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Un ancêtre du jeu des dames découvert dans la Vieille Ville de Jérusalem

Le jeu d'apparence géométrique, gravé dans une porte de Jérusalem, intrigue les archéologues. Un spécialiste des jeux de société propose une nouvelle hypothèse sur ses règles

Un jeu de dames. Illustration (Crédit : Pixabay)
Un jeu de dames. Illustration (Crédit : Pixabay)

En 1937, l’archéologue anglais Robert Hamilton (1905-1995) a entamé des fouilles près de la porte de Damas, à Jérusalem. Cette porte date de la période ottomane et a été érigée par-dessus celle d’Hadrien, une porte triomphale autonome érigée par les Romains victorieux au IIe siècle de l’ère commune après avoir vaincu les Juifs rebelles. La porte d’Hadrien comportait trois parties : une entrée centrale principale et deux plus petites de chaque côté. Les fouilles, débutées sur sa partie est, se sont poursuivies jusque dans les années 1980 jusqu’à un dessin gravé dans du calcaire que le temps avait épargné. De forme carré divisé en seize cases égales, elles-mêmes scindées par une diagonale, cette gravure a suscité nombre de spéculations.

À l’époque de sa création, cette gravure était située à côté d’une tour surveillée par des gardes romains. L’une des hypothèses rendues publiques concerne un jeu de dés auquel jouaient les Romains en l’honneur du dieu Saturne, le dieu du temps et l’équivalent de Cronos chez les Grecs.

Ce jeu de dés consistait à désigner un condamné à mort en tant que roi de la journée, avant que celui-ci ne soit exécuté au coucher du soleil. Une autre hypothèse indique qu’il s’agirait du jeu du moulin, dont l’existence est déjà avérée au cours de la Rome antique, dont le plateau présente des similitudes avec la gravure de la porte de Damas et qui consiste à prendre tous les pions de son adversaire qui ne sont pas alignés trois par trois.

Mais récemment, Nir Wild, qui n’est pas archéologue mais expert en jeux de société et en recréation d’événements historiques, avance une nouvelle théorie. Selon lui, il s’agit d’un jeu connu sous le nom d’Alquerque, qui a finalement évolué vers les dames. Comme beaucoup de choses, les Romains l’ont copié d’ailleurs.

« L’Alquerque est originaire de l’Égypte ancienne. Nous le savons car il existe des représentations du jeu sur les murs des tombes. On n’a jamais trouvé de plateau, seulement des images de celui-ci. Il a toujours la même apparence, avec les triangles », a déclaré Nir Wild au journal Haaretz.

Depuis, le plateau a été retrouvé à divers endroits, notamment dans un livre de poésie du Xe siècle. Nir Wild est convaincu que nous savons comment il était joué, du moins approximativement, car 1 100 ans après que les Romains eurent gravé le plateau dans les pierres près de la porte d’Hadrien, le roi Alphonse X de Castille a commandé le Libro de los Juegos, ou Livre des jeux, avec des règles de plusieurs jeux et Alquerque y figurait.

Chaque joueur disposait de 12 pièces ou « soldats » et le but était de « manger » les soldats de son adversaire. Le gagnant était celui qui avait mangé tous les soldats adverses. « Nous connaissons quelques versions concernant les règles et différents noms pour le jeu, mais en gros, tous ont le même objectif et la même manière de gagner », a déclaré Wild à IFLScience. Tous les mouvements étaient similaires à ceux des dames, mais les pièces avaient moins la possibilité de reculer une fois qu’elles avaient atteint l’autre côté. La version originale ne permettait pas non plus de prendre plusieurs pièces en un seul coup, ce qui devait rendre le jeu considérablement moins satisfaisant.

Dans le cadre des célébrations de Hanoukka de cette année, Nir Wild travaille sur une série d’événements autour de Jérusalem pour le grand public. Parmi les sites qui figurent dans le programme, la porte de Damas et le sommet de la promenade des remparts de Jérusalem. Les activités seront basées sur les diverses découvertes archéologiques, y compris ledit jeu découvert il y a 40 ans.

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