en place des dispositifs pour répondre à d’éventuelles préoccupations », a-t-elle dit.

Dans le but d’amener la communauté internationale à abandonner son soutien à l’accord nucléaire sous sa forme actuelle, Netanyahu a déclaré lundi soir qu’il révélait « une preuve nouvelle et concluante du programme secret d’armes nucléaires que l’Iran cache depuis des années à la communauté internationale dans ses archives nucléaires secrètes ».

Il a également déclaré que l’Iran avait violé l’accord en omettant de dire la vérité sur le programme d’armes nucléaires illicites qu’il avait secrètement mis au point.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présente les dossiers obtenus par Israël, qui prouvent que l’Iran a menti sur son programme nucléaire, au ministère de la Défense à Tel Aviv, le 30 avril 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Citant quelques uns de ces 100 000 documents obtenus par l’agence d’espionnage du Mossad, Netanyahu a montré que l’Iran travaillait effectivement à l’obtention d’une bombe nucléaire.

« Nous savons depuis des années que l’Iran avait un programme secret d’armes nucléaires appelé Projet Amad. Nous pouvons maintenant prouver que le projet Amad était un programme complet de conception, de construction et d’essais d’armes nucléaires », a déclaré M. Netanyahu. « Nous pouvons aussi prouver que l’Iran stocke secrètement le matériel du projet Amad pour l’utiliser à un moment de son choix pour développer des armes nucléaires. »

L’accord actuel est « épouvantable » et « n’aurait jamais dû être conclu », a-t-il dit, indiquant qu’il espérait que le président américain Donald Trump annoncerait bientôt son retrait de l’accord s’il ne peut être corrigé. « Je suis sûr qu’il fera ce qu’il faut. Ce qui est bon pour les États-Unis, ce qui est bon pour Israël et ce qui est bon pour la paix dans le monde », a-t-il ajouté.

Après sa présentation des archives iraniennes, qu’il a déclaré avoir déjà partagé avec les États-Unis, Netanyahu a téléphoné au président français Emmanuel Macron et à la chancelière allemande Angela Merkel pour les tenir au courant de l’évolution des services de renseignement du Mossad.

Après sa présentation des archives iraniennes, qu’il a déclaré avoir déjà partagé avec les États-Unis, Netanyahu a téléphoné au président français Emmanuel Macron et à la chancelière allemande Angela Merkel pour les tenir au courant concernant la prise du Mossad.

Il va envoyer des « équipes professionnelles » à Berlin et à Paris pour partager les informations qu’il a partiellement révélées lundi. Ce qu’il a présenté, a-t-il dit, n’était qu’un « échantillon ».

Netanyahu s’est également entretenu avec le président russe Vladimir Poutine. D’après un document fourni par le Kremlin, Moscou n’était pas du tout impressionné. « L’accord, qui est d’une importance capitale pour assurer la stabilité et la sécurité internationales, doit être strictement respecté par toutes les parties », a déclaré M. Poutine à Netanyahu.

Plus tôt lundi, Poutine a parlé à Macron des mérites de l’accord avec l’Iran. « Les présidents russe et français ont appelé à la préservation et à la mise en œuvre stricte de l’accord », a déclaré le Kremlin.

Netanyahu prévoit également de s’entretenir avec les dirigeants de la Grande-Bretagne et de la Chine, les autres signataires de l’accord avec l’Iran, dans les jours à venir, selon son bureau.

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