Un disciple de Banksy déride le pavé de Budapest
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Un disciple de Banksy déride le pavé de Budapest

Un sculpteur sème dans la capitale ses minuscules statues inspirées des dessins animés de son enfance et participe à la création de mémoriaux commémorant la Shoah en Hongrie

Le sculpteur Mihajlo (Mihaly) Kolodko et sa nouvelle sculpture de petite taille, la « hache », à proximité du monument soviétique de la Seconde Guerre mondiale sur la place de la Liberté à Budapest, en Hongrie, le 3 janvier 2020. (Crédit : Attila KISBENEDEK / AFP)
Le sculpteur Mihajlo (Mihaly) Kolodko et sa nouvelle sculpture de petite taille, la « hache », à proximité du monument soviétique de la Seconde Guerre mondiale sur la place de la Liberté à Budapest, en Hongrie, le 3 janvier 2020. (Crédit : Attila KISBENEDEK / AFP)

On le surnomme le Banksy de Budapest : un sculpteur ukrainien sème dans la capitale hongroise ses minuscules statues inspirées des dessins animés de son enfance en pays communiste, provoquant la nostalgie des uns et le rejet de quelques autres. Il participe également à la création de mémoriaux commémorant – notamment – l’Holocauste en Hongrie.

Voiturettes, diablotins, grenouilles, personnages difformes : il faut avoir l’œil pour repérer les œuvres hautes comme trois pommes que Mihaly Kolodko, 41 ans, éparpille depuis trois ans dans la grande métropole des bords de Danube.

Ses petites statuettes en bronze n’ont pas la satire mordante du travail de l’énigmatique artiste de rue britannique, mais « Bansky m’a inspiré et j’utilise le langage de la sculpture comme lui le fait avec sa peinture », explique ce barbu au regard mutin.

Comme Banksy, ce « guérillero » de l’art urbain surprend régulièrement les passants avec ses créations installées sans autorisation. Mais à la différence de son célèbre modèle, M. Kolodko ne se cache pas de ses admirateurs, de plus en plus nombreux.

« Cela nous rappelle nos souvenirs d’enfance », sourit Szilvia Liptai, 40 ans, qui organise désormais des « courses Kolodko » durant lesquelles les sportifs doivent évoluer sur un tracé reliant une douzaine de statues.

Inventer un langage

Un ver de terre est perché tout sourire sur un rempart du Danube faisant face au parlement. Des inconnus lui ont tricoté un bonnet en laine jaune et bleu ciel, ainsi qu’une écharpe bien chaude.

Un lapin aux oreilles disproportionnées observe la ville depuis un perchoir près du célèbre château de Buda. Il est aussi devenu une coqueluche.

Ces sculptures de 10 à 15 cm de haut, que l’artiste conçoit dans son atelier de Vac, près de Budapest, « parlent à notre génération, celle des trentenaires et des quadragénaires », qui regardaient les dessins animés diffusés par la télévision hongroise dans les années 70 et 80.

Mihaly Kolodko a grandi avec les mêmes séries dans sa cité natale de Oujhorod, en Ukraine, non loin de la frontière hongroise.

À Oujhorod, il a déjà installé des dizaines de personnages, avant de déménager avec ses deux enfants en Hongrie en 2016. Depuis, il a dispersé dans les rues de Budapest une vingtaine de sculptures.

L’artiste, formé à la sculpture monumentale dédiée à la propagande communiste, aspire désormais à « inventer un langage permettant de communiquer avec les gens ».

Une page Facebook des fans de Kolodko a vu le jour. On y échange des conseils sur la « chasse aux statues » tout en débattant sur le sens des œuvres les plus abstraites. Car certaines pièces laissent les badauds dubitatifs, voire franchement hostiles.

Le sculpteur Mihajlo (Mihaly) Kolodko pose avec sa petite sculpture de 15 centimètres de hauteur « Lisa », personnage du dessin animé américain « Les Simpsons », à Budapest, en Hongrie, le 11 décembre 2019. (Crédit : Attila KISBENEDEK / AFP)

La chapka et la hache

Sa sculpture d’une chapka, déposée près d’un monument hommage aux soldats soviétiques tombés durant la Seconde Guerre mondiale, a été perçue par un élu nationaliste comme une apologie du « système dictatorial » communiste ayant privé la Hongrie de son indépendance jusqu’en 1989.

L’élu s’est filmé en train de déboulonner la miniature à coup de hache, avant de la jeter dans le fleuve.

« J’essayais juste de faire comprendre que quoi qu’on fasse, le passé nous accompagne toujours », se défend Mihaly Kolodko auprès de l’AFP.

Il a répondu par un clin d’oeil, en installant une petite hache sculptée en bronze à l’endroit où sa chapka a été démontée.

En plaçant une chèvre souriante, bricolant sur l’une des grandes places récemment rénovées à Budapest, il s’est attiré les foudres de ceux qui ont perçu une critique de la qualité des travaux.

« En fait, je voulais rendre un hommage aux travailleurs ukrainiens qui se rassemblent ici à l’aube en quête de petits boulots et dire qu’on peut faire bonne figure face à l’adversité », répond l’artiste.

« Je ne cherche pas la provocation », assure M. Kolodko. « Je ne suis l’avocat d’aucune cause et je ne fais que suivre mon instinct. »

Trois de ses œuvres ont été volées ou retirées, mais le créateur ne s’offusque pas des vandales. « Je sais leur dire au revoir et une fois rendues publiques, elles mènent une vie autonome. »

À la sympathie de la rue s’ajoute désormais la reconnaissance officielle : outre sa participation à la création de mémoriaux commémorant notamment l’Holocauste en Hongrie, l’aéroport de Budapest lui a commandé une petite statue du compositeur hongrois Franz Liszt.

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