Un chef religieux indonésien appelle à la « compassion » entre musulmans et juifs
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Interview

Un chef religieux indonésien appelle à la « compassion » entre musulmans et juifs

Yahya Staquf, qui dirige la plus grande organisation musulmane du monde, dit vouloir promouvoir les liens avec Jérusalem, mais affirme "la souveraineté de la Palestine"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Yahya Cholil Staquf, Secrétaire général de la plus importante association musulmane en Indonésie, s'adresse au Conseil de l'Union européenne. (Capture d'écran YouTube)
Yahya Cholil Staquf, Secrétaire général de la plus importante association musulmane en Indonésie, s'adresse au Conseil de l'Union européenne. (Capture d'écran YouTube)

En visite en Israël cette semaine, le secrétaire général de la plus grande organisation musulmane du monde a lancé un appel à la « compassion » entre les Juifs et ses coreligionnaires, ce qui, selon lui, pourrait aider l’État juif à tisser des liens avec les pays musulmans du monde entier, y compris l’Indonésie, où il est un dignitaire religieux et un fonctionnaire du gouvernement.

« Je veux appeler le monde, le monde entier à choisir un avenir meilleur. Choisissons le ‘rahma’, c’est-à-dire la compassion et le souci des autres », a déclaré Yahya Cholil Staquf, le chef de Nahdlatul Ulama (NU), 60 millions de membres, au Times of Israel lors d’une interview.

« Rahma est le fondement de tout ce que nous pouvons espérer pour trouver une solution à tous les conflits dans notre monde actuel », a-t-il déclaré. « Et le rahma n’a pas besoin de conditions préalables. »

Une partie de la mission de Nahdlatul Ulama est de faire progresser « la paix dans le monde, et notamment l’indépendance du peuple palestinien », a ajouté M. Staquf.

Des musulmans d’Indonésie manifestent contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, à Jakarta, le 11 mai 2018. (Crédit : AFP / ADEK BERRY)

Lorsqu’on lui a demandé si, dans le cadre de cette mission, il est désireux de promouvoir les relations politiques entre Jérusalem et Jakarta, Staquf, qui est membre du Conseil consultatif présidentiel indonésien, a répondu : « Oui, bien sûr. Nous sommes au milieu de problèmes complexes qui doivent être traités de manière exhaustive et globale. »

Tout processus visant à une normalisation totale entre l’Indonésie – le plus grand pays musulman du monde – et Israël doit s’attaquer au « contexte mondial du problème », a souligné M. Staquf. « Nous devons travailler ensemble, en fait, pour trouver une solution globale. »

Le président indonésien Joko Widodo est au courant de son voyage en Israël, a indiqué M. Staquf, ajoutant qu’il ne sait pas s’il soutient ou non sa mission.

Staquf a été fortement critiqué dans son pays d’origine pour sa visite en Israël, un pays que beaucoup d’Indonésiens considèrent comme un État ennemi.

Répondant aux critiques, il a réitéré son soutien à la cause palestinienne, affirmant que sa visite en Israël visait à promouvoir l’indépendance de la Palestine.

« Je suis ici pour la Palestine. Je suis ici en partant du principe que nous devons tous honorer la souveraineté de la Palestine en tant que pays libre », a-t-il affirmé dans une déclaration publiée sur le site Web de son organisation.

Son voyage d’une semaine dans l’État juif comprenait une apparition au Forum mondial du Comité juif américain dimanche, quelques minutes avant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne monte sur scène (bien qu’ils ne se soient pas rencontrés). Lors de l’événement, il a été interviewé par le rabbin David Rosen, un vétéran du dialogue judéo-musulman, devant 2 000 délégués.

Mercredi soir, Staquf prononcera un discours intitulé « Shifting the Geopolitical Calculus : From Conflict to Cooperation » [Changer les calculs géopolitiques : Du conflit à la coopération] au Conseil israélien des relations étrangères à Jérusalem. Son programme comprend également des réunions à l’Université hébraïque de Jérusalem et des entretiens avec des dirigeants juifs, chrétiens et musulmans locaux.

S’adressant au Times of Israel en marge du Forum mondial de l’AJC, il a rejeté les critiques sur sa visite en faisant appel à la compassion des gens.

« Les gens qui souffrent peuvent choisir s’ils seront en colère ou s’ils se vengeront, ou s’ils pardonneront, en ayant le rahma. C’est ce que nous devons offrir en tant que cadre », a-t-il dit, s’exprimant en anglais.

Mais Staquf reste conscient de l’ampleur que représente le conflit israélo-palestinien, a-t-il ajouté.

« Nous sommes confrontés ici à un problème de civilisation, et il est lié aux religions », a déclaré M. Staquf dans une interview accordée à l’Associated Press. « En tant que musulmans, nous voulons assumer notre part du travail concernant notre religion. »

Par ailleurs, le conflit israélo-palestinien n’est pas le seul sujet de son voyage, a souligné le responsable religieux. Au lieu de cela, il considère la coopération interconfessionnelle comme une base pour résoudre de nombreux conflits, y compris au Myanmar, où 700 000 musulmans rohingyas ont fui la persécution des forces de sécurité du pays vers le Bangladesh.

Staquf explique qu’il a identifié des parties de l’islam qu’il considère comme problématiques, y compris la façon dont les musulmans interagissent avec les non-musulmans. Il dit qu’il faut un « nouveau discours » pour reconnaître que les musulmans et les non-musulmans sont égaux et devraient pouvoir coexister pacifiquement.

« Ces éléments sont problématiques parce qu’ils ne sont plus compatibles avec la réalité actuelle de notre civilisation », a-t-il dit.

Des Indonésiens participent à une manifestation contre la récente décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, devant l’ambassade américaine à Jakarta, le 17 décembre 2017. (Crédit : AFP / Adek Berry)

En Indonésie, Twitter et Facebook ont été truffés de commentaires négatifs concernant la visite. Beaucoup sont mécontents de la situation à Gaza, où plus de 120 Palestiniens ont été tués lors de manifestations le long de la frontière israélienne au cours des deux derniers mois.

Israël accuse le Hamas, l’organisation terroriste au pouvoir à Gaza, d’utiliser les manifestants comme boucliers humains tout en essayant de mener des attaques et affirme qu’il défend sa frontière souveraine et les localités avoisinantes.

Taufiqulhadi, membre du Parlement du Parti national-démocrate, un des partis de la coalition gouvernementale, a déclaré que « la majorité des Indonésiens » ne veut pas de relations diplomatiques avec Israël.

Dans une lettre au ministre indonésien des Affaires étrangères qui a été publiée en ligne, M. Staquf a déclaré que le gouvernement pouvait « rejeter » ses actions si elles étaient jugées préjudiciables aux intérêts de l’État. « Mais s’il y a un ‘avantage’, continuons pour en faire un véritable avantage. »

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