Un cabinet d’architecte autrichien choisi pour le mémorial de Babi Yar
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Un cabinet d’architecte autrichien choisi pour le mémorial de Babi Yar

Des nationalistes ukrainiens s'opposent aux projets de construire un monument sur le site où plus de 30 000 Juifs ont été assassinés

Une représentation architecturale du mémorial/institut de recherche sur le site du massacre de Babi Yar dans la capitale ukrainienne de Kiev. (Crédit: BYHMC)
Une représentation architecturale du mémorial/institut de recherche sur le site du massacre de Babi Yar dans la capitale ukrainienne de Kiev. (Crédit: BYHMC)

Les initiatives pour la construction d’un mémorial et d’un centre de recherche sur le site du massacre de la Shoah de Babi Yar dans la capitale ukrainienne de Kiev ont semblé avancer considérablement cette semaine. On a annoncé qu’une entreprise autrichienne avait remporté le concours pour dessiner les plans de la structure. Les responsables espèrent ouvrir le centre en 2023.

Plus de 30 000 Juifs ont été assassinés par les nazis et leurs collaborateurs locaux sur le site en l’espace de deux jours en 1941.

C’est Querkraft Architekten qui a été sélectionné parmi les cinq finalistes pour dessiner le « mémorial de la prochaine génération », projet développé par le Centre mémoriel Babi Yar de la Shoah (BYHMC), une initiative notamment soutenue par le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, l’ancien président de l’Agence juive, Natan Sharansky, le maire de Kiev, Vitali Klitschko, et un certain nombre de riches hommes d’affaires russes.

Une déclaration d’intention pour créer le centre a été signée à Kiev en présence du président ukrainien de l’époque Petro Poroshenko en septembre 2016.

Le projet de structure choisi présente une rampe qui évoque la fosse où le massacre a eu lieu. Elle conduit à un espace d’exposition souterrain de 20 mètres qui symbolise « le plongeon initialement invisible, et pourtant ininterrompu, dans les ténèbres de la violence ».

Une partie de la fosse de Babi Yar autour de Kiev en Ukraine, où l’Armée rouge, qui gagnait terrain, a mis à jour les corps de 14 000 civils tués par les nazis qui prenaient la fuite, en 1944. (AP Photo)

« L’architecture abstraite et sobre propose une interprétation unique de la demande du concours de réaliser un Centre mémoriel Babi Yar de la Shoah », a déclaré le professeur Rainer Mahlamäki, un membre du jury architectural. La proposition constitue un excellent point de départ pour développer le Mémorial Babi Yar en un centre d’importance internationale ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a semblé soutenir le projet lors d’une visite d’État le mois dernier, déclarant que lui et le président ukrainien juif récemment élu, Volodymyr Zelensky, avaient parlé avec Sharansky « de la possibilité d’établir un centre patrimonial ici qui serait un symbole pour toute l’humanité ».

« Je vous remercie Président Zelensky et je remercie également le gouvernement ukrainien pour vos efforts afin de préserver la mémoire de la Shoah », a déclaré Netanyahu. « Vous poursuivez vos efforts dans la guerre contre l’antisémitisme ».

Alors que l’Ukraine a effectivement fait des efforts pour commémorer la Shoah ces dernières années, son bilan en matière de mémoire s’avère plus compliqué que la déclaration de Netanyahu ne le laissait entendre. Si le gouvernement ukrainien a soutenu la création d’un mémorial, il s’est aussi efforcé de réviser l’histoire de la participation ukrainienne dans la Shoah, notamment à Babi Yar.

Début 2016, des groupes juifs ont en effet durement critiqué l’Ukraine pour son concours architectural organisé pour restaurer le site afin de corriger « l’écart entre la vision du monde et la vision exclusivement juive de Babi Yar comme un symbole de la Shoah ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président ukrainien Volodymyr Zelensky, à droite, se trouvent à côté du ravin de Babi Yar où les troupes nazies ont assassiné de dizaines de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, à Kiev, en Ukraine, le 19 août 2019. (AP Photo/Zoya Shu)

Moins d’un an plus tard, lors d’une commémoration officielle du 75e anniversaire du massacre, une stèle a été érigée en mémoire des journalistes ukrainiens dont les autorités ont affirmé qu’ils avaient été tués sur le site. Ils avaient travaillé pour un journal lié à l’OUN qui avait activement appelé les Ukrainiens à dénoncer des Juifs à la Gestapo.

Des nationalistes ukrainiens, et même certaines personnalités dans la communauté juive, ont accusé les organisateurs des projets de chercher à présenter les Ukrainiens comme des antisémites et à mettre en avant la collaboration ukrainienne avec les nazis, tout en minimisant la souffrance des membres de groupes d’extrême droite comme l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens et sa branche militante l’Armée ukrainienne insurgée. Les deux organisations avaient collaboré avec les nazis et leurs partisans ont été responsables de la mort de dizaines de milliers de Juifs et de Polonais.

Plusieurs mois après la présentation du projet en 2016, un certain nombre d’historiens ukrainiens ont écrit une lettre ouverte critiquant ce qu’ils ont décrit comme « une tentative d’associer Babi Yar uniquement à l’histoire de la Shoah, en ignorant les autres victimes et les autres moments tragiques de son histoire ».

La majorité des responsables de la communauté en Ukraine, y compris le Grand rabbin du pays, le chef de la Vaad d’Ukraine, qui serait l’équivalent du Crif en Ukraine, ont accusé les organisateurs de représenter secrètement le président russe Vladimir Poutine, en affirmant que l’objectif affiché du musée était de « dépeindre l’Ukraine comme un État fasciste, antisémite et nationaliste où les droits de l’homme étaient, et continuent, à être bafoués ».

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