Un ancien juge condamne le traitement gouvernemental des migrants africains
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Un ancien juge condamne le traitement gouvernemental des migrants africains

Elyakim Rubinstein "peine à comprendre" pourquoi seulement 12 demandes d'asile ont été approuvées ; des centaines de migrants en la grève de la faim contre l’expulsion

Les migrants africains partent du centre de détention de Holot pour aller à la prison de Saharonim, un centre de détention israélien pour demandeurs d'asile africains le 22 février 2018 (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)
Les migrants africains partent du centre de détention de Holot pour aller à la prison de Saharonim, un centre de détention israélien pour demandeurs d'asile africains le 22 février 2018 (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)

Elyakim Rubinstein, un ancien procureur général et ancien juge de la Cour suprême, a critiqué jeudi le traitement réservé par Israël aux migrants africains et a fustigé le rythme auquel les demandes d’asile étaient traitées, estimant que c’était « loin d’être satisfaisant ».

« Il m’est difficile de comprendre comment seuls 12 demandeurs d’asile ont été reconnus comme réfugiés, un pourcentage si minuscule comparé à ce qui a été rapporté dans d’autres pays », a déclaré Rubinstein au journal Hadashot.

Rubinsten commentait le fait qu’Israël est en train de chercher à expulser ou à emprisonner des dizaines de milliers de migrants africains qui demandaient l’asile dans le pays. Cette politique a été critiquée par des groupes de défense des droits de l’Homme et d’autres organisations, qui ont souligné le nombre important de demandes d’asile et le faible taux d’acceptation.

Les responsables israéliens soulignent que les personnes considérées comme un réfugié ou un demandeur d’asile ne seront pas expulsés, mais les autorités affirment que se sont des migrants économiques et que la plupart des migrants cherchent seulement un emploi et un niveau de vie plus élevé, au lieu de fuir la persécution.

Elyakim Rubinstein, un juge à la retraite de la Cour suprême, près de son bureau dans le bâtiment de la Cour suprême (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

« Des milliers de demandes attendent d’être étudiées dans les forums concernés et le rythme est très loin d’être satisfaisant », a déclaré Rubinstein, qui a également, dans le passé, occupé la fonction de diplomate. « Nous sommes un pays qui veut être civilisé, avoir la primauté du droit et des procédures légales appropriées et correctes ».

« L’Etat d’Israël a été établi comme un refuge pour les Juifs persécutés, et nos traditions nous ordonnent d’être prudents en ce qui concerne l’éloignement des étrangers, même s’il n’y a pas de choix dans de nombreux cas », a ajouté Rubinstein, qui a siégé à la Cour suprême de 2004 à 2017 après avoir été six ans procureur général.

« En yiddish, ça s’appelle être un mensch. »

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, il y a actuellement environ 42 000 migrants africains en Israël, dont la moitié sont des enfants, des femmes ou des hommes avec des familles, qui ne sont pas concernés par l’expulsion d’avril. La plupart viennent d’Érythrée et du Soudan.

Israël envisage de commencer par s’attaquer aux cas des hommes célibataires qui n’ont pas présenté de demande d’asile ou dont les demandes ont été rejetées.

Le gouvernement leur a proposé un choix : partir d’ici début avril dans leur pays d’origine ou dans un pays tiers, ou être détenu pour une durée indéterminée en prison.

Des migrants africains protestent devant la prison de Saharonim, un centre de détention pour demandeurs d’asile africains, dans le désert du Néguev, près de la frontière égyptienne, le 22 février 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Comme beaucoup pourraient être menacés s’ils retournaient dans leur pays d’origine, Israël leur propose de les envoyer dans un pays tiers non identifié, qui serait, selon les migrants et les travailleurs humanitaires, le Rwanda ou l’Ouganda.

Les autorités ont transféré mardi les premiers détenus érythréens, détenus dans le centre de détention ouvert de Holot, à la prison de Saharonim car ils ont refusé de quitter le pays.

Les autorités israéliennes ont déclaré que neuf personnes avaient été emprisonnées, tandis que les migrants ont déclaré que ce nombre était de 12.

Des demandeurs d’asile et des activistes érythréens devant le centre de détention de Holot dans le sud d’Israël, le 29 janvier 2018 (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)

Jeudi, des centaines de migrants africains ont protesté devant la prison où ils ont été incarcérés.

Ils ont défilé sur la courte distance entre le centre de détention ouvert de Holot et la prison de Saharonim, scandant des slogans et en portant des pancartes exigeant la libération des prisonniers.

Ils ont déclaré qu’ils faisaient une grève de la faim et ont juré de continuer jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée.

Serrant les mains au-dessus de leurs têtes, les manifestants scandaient : « nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des réfugiés ! Pas de déportation, plus de prison, nous ne sommes pas à vendre, nous sommes demandeurs d’asile ! Ramenez nos frères ! ».

Muluebrhan Ghebrihimet, un Erythréen de 27 ans, a déclaré que lorsqu’il est arrivé en Israël il y a six ans, il avait déposé une demande d’asile mais qu’elle a été rejetée.

Des migrants africains détenus à Holot, au sud d’Israël près de la frontière égyptienne, le 4 février 2018. (Crédit : MENAHEM KAHANA/AFP)

« Nous sommes ici pour chercher un asile, pas pour travailler ou devenir riche », a-t-il confié.

Il ne savait pas quand il serait envoyé en prison.

Une vague de migrants africains est arrivée en Israël après 2007, traversant la frontière de la péninsule égyptienne du Sinaï.

La frontière poreuse a depuis été largement scellée, mettant fin aux arrivées.

Les migrants se sont installés dans les quartiers pauvres du sud de Tel Aviv, mais leur présence a causé des frictions avec certains Israéliens.

Les dirigeants religieux et conservateurs, y compris le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont présenté les migrants musulmans et chrétiens comme une menace pour l’identité juive d’Israël.

Le gouvernement a été condamné par l’agence des Nations unies pour les réfugiés, les universitaires et les groupes de défense des droits de l’Homme sur son plan de migration.

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