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Un député de Raam devrait s’opposer au projet de loi sur les implantations

Mansour Abbas a informé la coalition avoir échoué à convaincre Mazen Ghanaim de soutenir le projet prorogeant l’application de la loi israélienne aux résidents d’implantations

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, participant à une discussion sur la violence dans la communauté arabe, le 23 mai 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, participant à une discussion sur la violence dans la communauté arabe, le 23 mai 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef du parti islamiste Raam aurait déclaré vendredi à des chefs de partis de la coalition que l’un de ses membres ne voterait pas, la semaine prochaine, le projet de loi considéré comme un test crucial pour le gouvernement en difficulté.

Mansour Abbas a expliqué ne pas être parvenu à convaincre le député Mazen Ghanayem de voter en faveur du projet de loi visant à renouveler l’application du droit civil et pénal israélien aux résidents d’implantations de Cisjordanie, a indiqué la radio publique Kan.

« Je ne vois pas comment le convaincre de voter en faveur de ce projet », aurait déclaré Abbas à d’autres dirigeants de la coalition.

Si l’un des députés du gouvernement ne vote pas en faveur de ce projet, cela ne fera que compliquer encore la tâche d’une coalition déjà en difficulté pour réunir la majorité parlementaire requise. Même si les 60 membres actuels de la coalition votaient tous en faveur du projet, la majorité ne serait pas acquise. Raam n’a pas annoncé officiellement sa ligne de vote, mais des informations ont laissé entendre qu’Abbas négociait le soutien de son parti.

La coalition est au plus mal depuis que la députée de Yamina, Idit Silman, a démissionné en avril dernier, privant le gouvernement de sa majorité parlementaire. La coalition du Premier ministre Naftali Bennett a connu crise sur crise depuis lors et semble se diriger vers sa chute.

La coalition, qui rassemble partis de droite, du centre et de gauche, plus Raam, marche sur la corde raide, depuis son arrivée au pouvoir l’an dernier, pour concilier les priorités parfois divergentes des partis qui la composent.

Si l’on en croit l’information donnée par Kan à propos de la conversation de vendredi entre dirigeants de la coalition, Abbas se serait montré pessimiste quant aux chances du projet de loi d’être adopté, notamment en raison de ses doutes sur le soutien de la députée du Meretz, Ghaida Rinawie Zoabi.

Le parti de gauche Meretz s’est engagé à soutenir le projet de loi, mais Zoabi n’a pas précisé de quelle manière elle allait voter.

Le soutien du Meretz au projet de loi fait de Raam son seul opposant au sein de la coalition. Raam est demeuré très discret sur sa ligne de vote, mais il s’oppose généralement à ce que les résidents d’implantations se voient accorder des droits par ailleurs refusés aux Palestiniens.

Arrivée de la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi pour une interview au studio de la Douzième chaîne à Neve Ilan, le 19 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Kan a indiqué que Raam voulait des garanties que Zoabi soutienne le projet de loi, Abbas ne souhaitant pas faire face au mécontentement de ses électeurs pour avoir soutenu la mesure, si d’aventure son adoption n’était pas garantie.

Les tensions entre Raam et Zoabi, tous deux Arabes et qui donnent la priorité aux questions de la communauté arabe, se sont intensifiées au cours des deux dernières semaines, selon des sources proches de Raam.

Un responsable de Raam aurait déclaré, lors d’une réunion à huis clos, que Zoabi « s’attribuait le mérite de tout ce que nous avons obtenu et fait progresser », a indiqué Kan.

La Commission des finances de la Knesset a autorisé le transfert de 740 millions de shekels en faveur de la communauté arabe à la fin du mois dernier, après un épisode au cours duquel Raam s’était temporairement retiré de la coalition.

Zoabi a, pour sa part, brièvement démissionné de la coalition, le mois dernier, en raison de ce qu’elle a qualifié de virage à droite du gouvernement. Elle est par la suite revenue sur sa décision, semble-t-il grâce à l’octroi d’un financement pour les hôpitaux de Nazareth.

