Un député de HaBayit HaYehudi dit à ses collègues arabes d’émigrer d’Israël
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Un député de HaBayit HaYehudi dit à ses collègues arabes d’émigrer d’Israël

"Ce n'est pas votre pays", a dit Moti Yogev à des élus de la Liste arabe unie, alors qu'ils tentent de rallier la communauté internationale contre la loi sur l'Etat-nation

Le député de HaBayit HaYehudi Moti Yogev, à droite, se dispute avec des députés de la Liste arabe unie à l'aéroport Ben Gurion, le 3 septembre 2018 (Capture d'écran :  Ynet news)
Le député de HaBayit HaYehudi Moti Yogev, à droite, se dispute avec des députés de la Liste arabe unie à l'aéroport Ben Gurion, le 3 septembre 2018 (Capture d'écran : Ynet news)

Au cours d’une rencontre survenue par hasard à l’aéroport dans la journée de lundi, le député Moti Yogev a encouragé un groupe de membres arabes de la Knesset à quitter Israël.

« On vous félicite de partir d’Israël. C’est ce que vous voulez », a dit Yogev, du parti HaBayit HaYehudi, aux députés de la Liste arabe unie dans un échange filmé par le site d’information Ynet. « Bienvenue à tous ceux qui arrivent en Israël et bénis soient ceux qui en partent. Ce n’est pas votre pays. Cette terre sera toujours la terre d’Israël et tous les traîtres doivent partir ».

Yogev, venu à l’aéroport pour accueillir un groupe de nouveaux immigrants, a dit à Ahmad Tibi, Yousef Jabareen et Talab Abou Arar que la Cisjordanie, sous contrôle de l’Autorité palestinienne, ferait également partie d’Israël dans le futur.

« Même Ramallah fera partie d’Israël. Allez à Paris, allez au Royaume-Uni, allez voir vos amis antisémites, allez voir qui vous voulez », a-t-il grondé. « Votre place se trouve au terminal des départs ».

Tibi, qui est médecin, a répondu en plaisantant : « Ecoutez les conseils de votre médecin – Prenez vos médicaments trois fois par jour ».

Le député Ahmad TIbi de la Liste arabe unie à l’aéroport Ben Gurion, le 3 septembre 2018 (Capture d’écran : Ynet news)

Les députés arabes israéliens doivent mener une série de réunions avec de hauts responsables européens pour leur recommander de s’opposer à une loi controversée adoptée le mois dernier qui consacre le caractère juif de l’Etat d’Israël.

« Nous faisons le déplacement en Europe pour présenter la situation après l’adoption de la loi sur l’Etat-nation », a dit Tibi à Ynet après l’altercation. « Il est important que le monde connaisse notre opinion sur le projet ».

La loi, adoptée le 19 juillet à la Knesset, ancre Israël en tant que « foyer national du peuple juif » pour la première fois et affirme que le « droit à l’exercice de l’autodétermination au sein de l’Etat d’Israël est propre au Juifs ». Elle définit également l’arabe en tant que langue ayant un statut « spécial », ce qui est une rétrogradation de son statut de facto de deuxième langue officielle du pays – même si elle affirme également que le statut de l’arabe reste inchangé.

Les députés retrouveront le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh et plusieurs autres membres du parti qui se sont envolés dès dimanche pour Bruxelles. Ils doivent rencontrer une série de hauts responsables européens, notamment la cheffe de la politique étrangère Federica Mogherini, et plusieurs ministres et ambassadeurs étrangers.

Odeh avait demandé un rendez-vous à Mogherini il y a des mois et ils doivent s’entretenir mardi, a fait savoir le porte-parole de la responsable européenne.

Mogherini « rencontre régulièrement des représentants gouvernementaux et des parlementaires des pays partenaires issus des gouvernements et de l’opposition », a expliqué le porte-parole de l’ambassade de l’Union européenne à Ramat Gan, lundi. « Israël ne fait pas exception, étant un partenaire proche de l’UE depuis de nombreuses années, un pays avec lequel l’UE entretient une relation forte basée sur le dialogue à de multiples niveaux, avec toutes les facettes de la société et les leaders issus de tout l’échiquier politique ».

La semaine dernière, Hadashot a fait savoir que les députés de la Liste arabe unie s’étaient rapprochés de l’Autorité palestinienne pour tenter de convaincre l’ONU de présenter le mois prochain une résolution lors de l’Assemblée générale des Nations unies qui établirait une équivalence entre la législation quasi-constitutionnelle et l’apartheid.

Cette information, qui a été démentie par toutes les parties impliquées, a été largement condamnée en Israël, un ministre appelant les députés impliqués à être jugés pour trahison.

Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, pendant une conférence de presse à Bucarest, le 7 octobre 2016. (Crédit : Daniel Mihailescu/AFP)

Le reportage a également dit qu’Odeh prévoyait de prendre contact avec l’instance culturelle de l’ONU, l’UNESCO, pour protester contre la rétrogradation apparente dans la loi de l’arabe, qui n’est dorénavant plus une langue officielle en Israël.

Des diplomates israéliens auraient découvert que plusieurs membres arabes de la Knesset, notamment Jabareen et Aida Touma-Sliman, ont récemment rencontré de hauts-responsables de l’ONU et notamment la sous-secrétaire-générale aux Affaires politiques Rosemary DiCarlo, pour évoquer la loi sur l’Etat-nation.

DiCarlo et Touma-Sliman ont nié toute discussion sur une résolution anti-israélienne.

La loi a été condamnée avec force par les citoyens arabes d’Israël qui représentent 20 % de la population ainsi que par la minorité druze du pays.

Le gouvernement a pour sa part estimé que ce nouveau texte ne faisait qu’ancrer le caractère existant d’Israël et que la nature démocratique du pays et des dispositions prévoyant l’égalité figurent d’ores et déjà dans d’autres loi quasi-constitutionnelles.

Mais les détracteurs, dans le pays comme à l’étranger, estiment que la législation sape l’engagement en faveur de l’égalité pour tous les citoyens inscrite dans la déclaration de l’Indépendance.

La législation de l’État-nation a été adoptée sous la forme d’une loi dite fondamentale qui, à l’instar d’une constitution, sous-tend le système juridique israélien et est plus difficile à abroger que les lois ordinaires.

De multiples pétitions contre la loi ont déjà été déposées devant le tribunal, demandant que le texte soit rejeté pour des raisons constitutionnelles. Les leaders druzes, dont trois députés, ont été les premiers à demander à ce que la plus haute instance judiciaire du pays condamne ce texte « extrémiste », disant qu’il ancre la discrimination contre les minorités dans la loi israélienne. Deux anciens officiers de l’armée, des bédouins, ont appelé la Haute cour à changer la formulation de la loi de manière à ce qu’elle s’applique également à tous les Israéliens ou à l’abolir complètement.

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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