Israël en guerre - Jour 253

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Un document sur le soldat nazi infiltré dans Tsahal déclassifié

La capture d'Ulrich Schnaf, espion pour le compte de l'Égypte, avait souligné les difficultés du contre-espionnage, sommé de contrôler les immigrants tout en faisant la guerre

Une copie du dossier sur Ulrich Schnaft qui a été récemment déclassifié montre une photo de l'ancien soldat nazi devenu officier israélien. (Crédit : Israel State Archives via Haaretz)
Une copie du dossier sur Ulrich Schnaft qui a été récemment déclassifié montre une photo de l'ancien soldat nazi devenu officier israélien. (Crédit : Israel State Archives via Haaretz)

Ulrich Schnaft avait un rare talent pour l’infiltration, même au vu des critères du monde de l’espionnage tels qu’ils étaient définis pendant la Guerre froide.

Ancien nazi et soldat de la Waffen-SS, Schnaft s’était présenté comme réfugié juif en 1947 et il avait tenté d’immigrer dans l’Israël pré-État, finissant dans un camp d’internement britannique qui accueillait les immigrants illégaux. Étudiant l’hébreu, gagnant ses galons sionistes, il avait finalement rejoint l’armée israélienne et il était devenu officier – avant de devenir espion pour le compte de l’Égypte.

Des décennies plus tard, il est encore difficile d’estimer l’ampleur du rôle qui aura été tenu par l’homme : Un dossier écrit à son sujet, que l’appareil du contre-espionnage israélien vient tout juste de déclassifier, contient des éléments qui suggèrent ce que ce qu’il avait pu faire il y a 65 ans est encore considéré aujourd’hui comme particulièrement sensible.

Parmi ces éléments, l’un des quatre faux noms, au bas mot, qui avaient été empruntés par Schnaft pour dissimuler son identité — le principal était Gabriel Zusman — dans le dossier rendu récemment public par le Shin Bet, selon Haaretz.

Le dossier dresse le portrait d’un homme opportuniste, audacieux et parfois outrageusement téméraire, avec une faculté exceptionnelle d’adaptation aux sociétés qui se bâtissent sur l’idéologie, une idéologie qu’il utilisait pour atteindre ses objectifs et pour garantir sa survie. Il montre aussi la vigilance et les difficultés rencontrées par les services de contre-espionnage dans les premières années de l’État, lorsqu’ils accueillaient et enrôlaient dans l’armée, pour monter sur le front, des milliers de sans-papiers venus de l’Europe ravagée par la Seconde Guerre mondiale.

Schnaft avait vécu en Israël pendant six ans, jusqu’en 1954, sous une fausse identité, selon un article paru vendredi dans Haaretz sur cette déclassification.

Photo illustrative de la division des Waffen-SS ‘Wiking’ en Russie. (Crédit : CC BY-SA Bild National Archives, Wikimedia Commons)

Ancien soldat des Waffen-SS, une unité d’élite nazie, sur le front oriental, il avait été blessé sur le champ de bataille et il avait été transféré sur le front occidental où il avait été capturé par les troupes américaines en 1944. Après avoir été prisonnier de guerre, après sa libération, il était parti à Munich, ville détruite par les combats, et il avait décidé de quitter l’Allemagne en se faisant passer pour un Juif, désireux de pouvoir bénéficier des aides fournies à ces réfugiés par les organisations internationales américaines.

En 1947, Schnaft avait embarqué à bord d’un bateau d’immigrants illégaux juifs à Marseille, en France – partant vers le territoire qui devait rapidement devenir Israël et qui était gouverné à l’époque par le Royaume-Uni, un territoire soumis à l’interdiction de l’immigration qui avait été décidée par les Britanniques.

Le navire avait été intercepté par la marine britannique et ses passagers avaient été emprisonnés dans un camp d’internement à Chypre. Schnaft, né en 1923 dans la ville connue aujourd’hui sous le nom de Kaliningrad, avait pris part à plusieurs tentatives d’évasion organisées avec d’autres détenus liés à la Haganah, le groupe juif paramilitaire qui devait être au cœur de la création de Tsahal.

