Ukraine : Moshe Azman approuve le siège du Capitole
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Ukraine : Moshe Azman approuve le siège du Capitole

Moshe Azman - dont le titre de grand-rabbin est controversé - compare l'assaut violent au coeur de la démocratie américaine au soulèvement récent contre le gouvernement pro-russe

Le grand rabbin d'Ukraine Moshe Azman, fondateur de la communauté d'Anatevka près de Kiev, en Ukraine, le 29 février 2016. (Crédit : R. Litevsky/autorisation du bureau du rabbin Moshe Azman)
Le grand rabbin d'Ukraine Moshe Azman, fondateur de la communauté d'Anatevka près de Kiev, en Ukraine, le 29 février 2016. (Crédit : R. Litevsky/autorisation du bureau du rabbin Moshe Azman)

JTA — Le rabbin Moshe Azman, un éminent religieux ukrainien lié à plusieurs proches du président américain Donald Trump au cœur du scandale de « l’Ukrainegate », l’année dernière, a approuvé l’assaut violent du Capitole qui a eu lieu mercredi à Washington – dont l’objectif était d’empêcher la certification du président démocrate-élu Joe Biden – en le comparant aux affrontements survenus dans le cadre de la propre révolution pro-démocratie dans son pays.

Suite à l’assaut du Capitole par des partisans de Trump, Azman, rabbin hassidique revendiquant le titre de grand-rabbin ukrainien – ils sont plusieurs – a écrit sur Facebook que « le Maïdan a commencé aux Etats-Unis », en référence aux manifestations vastes qui avaient entraîné le départ du président pro-russe Viktor Yanukovych en 2014.

« Ceux qui manifestent contre les fraudes électorales massives sont entrés dans la capitale. Que Dieu bénisse l’Amérique », disait sa publication.

Yaakov Dov Bleich, qui est, lui aussi, grand-rabbin d’Ukraine et qui est le seul reconnu comme tel par le Congrès juif mondial et par le Congrès juif européen, a pris ses distances face aux propos tenus par Azman.

« Le rabbin Azman ne fait qu’exprimer sa propre opinion », a déclaré Bleich. Je ne pense pas que les Juifs ukrainiens aient un positionnement face à la politique des Etats-Unis, ou qu’ils doivent en adopter un ».

Au mois de mai 2019, Azman avait été photographié alors qu’il se trouvait à Paris en train de fumer des cigares avec l’avocat personnel de Trump, Rudy Giuliani, ce qui n’avait fait qu’alimenter les rumeurs à Kiev sur le fait que le représentant du président et ses proches utilisaient le rabbin pour couvrir des activités illicites de lobbying en Ukraine.

Le rabbin Habad de Kiev Moshe Azman (à gauche) rencontre l’avocat Rudy Giuliani à Paris le 21 mai après que ce dernier ait annulé son voyage prévu en Ukraine. Le 13 mai, Azman a annoncé sur Facebook qu’il allait demander à Giuliani d’être le maire honoraire du hameau d’Anatevka. (Facebook)

Cette rencontre entre les deux hommes avait semblé être arrangée par Lev Parnas et Igor Fruman, deux proches Juifs de Giuliani qui ont été liés à ces efforts de lobbying.

Une procédure d’impeachment avait été ouverte contre Trump au mois de décembre 2019 après des informations qui avaient fait savoir qu’il avait poussé son homologue ukrainien, le président Volodymyr Zelensky, à enquêter sur Biden et sur son fils Hunter lors d’un entretien téléphonique entre les deux dirigeants, cinq mois plus tôt. Au cours de cet appel, Trump avait demandé à Zelensky, qui est Juif, d’enquêter sur Hunter Biden, qui était accusé de s’être mal comporté lorsqu’il était membre du conseil d’administration d’une firme ukrainienne qui était alors soupçonnée de corruption. Le sénat avait acquitté Trump au mois de février.

Selon l’OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project), un réseau international de journalisme qui travaille sur les questions de corruption politique, Giuliani devait prononcer un discours rémunéré lors d’une collecte de fonds en faveur du projet Anatevka, lancé par Azman, au mois de mai 2019. Anatevka, qui porte le nom du shetl du « Violoniste sur le toit », est un complexe fermé accueillant des Juifs qui avaient été déplacés par la guerre dans l’est de l’Ukraine.

Parnas et Fruman, qui siègent au conseil d’administration d’Anatevka, avaient rencontré Zelensky en marge de cette soirée de collecte de fonds, avait indiqué l’organisation. Mais Giuliani avait annulé son voyage en raison de la vive attention portée à l’affaire par le public et la rencontre ne s’était jamais concrétisée.

Il était parti à Paris où il avait rencontré un certain nombre d’éminentes personnalités ukrainiennes – des entretiens organisés par Parnas et Furman. Il avait également vu Azman pendant deux heures.

Des réfugiés juifs à Anatevka célèbrent l’ouverture de la nouvelle synagogue de la communauté, le 29 février 2016. (Crédit du Bureau du rabbin Moshe Azman)

Azman, un fervent soutien de Trump, avait remis une clé géante à Giuliani en le déclarant « maire honoraire d’Anatevka. » Azman avait précédemment déclaré au média d’information Hromadske qu’il priait pour le président américain « tous les samedis », en raison du soutien apporté par ce dernier à Israël.

Cinq personnes sont mortes – l’une d’entre elles parce qu’elle avait été blessée par balle – lors des violences de mercredi, qui ont entraîné l’évacuation des députés du Capitole. Plusieurs personnes auraient été hospitalisées et notamment un policier. Des dizaines de députés de la Chambre et du sénat contestaient les résultats des élections du mois de novembre qui, selon Trump, lui ont été frauduleusement volées en faveur de Biden.

Bleich a rejeté, pour sa part, toute comparaison entre ce qui était arrivé en Ukraine en 2013-2014 et les événements de mercredi.

Le rabbin Yaakov Dov Bleich, grand-rabbin ukrainien. (Capture d’écran : YouTube)

« Les Etats-Unis sont une démocratie forte, avec des contre-pouvoirs et il n’y a aucun élément permettant de comparer ce qu’il s’est passé au Maïdan », a déclaré Bleich. « De nombreuses personnes sont troublées par l’élection et notamment moi-même », a-t-il ajouté, disant que de son point de vue, « il semble bien que Trump ait gagné et que les démocrates aient volé la victoire ».

Ce qui « entraîne une frustration et bouleverse beaucoup de gens, dont le rabbin Azman. Mais il n’y a aucune place pour la violence là-dedans », a-t-il continué.

La revendication d’Azman du titre de grand-rabbin est contestée, notamment par le Congrès juif mondial qui a indiqué, en 2005, dans un communiqué que ce titre, pour le rabbin, n’avait été approuvé « par aucune autorité rabbinique » .”

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