Un allié de Corbyn « a pris le contrôle » des plaintes pour antisémitisme
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Un allié de Corbyn « a pris le contrôle » des plaintes pour antisémitisme

Un ancien employé de la commission des plaintes a déclaré que son équipe avait perdu toute autorité au profit d'un proche de Corbyn, qui semblait coordonner ses décisions avec lui

Jeremy Corbyn, le chef du parti d'opposition britannique, participe au lancement de sa campagne aux élections européennes  à Chatham, dans le sud est de l'Angleterre le 9 mai 2019. (Daniel LEAL-OLIVAS / AFP)
Jeremy Corbyn, le chef du parti d'opposition britannique, participe au lancement de sa campagne aux élections européennes à Chatham, dans le sud est de l'Angleterre le 9 mai 2019. (Daniel LEAL-OLIVAS / AFP)

Un ancien membre du Parti travailliste a dénoncé des interférences systémiques dans les plaines pour antisémitisme déposées par des membres du principal parti d’opposition de Grande-Bretagne.

Tim Dexter, un ancien officiel au siège des Travaillistes, a déclaré au Times of London dans un entretien publié dimanche qu’un assistant proche du chef du parti Jeremy Corbyn avait pris le contrôle des enquêtes et des procédures disciplinaires sur des membres du parti accusés d’antisémitisme.

Les accusations de Dexter sont intervenues quelques jours après que plusieurs anciens responsables du parti se soient exprimés sur l’incapacité du Parti travailliste à traiter les problèmes d’antisémitisme depuis que Corbyn est devenu le chef du parti de gauche en 2015.

Dexter a déclaré que, plus tôt cette année, deux des assistants proches de Corbyn l’avaient informé qu’ils lui fourniraient à lui et à son équipe un « soutien administratif ». Au final, ils auraient pris le contrôle de toute la procédure.

Tim Dexter, l’ancien responsable des litiges au siège du Parti travailliste, s’exprime dans un entretien diffusé le 13 juillet 2019. ( Capture d’écran: Times of London)

Dexter a déclaré que plusieurs mois après leur arrivée, les proches de Corbyn ont brusquement déménagé leurs bureaux dans un autre endroit du bâtiment pour s’occuper des plaintes. Dexter et son équipe ont perdu toute autorité visant à apporter des conseils sur les procédures disciplinaires.

Il a affirmé que Thomas Gardiner, un allié de longue date de Corbyn, avait validé toutes les décisions, et qu’elles avaient été prises en coordination avec le bureau de Corbyn.

« Il était évident et clairement admis par moi et certains membres du personnel que Thomas recevait probablement des instructions du bureau du leader sur de nombreuses décisions », a déclaré Dexter.

Selon The Times, Gardiner a refusé, à plusieurs reprises, de suspendre un homme qui a traité les députés travaillistes juifs d’être des « sacs à merde sionistes ».

Dexter, âgé de 26 ans, qui a démissionné du Parti travailliste plus tôt cette année, a violé son accord de confidentialité pour s’exprimer au journal.

« Ils avaient une personne qui prenait les décisions unilatéralement sans dialogue ni formation nécessaire pour cela », a déclaré Dexter au Times. Cela donnait l’impression d’une énorme erreur de jugement ».

Il a affirmé que l’intervention des proches de Corbyn avait entraîné des retards de plusieurs mois dans le service des plaintes.

« L’équipe était dégoûtée. J’étais le seul membre de l’équipe sur les plaintes, mais il n’y avait aucune urgence à transférer les cas ou à faire venir plus de personnel », a déclaré Dexter.

En février 2019, dans le sillage d’accusations d’une interférence israélienne dans la politique britannique, Dexter s’est souvenu d’avoir entendu Gardiner dire au personnel du Parti travailliste qu’adopter une politique de tolérance zéro à la discrimination anti-juive serait « ridicule ».

« Thomas est arrivé et il a dit assez ouvertement à l’équipe : ‘C’est pourquoi il serait ridicule pour nous d’avoir une démarche de tolérance zéro quand quelqu’un s’exprime pour s’excuser, même s’ils ont dit quelque chose de mal. Nous serions obligés de prendre des mesures. »

Jeremy Corbyn à la mosquée de Finsbury Park dans le nord de Londres, lors des portes ouvertes annuelles du lieu de culte, le 3 mars 2019. (Crédit : Victoria Jones/PA via AP)

Dexter, qui n’est pas Juif, a dit que le sentiment anti-juif au sein du Parti travailliste était répandu, pas seulement limité à un nombre d’individus, comme l’affirme le parti.

« Ce n’est pas une réponse adéquate, c’est bien là, c’est présent, et cela implique qu’une minorité est très stressée, perturbée et affectée dans sa capacité à évoluer dans le parti et peut-être dans le pays, si nous devions arriver au pouvoir », a-t-il dit au journal.

Dexter a également affirmé que des logiciels espions sur le système informatique avaient entraîné des demandes de la part du service RH, également géré par un allié de Corbyn, d’expliquer la raison derrière des recherches Internet, souvent sur des questions d’antisémitisme.

Dimanche, le Parti travailliste a démenti les accusations de Dexter, déclarant dans un communiqué au Times que « le personnel détaché n’a pris le contrôle d’aucun aspect particulier du travail de plaintes ».

Le parti a également avancé que les remarques de Gardiner pour tolérer l’antisémitisme n’étaient pas avérées.

