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Un député d’extrême-droite demande l’arrestation des chefs de l’opposition

Zvika Fogel, du parti Otzma Yehudit de Ben Gvir, a accusé Gantz, Lapid et deux autres députés de "trahison envers l'État" pour avoir parlé de "guerre civile"

Zvika Fogel, député Otzma Yehudit, à Jérusalem, le 14 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90/Dossier)
Zvika Fogel, député Otzma Yehudit, à Jérusalem, le 14 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90/Dossier)

Le député d’extrême droite Zvika Fogel (Otzma Yehudit) a demandé mardi à ce que les dirigeants de l’opposition et deux anciens députés soient arrêtés, les accusant de « trahison envers l’État » et affirmant que ce sont « les personnes les plus dangereuses à l’heure actuelle ».

Ses propos ont suscité de vives condamnations au sein de la classe politique, tous bords confondus, y compris de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le député Zvika Fogel, général de brigade à la retraite, a déclaré, lors d’une interview accordée à la chaîne publique Kan, en réponse aux commentaires du chef de l’opposition Yair Lapid, du chef du parti HaMahane HaMamlahti Benny Gantz et des anciens députés Yair Golan et Moshe Yaalon, qui s’opposent au projet du gouvernement de remanier le système judiciaire israélien.

« C’est de la folie. Ces quatre personnes devraient être arrêtées. Ce sont les personnes les plus dangereuses en ce moment », a-t-il affirmé.

Lorsqu’une présentatrice incrédule lui a demandé si elle avait bien entendu, Fogel a renchéri.

« C’est exactement ce que j’ai dit. Ces quatre personnes parlent maintenant de guerre… S’ils appelaient pour protester, je leur donnerais tous les droits de protester. Mais ils parlent de moi comme d’un ennemi. »

« En ce qui me concerne, c’est une trahison contre l’État, si je n’ai pas été assez clair », a-t-il ajouté.

Lapid, Gantz, Golan et Yaalon ont critiqué le projet du nouveau gouvernement visant à mettre en œuvre une réforme judiciaire radicale qui, selon les critiques, affaiblirait le système judiciaire du pays et permettrait au gouvernement de porter atteinte aux droits des minorités tout en éliminant le contrôle des conseillers juridiques et de la Haute Cour de justice.

Lundi, Gantz a accusé Netanyahu de « mener vers une guerre civile », Lapid a exhorté ses partisans à descendre dans la rue dans le cadre d’une « guerre pour notre maison », Golan a appelé à la « désobéissance civile » et Yaalon a exhorté le chef de la police à défier les ordres du ministre de la Sécurité nationale Ben Gvir, qui a reçu des pouvoirs sans précédent sur la police dans le cadre de la nouvelle coalition, avec une plus grande autorité pour dicter la ligne de conduite de la police.

Fogel devrait prendre la tête de la commission de la sécurité publique de la Knesset dans quelques semaines, ce qui lui permettra de superviser les forces de police, qui sont sous la responsabilité du leader d’Otzma Yehudit, Ben Gvir, le nouveau ministre de la Sécurité nationale.

Le Premier ministre Yair Lapid, à droite, et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de l’investiture de la 25e Knesset, à Jérusalem, le 15 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Commentant l’interview de Fogel, Lapid a tweeté : « Il était évident que cela allait arriver. Dans les pays non démocratiques, les dirigeants menacent toujours d’arrêter les leaders de l’opposition. »

« C’est ainsi que la démocratie s’effondre, en un jour », a-t-il ajouté. « Ben Gvir dit d’utiliser des canons à eau contre nos manifestants, le député Fogel dit que Gantz et moi devrions être arrêtés et jetés en prison pour trahison, et à Beer Sheva, un homme tente d’écraser des étudiants [qui nous soutiennent] pour s’être rassemblés et avoir fait usage de leur droit à la liberté d’expression. Nous ne nous laisserons pas envahir, ni nous ni notre pays bien-aimé. »

Gadi Eisenkot, qui, comme Gantz et Yaalon, est un ancien chef d’état-major de Tsahal, actuellement député du parti HaMahane HaMamlahti, a appelé Fogel à « retirer ses remarques sévères ». Il a exhorté Netanyahu à « condamner immédiatement » ces commentaires avant d’ajouter qu’une « coalition qui appelle à l’arrestation des leaders de l’opposition est inacceptable dans une démocratie ».

