Un ancien tankiste loue les forces blindées pour convaincre les 86 recrues réfractaires
Rechercher

Un ancien tankiste loue les forces blindées pour convaincre les 86 recrues réfractaires

Les 86 recrues s'étaient concertées sur Facebook pour s'opposer à leur affectation

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Yaakov Selavan, ancien officier des forces blindées, parle avec un soldat récemment enrôlé, emprisonnée pour avoir refusé de servir dans une brigade tankiste, le 30 november 30, 2016. (Crédit : Yaakov Selavan)
Yaakov Selavan, ancien officier des forces blindées, parle avec un soldat récemment enrôlé, emprisonnée pour avoir refusé de servir dans une brigade tankiste, le 30 november 30, 2016. (Crédit : Yaakov Selavan)

Ce n’est pas un sujet qu’on évoque souvent, mais chaque année, des dizaines de nouvelles recrues de l’armée israélienne refusent de servir dans l’unité qui leur a été affectée. Ils auraient voulu des unités plus combattantes, moins combattantes, dans une base plus proche de chez eux, ou encore des meilleurs conditions de service.

Mais quand, en une semaine, 86 soldats fraîchement enrôlés ont refusé de rejoindre les blindés, il devient évident qu’il y a quelque chose qui cloche. C’est totalement nouveau.

Mercredi, Yaakov Selavan, un ancien officier de la 188e Brigade blindée, s’est rendu à la prison militaire Prison 6, une maison de correction militaire, où sont détenus des dizaines d’objecteurs aux forces tankistes.

Selavan, autrefois recrue enthousiaste, espère convaincre, et non pas supplier, il insiste, les soldats à rejoindre les forces blindées dans lesquelles ils a servi pendant près d’une décennie. Il leur a parlé de ses propres expériences, de leur devoirs vis-à-vis de l’armée, et de ses forces bien-aimées.

Yaakov Selavan, alors capitaine, pose devant un tank. (Crédit : Yaakov Selavan)
Yaakov Selavan, alors capitaine, pose devant un tank. (Crédit : Yaakov Selavan)

En s’adressant aux soldats, il a découvert ce qui les rassemblait, de tout le pays, et pour toutes sortes de raisons, pour protester contre leur affectation aux forces blindées.

Facebook.

« J’ai parlé à ces garçons. L’un d’entre eux m’a dit ‘j’ai des problèmes à la maison, je ne peux pas être au combat’, un autre a dit, ‘je veux être encore plus combattant, je veux être dans une unité spéciale’. Un autre a déclaré : ‘je veux être dans la police des frontières.’, a raconté Selavan au Times of Israel mercredi soir.

« Chacun m’a donné une raison différente. Donc je leur ai demandé : ‘pourquoi êtes vous ensemble ?’ Et ils m’ont répondu : ‘on a créé un groupe sur Facebook pour tous ceux qui ne veulent pas être tankistes.’

Il est évident que les protestations sur Facebook ne sont pas nouvelles pour l’armée israélienne.

« Je leur ai demandé : pourquoi êtes-vous ensemble ? Et ils m’ont répondu : « on a créé un groupe sur Facebook. »

L’an dernier, des soldats se sont emparés du réseau social pour décrier la nouvelle politique de l’armée au sujet de la barbe. La question a finalement été résolue par la Cour suprême.

L’année précédente, des soldats ont utilisé le site pour protester sur les mauvais traitements infligés au soldat de la Brigade Nahal, David Adamov, qui faisait l’objet d’une enquête pour avoir brandi son arme sur des provocateurs palestiniens à Hébron.

Mais cette utilisation des réseaux sociaux, non pas à des fins de protestations, mais en tant qu’outils pour mener une action dans la vraie vie, n’a jamais pris autant d’ampleur au sein de l’armée israélienne.

« L’armée fait face à un challenge inédit. Il sera intéressant de voir comme ils le géreront, parce que si l’armée baisse les bras ici, cela se reproduira tous les 4 mois », affirme Selavan.

Parler « dugri »

Les 86 objecteurs proviennent d’un groupe d’environ 200 recrues, qui ont été affectées aux forces blindées, pour servir dans les tanks ou dans les unités d’infanterie.