Même si Raam soutenait le projet sur les implantations, la coalition ne réunirait que 60 des 120 sièges de la Knesset – pas assez pour adopter la mesure si tous les députés d’opposition votent contre.

La Treizième chaîne a indiqué vendredi qu’Abbas était prêt à soutenir le projet, mais seulement si la coalition pouvait garantir le succès en obtenant de Silman qu’elle le soutienne également, afin de réunir une majorité de 61 sièges.

Une information publiée jeudi indiquait que Silman prévoyait de s’opposer à la mesure.

Un haut responsable de la coalition a critiqué Raam pour ne pas avoir soutenu le projet de loi vendredi.

« Leur conduite montre à la population juive qu’il ne sera pas possible, à l’avenir, de réunir une coalition avec les Arabes », a déclaré le responsable à Kan.

Le projet de loi sur les implantations est rédigé par le ministre de la Justice, Gideon Saar. Il a indiqué que l’avenir du gouvernement pourrait dépendre de l’adoption de ce projet de loi, technique mais controversé.

Le ministre de l’Intérieur Gideon Saar lors de la conférence de presse annonçant sa démission de son poste et de la Knesset pour faire un « break », le 17 septembre 2014. (Crédit : Flash90)

Ce dernier vise à proroger une mesure d’urgence étendant le bénéfice du droit pénal israélien et de certaines lois civiles clés – telles que l’impôt sur le revenu et l’assurance maladie – aux Israéliens vivant en Cisjordanie. Bien qu’Israël n’ait pas annexé la Cisjordanie, la mesure garantit que les résidents qui y vivent soient traités, dans la plupart des cas, de la même manière que s’ils vivaient en Israël. Cet arrangement juridique ne bénéficie pas aux Palestiniens.

Promulguée à l’origine à la suite de la guerre des Six Jours, en 1967, la loi demeure une « mesure d’urgence » qui doit être prorogée tous les cinq ans. Adoptée pour la dernière fois en 2017, elle expire à la fin du mois de juin.

Saar, dont le parti de droite soutient les implantations et s’oppose à la création d’un État palestinien, a déclaré mercredi qu’à moins que la loi ne soit prorogée, les résidents d’implantations seraient soumis au système de justice militaire, basé sur la loi jordanienne. Il a déclaré qu’une telle situation ne s’était jamais produite dans l’histoire d’Israël et a mis en garde contre le « chaos » susceptible d’en découler en Cisjordanie.

Au sein de l’opposition, le bloc religieux de droite dirigé par le Likud soutient normalement cette prorogation, mais il s’est engagé à ne pas voter avec la coalition, quel que soit le contenu des projets de loi, afin de faire tomber le gouvernement.

Le parti à majorité arabe de la Liste arabe unie, dans l’opposition mais non aligné sur le bloc religieux de droite, a également déclaré qu’il s’opposerait au projet.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett à la réunion hebdomadaire de cabinet à Jérusalem, le 8 mai 2022. (Crédit : Haim Zach / GPO)

Cette dernière crise en date de la coalition fragilise encore un gouvernement en lutte pour sa survie, tandis que le spectre de nouvelles élections et le retour du chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, pourraient se profiler à l’horizon.

Des informations récentes donnent à croire que Saar se serait entretenu avec le parti du Likud de Netanyahu en vue de former un gouvernement alternatif à la Knesset.

Saar a nié à plusieurs reprises l’existence de tels pourparlers.

Selon un sondage publié la semaine dernière, l’opposition dirigée par Netanyahu gagne du terrain auprès des électeurs et se rapproche significativement de la majorité à la Knesset.

L’enquête de la Douzième chaîne a également révélé que la plupart des Israéliens pensaient que le gouvernement actuel s’effondrerait dans les six mois, et que Netanyahu était de loin favori au poste de Premier ministre.

Bennett a surpris, jeudi, en publiant une lettre ouverte à l’attention de la population israélienne, un an après la formation de sa coalition. Il y appelle à soutenir la coalition au nom de la stabilité politique et du bon fonctionnement du gouvernement. Une grande partie du message de Bennett étrille Netanyahu et ses alliés, mettant en garde contre leur possible retour au pouvoir.

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