Gantz a publié une déclaration incendiaire qui ne commentait pas directement la remarque de Fogel, dans laquelle il explique qu’Israël « a besoin de larges accords et non de la poursuite de l’incitation et du factionnalisme. » Il a exigé que Netanyahu « condamne les attaques contre les manifestants et les remarques sévères », l’exhortant à « agir pour guérir les fractures de la nation, et non pour les élargir. »

Gardant initialement le silence sur la question, le bureau de Netanyahu a ensuite publié une déclaration indiquant qu’il avait dit au président Isaac Herzog lors d’un appel téléphonique que « dans un pays démocratique, les chefs de l’opposition ne sont pas arrêtés, tout comme les ministres du gouvernement ne sont pas traités de nazis, les gouvernements juifs ne sont pas appelés le Troisième Reich et la désobéissance civile au sein du public n’est pas encouragée. »

Ce commentaire faisait référence aux pancartes affichées lors d’un grand rassemblement contre la réforme du système judiciaire samedi soir, dans lesquelles des membres du gouvernement étaient assimilés à des nazis.

Des manifestants tiennent des pancartes, dont une avec des images de style nazi, lors d’un rassemblement anti-gouvernemental sur la place Habima à Tel Aviv, le 7 janvier 2023. Le panneau de gauche indique « Sachez d’où vous venez et où vous allez ». La deuxième pancarte indique « Nous n’autoriserons pas les ayatollahs ». (Crédit ; Tomer Neuberg/Flash90)

Le ministre de la Défense Yoav Gallant, du Likud, a appelé « tout le monde – de droite comme de gauche – à calmer le jeu ».

« Les mots ont une signification et nous entrons en territoire dangereux. Même en cas de désaccord profond, le travail des dirigeants publics est de préserver l’unité nationale », a-t-il ajouté.

Danny Danon, député du Likud, a tweeté que « les commentaires formulés aujourd’hui dans le feu du discours sont inacceptables », affirmant que, bien qu’il soit idéologiquement opposé à Lapid et Gantz et qu’il considère leurs récentes remarques comme non moins néfastes, « les appels à les emprisonner franchissent toutes les limites. »

Fogel a toutefois reçu le soutien du ministre de la Tradition, Amichai Eliyahu, également membre d’Otzma Yehudit.

« Je ne comprends pas comment nous ne nous faisons pas tous l’écho des cris de douleur lancés par mon ami Zvika Fogel », a-t-il déclaré, accusant Lapid, l’ancien juge en chef Aharon Barak et d’autres de « mettre une potentielle guerre civile à l’ordre du jour public et de défaire la base civile qui nous unit, et tout le monde se tait. »

Amichai Eliyahu, député d’Otzma Yehudit, prend la parole à la Knesset le 6 décembre 2022. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)

Un troisième député d’Otzma Yehudit, le vice-ministre Almog Cohen, s’est fait l’écho de ce sentiment, déclarant à la Treizième chaîne que si les leaders de l’opposition continuent « leur incitation à la haine et leur désir d’effusion de sang dans les rues – ils seront menottés ».

Kan a cité des ministres anonymes du Likud qualifiant les remarques de « préjudiciables » et critiquant Ben Gvir pour son silence sur la question, l’exhortant à « maîtriser son parti. »

Plusieurs médias ont rapporté que Ben Gvir avait repoussé les appels à l’arrestation des personnalités de l’opposition, écrivant dans un groupe WhatsApp fermé avec des membres du parti : « Je comprends tout le monde à la lumière de l’incitation à la haine et de la sédition contre nous, mais n’allez pas dans le sens d’arrêter Lapid et Gantz, pas question. »

Yitzhak Wasserlauf, d’Otzma Yehudit, le ministre du Développement de la Galilée et du Néguev, a ensuite publié une déclaration dans laquelle il « suggère que tout le monde se calme – que Gantz ne menace pas de guerre civile, que Lapid ne prévienne pas que cela se terminera par un bain de sang. Mes frères de droite, calmons les choses et ne nous laissons pas entraîner par les provocations de l’autre camp. »

Des milliers de manifestants anti-gouvernementaux ont organisé des rassemblements à Tel Aviv samedi, et des manifestations plus modestes se sont poursuivies cette semaine, les figures de l’opposition appelant à des rassemblements de masse et à des grèves contre les politiques du gouvernement et les changements prévus, arguant qu’il tente de neutraliser le caractère démocratique d’Israël. Ben Gvir a ordonné à la police d’adopter une attitude plus ferme à l’égard des manifestations, notamment en arrêtant ceux qui bloquent les routes.

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