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Ukraine: Un homme d’affaires juif aurait financé des actes de vandalisme antisémites

L’oligarque ukrainien Pavel Fuks est accusé d’avoir payé des habitants pour apposer des croix gammées à Kahrkiv et Kiev ; il indique avoir agi sous la contrainte d'agents russes

Le mémorial de Babi Yar à Kiev, en Ukraine, dégradé et recouvert de croix gammées, en Septembre 2014. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Le mémorial de Babi Yar à Kiev, en Ukraine, dégradé et recouvert de croix gammées, en Septembre 2014. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

Un oligarque en lien avec la Russie aurait payé des Ukrainiens pour apposer des croix gammées dans la ville de Kharkiv, quelques mois avant l’invasion russe.

À l’appui de l’information rendue publique mercredi, le magazine Rolling Stone cite plusieurs sources identifiant l’oligarque en question comme étant Pavel Fuks, homme d’affaires juif ukrainien enrichi grâce à des entreprises russes.

Fuks, qui aurait détenu la citoyenneté russe par le passé, aurait été approché par des agents russes et incité à payer des hommes de main – 500 à 1 500 dollars chacun – par le biais d’intermédiaires, pour vandaliser les rues de Kharkiv avec des symboles nazis.

Selon l’information, les faits se seraient produits de décembre à février, jusqu’à ce que les troupes russes envahissent l’Ukraine, le 24 février dernier.

L’information cite plusieurs autres Ukrainiens, dont l’ancien kickboxeur Oleg Plyush, lequel aurait confirmé que Fuks avait employé des intermédiaires afin d’identifier des personnes disposées à commettre les actes antisémites de vandalisme.

L’information cite un responsable américain, s’exprimant sous couvert d’anonymat, qui aurait confirmé les accusations, affirmant que les activités de Fuks étaient bien connues de toute la communauté du renseignement américain.

La Russie a indiqué à plusieurs reprises que l’invasion de l’Ukraine était une « opération militaire spéciale » destinée à « démilitariser et dénazifier » le pays, des affirmations largement rejetées par la communauté internationale.

Plyush, qui s’en serait pris à Fuks au sujet du stratagème, a déclaré à Rolling Stone que l’homme d’affaires avait indiqué « ne pas avoir eu le choix », d’avoir été sommé de jouer le jeu ou d’arrêter de faire des affaires en Russie.

Il a indiqué avoir été personnellement informé de trois cas de graffitis antisémites payés avec l’argent de Fuks, précisant même que la campagne avait été étendue à la capitale, Kiev.

Plyush s’est déclaré prêt à témoigner sous serment de ses rencontres avec Fuks et de sa connaissance du projet.

Fuks a refusé de commenter l’information.

Les accusations portées contre Fuks sont surprenantes, compte tenu de son ascendance juive et des dons faits par l’intéressé à des organisations juives en Ukraine, y compris au Mémorial de la Shoah Babyn Yar à Kiev.

S’il était confirmé, le projet pourrait faire partie d’une action russe de plus grande ampleur destinée à utiliser des symboles antisémites pour semer le trouble.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une cérémonie au monument en mémoire des victimes juives des massacres nazis à Kiev, capitale du pays, le 29 septembre 2021. (Crédit : Bureau de la présidence ukrainienne via AP)

L’ex-général du KGB, Oleg Kalouguine, a évoqué cette tactique dans ses mémoires et indiqué que les espions soviétiques utilisaient des méthodes comparables pendant la guerre froide, vandalisant des synagogues et des cimetières juifs à New York et à Washington.

La Shoah, la Seconde Guerre mondiale et le nazisme sont des éléments importants dans la tentative de Poutine de légitimer la guerre russe en Ukraine. Pour autant, les historiens considèrent son usage de la désinformation comme un stratagème cynique pour promouvoir ses seuls objectifs.

Caricature du dirigeant nazi Adolf Hitler semblant donner son approbation au président russe Vladimir Poutine, tweeté par le compte Twitter officiel ukrainien, le 24 février 2022. (Crédit : Capture d’écran du compte Twitter officiel de l’Ukraine)

En février 2020, les députés russes avaient voté en faveur de la levée de l’interdiction d’afficher des symboles nazis, tant qu’ils promeuvent une « vision négative de l’idéologie et de l’extrémisme nazis » et sous réserve qu’il n’y ait « aucun signe de propagande ou de justification de l’idéologie nazie ou extrémiste ».

Il a également été reproché au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’utiliser la Shoah pour obtenir le soutien de l’Occident.

S’adressant à la Knesset dimanche, il a imploré les députés israéliens de l’aider à empêcher une « solution finale » russe en Ukraine, faisant à plusieurs reprises des comparaisons avec la Shoah et reprochant à l’État juif de ne pas l’aider davantage.

Son discours a suscité des réactions mitigées, certains l’accusant de déformer l’histoire et d’ignorer la complicité de l’Ukraine dans le génocide dirigé par les nazis.

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