« Cette conversation n’a pas eu lieu et M. Gardiner n’a pas dit de telle chose. Le Parti travailliste prend toutes les plaintes d’antisémite très au sérieux. »

Les remarques de Dexter interviennent moins d’une semaine après qu’un groupe d’anciens officiels du Parti travailliste ont accusé Corbyn et ses plus proches alliés d’avoir systématiquement interféré dans les efforts pour traiter l’antisémitisme au sein du parti, dans un documentaire diffusé par la BBC.

Les huit officiels ont expliqué avoir reçu des insultes antisémites et ont affirmé que des officiels du parti avaient interféré dans des enquêtes sur des plaintes à la demande de Corbyn.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)

Dimanche, l’Observer a annoncé que deux des huit anciens officiels – Sam Matthews et Louise Withers Green – ont déclaré au journal qu’ils avaient l’intention de poursuivre le Parti travailliste puisqu’ils considèrent que le parti les avait diffamés quand il a répondu à leurs allégations.

Le soir de la diffusion du programme de la BBC, un porte-parole du Parti travailliste a dit : « Il semble que ces anciens responsables incluent ceux qui se sont toujours opposés à la direction du parti par Jeremy Corbyn. Ils ont travaillé activement pour saper son autorité et ont des rancoeurs personnelles et politiques à son encontre. Cela remet en doute leur crédibilité en tant que sources. »

Samedi, Jeremy Corbyn a déclaré que le programme de la BBC présentait de « très nombreuses inexactitudes », affirmant que les producteurs ont adopté une « position préméditée » avant la diffusion.

« J’ai regardé le programme, et j’ai eu le sentiment qu’il y avait de très nombreuses inexactitudes dans le programme », a déclaré Corbyn cité par The Guardian lors d’une visite au Gala de Mineurs de Durham. Le programme a adopté une position prédéterminée sur son propre site Internet avant la diffusion. »

Le chef du Parti travailliste a défendu son parti, qui est accusé d’avoir fait preuve d’intolérance ces dernières années.

« Nos membres du parti ont effectivement le droit d’être entendus s’ils sont accusés de quelque chose et le personnel de notre parti a le droit d’être soutenu, et ils sont soutenus », a-t-il dit.

Interrogé sur l’enquête du groupe britannique de veille sur le racisme au sujet des accusations d’antisémitisme contre les Travaillistes, Corbyn a déclaré que l’antisémitisme est « un poison, c’est vil, c’est mal… c’est un poison dans notre société et dans toute société… ce n’est acceptable sous aucune forme ».

Celui qui espère devenir Premier ministre a expliqué que chaque accusation contre des membres de son parti était prise sérieusement. « Nous menons une enquête sur chaque affaire qui se présente… Moins de 0.1 % de nos membres ont été impliquées dans des accusations – sans parler des conclusions – sur la question. »

Jeudi, le Mouvement travailliste juif, la branche juive du parti, a déclaré à Sky News que 30 membres, anciens et actuels, mais aussi des officiels du parti, avaient échangé avec le groupe au sujet de l’antisémitisme, même si le Parti travailliste était « très enclin à faire taire ceux qui veulent dénoncer cela ».

Parmi ceux qui ont été accusés d’interférer dans les enquêtes internes du parti, on retrouvait le Directeur de la communication des Travaillistes, Seumas Milne, et la Secrétaire générale Jennie Formby.

Après la diffusion du programme, le vice-président du Parti travailliste Tom Watson a demandé à Formby de mettre à sa disposition tous les éléments que le parti avait partagé avec la Commission d’Egalité et des droits humains, l’organisme du gouvernement britannique chargé de surveiller les actes de racisme, qui mène une enquête sur Corbyn pour sa gestion des propos et des actes racistes au sein du parti.

Watson, qui s’était exprimé pour condamner l’antisémitisme chez les Travaillistes, a également avancé que le parti avait « sali » les anciens officiels qui sont présents dans le programme de la BBC, selon The Guardian.

Jennie Formby à la conférence du Parti travailliste de 2016. (Wikimedia commons/Rwendland)

Formby a répondu à Watson, déclarant dans une lettre qu’elle était « très déçue » par sa réponse et l’accusant d’abuser de sa « position politique forte ».

« Diffamer ma réputation et m’attaquer publiquement quand on sait que je subis une chimiothérapie et que je ne suis pas en capacité de répondre aux médias est un autre exemple de la manière inappropriée dont vous avez choisi de traiter la question », a-t-elle dit.

Formy a défendu les efforts du parti pour traiter le problème et a accusé Watson d’être « complice de créer le sentiment » que l’antisémitisme est plus présent au Parti travailliste quand dans la société britannique dans son ensemble.

« C’est profondément irresponsable de la part d’un vice chef de parti qui cherche à être au gouvernement, et cela risque de renforcer la crainte que les communautés juives ressentent », a-t-elle dit.

Des accusations d’hostilité envers les Juifs se sont développées au sein du Parti travailliste depuis que Corbyn, un soutien de longue date des Palestiniens, est devenu le leader du parti en 2015.

Des opposants de Corbyn ont déclaré que la critique d’Israël par certains membres du Parti travailliste – particulièrement ceux qui ont rejoint le parti après l’arrivée de Corbyn à son poste actuel – aurait franchi une ligne vers l’antisémitisme et affirment que le parti n’a pas pris la question au sérieux.

Le parti a condamné le documentaire de la BBC, déclarant qu’il contenait des « représentations délibérées et malveillantes ».

« Nous rejetons totalement l’affirmation que le Parti travailliste est antisémite, a déclaré le parti dans un communiqué. Le Parti travailliste à tous les niveaux est totalement opposé à l’antisémitisme et est déterminé à se débarrasser de ce cancer social de notre mouvement et de la société. »

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