Un couple Habad du New Jersey crée un village pour enfants autistes
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Un couple Habad du New Jersey crée un village pour enfants autistes

Le centre commercial géré par des bénévoles est conçu pour aider les enfants et les jeunes adultes à s'entraîner à faire leurs courses de tous les jours

LifeTown Shoppes propose 15 boutiques où les visiteurs peuvent s'entraîner à faire leurs courses quotidiennes. (Josefin Dolsten)
LifeTown Shoppes propose 15 boutiques où les visiteurs peuvent s'entraîner à faire leurs courses quotidiennes. (Josefin Dolsten)

LIVINGSTON, New Jersey (JTA) – La ville accueille désormais un nouveau centre commercial de 1 000 mètres carrés abritant 15 commerces, dont une banque, une animalerie et une boutique de vêtements. Un dispensaire comptant un dentiste et un médecin ainsi qu’un supermarché sont également présents.

Un agent de la circulation surveille le passage pour piétons, coupé en deux par une platebande bordée d’arbres. Après une journée de courses, les visiteurs peuvent profiter d’une manucure au salon de beauté local ou d’une pièce de théâtre.

« C’est génial », s’exclame Bailey, une étudiante de 17 ans qui se faisait vernir les ongles en bleu ciel dans le salon de manucure.

Bailey est atteinte d’autisme, et le centre commercial, connu sous le nom de LifeTown Shoppes, est conçu pour aider les enfants et les jeunes adultes comme elle à faire les courses de tous les jours. À leur arrivée, les visiteurs retirent 12 dollars à la banque et décident ensuite comment les dépenser, que ce soit pour des collations, des places de théâtre ou une manucure. Ils se déplacent à pied ou en tricycles, mais doivent respecter les feux de circulation, sinon ils risquent de se faire verbaliser. Des bénévoles gèrent les magasins.

Le centre commercial est la partie la plus innovante de ce complexe plus vaste créé par Rabbi Zalman et Toba Grossbaum, émissaires du mouvement hassidique Habad Loubavitch qui ont créé le centre pour étendre leur action aux enfants handicapés en dehors de la communauté juive.

« Nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un besoin dans notre communauté », explique Zalman Grossbaum, PDG de LifeTown, l’installation de 5 000 mètres carrés qui comprend LifeShoppes.

Les Grossbaum vivent depuis 23 ans à Livingston, une banlieue aisée de près de 30 000 habitants du nord du New Jersey, avec une importante population juive. Comme la plupart des émissaires Habad, ils ont d’abord passé une grande partie de leur temps à organiser des repas de Shabbat et des programmes de sensibilisation au judaïsme dans le but de faire participer des Juifs de tout horizon religieux.

Mais le couple s’est rapidement retrouvé à s’occuper d’un certain nombre de personnes ayant des besoins spéciaux. Le New Jersey compte le plus fort taux d’autisme du pays, selon le Center for Disease Control. Un enfant de 8 ans sur 34 est diagnostiqué comme souffrant d’un trouble du développement, associé à des difficultés d’aptitudes sociales et de communication.

Bailey, 17 ans, aime se faire une manucure au spa de LifeTown Shoppes. (Josefin Dolsten)

En 2000, le couple a mis sur pied une section locale du Friendship Circle [Cercle de l’amitié], une initiative internationale du mouvement Habad qui propose des programmes pour les enfants ayant des besoins spéciaux. Mais cet effort ne visait que les enfants juifs.

« L’une des choses qui nous a toujours attristés, c’est de refuser d’autres familles », dit Zalman Grossbaum. « Nous ne pouvions pas y répondre parce que nous n’avions pas les moyens d’y répondre, alors nous avons toujours pensé que nous devions faire quelque chose pour inclure toute la communauté. »

En 2013, les Grossbaum ont fait l’acquisition d’un entrepôt et commencé à y mettre en œuvre des programmes. Ils l’ont démoli en 2016 et ont construit les installations actuelles, qui comprennent une piscine, une galerie d’art, un studio de danse et un terrain de football. LifeTown propose de l’art, de l’eau, de la lumière, du son, de la thérapie sensorielle et de l’ergothérapie aux personnes ayant des besoins spéciaux. Les participants s’y rendent de façon individuelle ou lors de sorties scolaires.

Les Grossbaum ont financé le centre grâce à des dons privés et au soutien de fondations et d’entreprises locales. Le terrain de football a été financé par les New York Jets et la ligue de football américain, de concert avec d’autres donateurs. Les Grossbaum ont recueilli 18 millions de dollars, mais sont toujours à la recherche de dons pour agrandir le centre et pouvoir y inclure un parc extérieur et une salle de bowling.

Le rabbin Zalman et Toba Grossbaum ont ouvert le centre LifeTown en septembre. (Chaim Schvarcz)

La plupart des programmes de LifeTown s’adressent à la communauté juive. Des cours de confection de Challah et des offices religieux sont assurés, et une réplique du mur Occidental où les visiteurs peuvent placer des prières écrites a été installée. Mais le centre commercial interactif est ouvert aux écoles et aux visiteurs indépendamment de leur appartenance religieuse.

« Cela me fait tellement plaisir de voir la communauté dans son ensemble, toute la communauté pouvoir en profiter et venir dans un endroit qui est très manifestement juif, et ils savent que nous sommes là pour les aider », se réjouit Grossbaum.

En construisant LifeTown, les Grossbaum se sont inspirés des émissaires Habad au Michigan qui ont fondé le Friendship Circle et construit une version plus petite de LifeTown Shoppes.

Depuis son ouverture le mois dernier, LifeTown Shoppes, qui peut accueillir jusqu’à 100 élèves à la fois, a accueilli des visiteurs de sept écoles. Une cinquantaine d’autres visites sont prévues au cours des prochains mois.

Sophia, 16 ans, visite l’aquarium de l’animalerie du centre avec une bénévole. (Josefin Dolsten)

Laura Schreibman, spécialiste de l’autisme et professeure émérite de psychologie à l’université de Californie à San Diego, a déclaré qu’un environnement comme LifeTown Shoppes est un excellent moyen d’aider les enfants autistes à acquérir d’importantes aptitudes à la vie quotidienne, mais qu’il est important de veiller au transfert de ces aptitudes dans la vie réelle.

« Une fois que les enfants pourront maîtriser ce lieu contrôlé, il sera important de généraliser les compétences à d’autres magasins », a-t-elle écrit dans un courriel à la Jewish Telegraphic Agency.

Le mois dernier, Sophia, 16 ans, a visité le centre avec Bailey et d’autres élèves d’Academy360, une école voisine pour enfants autistes. Elle a passé quelque temps dans l’animalerie de LifeTown à admirer les poissons et les cochons d’Inde.

Sophia aime recevoir de l’argent quand elle arrive et décider comment le dépenser.

« J’ai l’impression de devenir plus responsable », dit-elle.

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