La brigade des tankistes est la brigade la moins plébiscitée par les nouvelles recrues. Les tankistes étaient, et sont toujours, peçus comme était plus « doux » que les brigades d’infanterie. Les soldats sont considérés comme étant des mécaniciens, qui travaillent sur leur tanks. Ils auraient les pires conditions de service, et moins de week-ends de libre.

Au début de l’année, le Brigadier Général des forces blindées, Guy Hasson, avait déclaré au Times of Israel qu’en 2016, seulement 0,7 % des recrues ont demandé à être affectés à la brigade des tankistes.

« Il y a toujours des gens pour nous regarder et dire qu’il y a l’infanterie puis les forces blindées. Qu’on est moins combattants. Qu’on est moins », expliquait Hasson.

« Il y a une stigmatisation qu’on ne peut pas détruite, jusqu’à ce qu’on entre dans les forces. Mais une fois que vous y êtes, c’est trop tard. Je veux quelqu’un qui me choisisse, pas quelqu’un qui tombe amoureux de moi une fois qu’il est avec moi », dit-il.

Une décennie plus tard, Selavan non plus ne voulait pas rejoindre les forces blindées, pour les mêmes raisons. Mais une fois qu’il y est entré, il a été conquis.

Selon Selavan, seuls ceux qui n’ont pas servi comme tankistes, ou à leurs côtés durant le combat, les perçoivent comment étant moins forts, ou inutiles à l’armée.

« Nous avons souffert d’une mauvaise image publique au fil des ans », dit-il.

À l’inverse des soldats d’infanterie, qui ramènent chez eux leurs fusils d’assaults Tavor, mais les tankistes ne peuvent pas frimer avec leur Merkava IV devants les enfants quand ils rentrent chez eux. Et dans certains cas, leur contribution au pays passe inaperçue.

« Personne ne parle en faveur des tankistes. »

Par exemple, lors de l’affrontement de dimanche entre les soldats israéliens et les terroristes affiliés à l’État islamique, l’armée a signalé dans ses communiqués que seuls les soldats de la Brigade Golani et un appareil de l’armée de l’air étaient présents.

« Mais il y a une chose que les gens ignorent. Il y avait un tank de la 118e Brigade blindée qui a tiré sur les terroristes. Pourquoi ne le savons-nous pas ? Parce que quelqu’un a décidé qu’il ne fallait pas rendre cela public. »

« Personne ne parle en faveur des tankistes », ajoute-t-il.

Donc, après avoir entendu les parents des « objecteurs » à la radio, décriant les forces blindées, Selavan a décidé de se rendre à la Prison 6 pour louer les tankistes.

Afin d’accéder à la prison, il a dû revetir son uniforme, mais après avoir vu le regard des « objecteurs » pendant qu’il parlait, il s’est rhabillé en civil.

« Je leur ai dit : ‘parlons dugri ‘», raconte Selavan, en utilisant le mot hébreu pour « franc ».

« Nous ne les avons pas supplié. Nous avons adopté la position de « nous sommes une bonne unité. Nous avons l’impression que vous méconnaissez notre unité, alors écoutez ce que nous avons à dire. »

Selavan, qui tient un discours professionnel, a dit aux soldats qu’il comprenait leurs objections, mais les a réprimandés de « fuir » parce que les choses ne se sont pas passées comme ils le voulaient.

« Demain matin, ils seront nombreux à prendre la bonne décision. »

« L’armée demande beaucoup de vous. Elle vous prend du temps auprès de votre famille, de votre copine. Parfois, elle vous prend votre bonheur, votre liberté », explique Selavan.

« Mais elle vous donne énormément. »

Ce message, ou est-ce le menace d’une plus longue détention, a résonné chez de nombreux soldats, qui ont abandonné leurs protestations et sont entrés dans les forces blindées, raconte Selavan. Mais pour l’écrasante majorité d’entre eux, ils ont passé une nuit de plus dans les couchettes de la Prison 6.

« La nuit porte conseil. Demain, ils seront nombreux à prendre la bonne décision. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...