Il s’était enrôlé dans l’armée et il s’était battu pendant la guerre de l’Indépendance. Il vivait à Kiryat Anavim, à proximité de Jérusalem, et il était devenu membre et activiste du Mapai, le parti du Premier ministre David Ben Gurion. Schnaft était devenu officier pendant son service de réserve dans le corps d’artillerie.

Mais sa demande visant à devenir officier de carrière avait été bloquée. Le Shin Bet avait opposé son veto à cette requête, dans l’attente de recherches supplémentaires sur l’origine religieuse de Schnaft, homme blond dont l’apparence était typique d’un Allemand. « Veuillez répondre aux questions concernant la religion de cet individu », dit ainsi une note adressée aux agents au sujet de Schnaft.

L’étau se resserre

Les services de contre-espionnage avaient repéré Shnaft en 1952 pour la première fois, montre le dossier – ils avaient alors soupçonné l’homme de ne pas être Juif. Alors que le Shin Bet menait ses investigations, l’organisation avait commencé à découvrir les imprudences de Schnaft, des imprudences aggravées par son audace.

Le Premier ministre David Ben Gurion, le commandant du front sud Yigal Allon (à sa droite) et Yitzhak Rabin (entre eux) photographiés sur le front sud pendant la guerre d’indépendance de 1948. (IDF / Wikipedia)

Ainsi, il avait été révélé qu’il avait montré une photo de lui-même portant « l’uniforme SS ou l’uniforme de l’armée allemande » un jour où il était ivre. Interrogé sur cette anecdote, Schnaft avait affirmé qu’il s’agissait d’un costume. Le Shin Bet l’avait décrit comme un individu « solitaire », aperçu en compagnie « de personnalités douteuses ». Il avait aussi été soupçonné d’avoir volé des munitions sur une base militaire et, selon le dossier, des balles avaient été retrouvées dans sa chambre pendant une perquisition de la police.

Pressentant peut-être que l’étau était en train de se resserrer, Shnaft avait quitté Israël en 1954. Il s’était ultérieurement avéré qu’il était parti en Égypte, offrant aux services de renseignement égyptiens les informations précieuses dont il disposait au sujet de Tsahal. Des agents des services de contre-espionnage avaient reconnu la valeur de ces informations, disant « qu’elles ont été, pour l’ennemi, une contribution majeure, l’aidant largement à mieux connaître » l’armée israélienne.

En 1955, le Mossad avait retrouvé Schnaft, devenu pharmacien à Francfort, et il avait lancé une opération visant à le faire revenir en Israël. Une femme qui travaillait pour l’agence et qui s’était présentée comme étant une journaliste l’avait séduit et lui avait proposé de rencontrer des agents des services de renseignement arabes qui seraient intéressés par les informations qu’il avait sur Israël.

Elle avait présenté Schnaft à des agents du Mossad qui avaient déclaré être des espions arabes et qui lui avaient confié une fausse mission à mener en Israël, lui donnant un faux passeport pour entrer dans le pays. Schnaft avait été arrêté dès son arrivée au sein de l’État juif et il avait été condamné à sept ans d’emprisonnement. Il avait quitté Israël après sa libération. Des journalistes avaient tenté, en vain, de le retrouver en Allemagne ou ailleurs.

Suite à la publication de l’article dans Haaretz, un lecteur, Asaf Yanai, a apporté un nouvel élément au dossier de Schnaft, un élément qui ne figurait pas dans le dossier déclassifié.

Schnaft aurait ainsi tué six infiltrés venus d’Égypte alors qu’il patrouillait en compagnie du père de Yanai à proximité d’Ashkelon, a-t-il écrit.

Yanai a affirmé que son père s’était figé lorsque les individus avaient cherché à se réfugier dans une structure abandonnée où les deux soldats israéliens s’étaient arrêtés pour se reposer. Schnaft, pour sa part, s’était précipité au rez-de-chaussée – les deux hommes étaient au premier étage – tuant rapidement les infiltrés et sauvant probablement la vie de son compagnon d’arme.

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